L’après présidentielle 2017 – Et soudain les anciens jeunes sont devenus vieux …

Dimanche soir, l’éternel jeune premier de la droite est apparu sur France 2 comme le survivant d’un monde ancien, estime le journaliste Philippe Ridet.
LE MONDE | 08.05.2017 | Par Philippe Ridet
François Baroin ne défie plus le temps
Chronique. Il aura 52 ans le 21 juin. A ce stade, un homme politique a tout l’avenir devant lui. A peine plus vieux que Valéry Giscard d’Estaing lorsqu’il accéda à l’Elysée en 1974, pile-poil l’âge qu’avait Nicolas Sarkozy lorsque il y entra en 2007. Les années ont un peu empâté son visage, les cigarettes ont embrumé sa voix qu’il avait déjà grave.
On l’a connu trentenaire binoclard aux côtés de Jacques Chirac, quadra dans les gouvernements Fillon, puis quinqua auquel on promettait Matignon dans presque tous les cas de figure en cas de victoire de la droite à l’élection présidentielle (sauf celle d’Alain Juppé, bien sûr).

François Baroin, puisque c’est de lui dont il s’agit, semblait défier le temps. Il conservait cet air juvénile alors que tous, autour de lui, accusaient le poids des ans. Bref, il avait de l’avenir.
Les ravages du temps
Dimanche 7 mai, sur le plateau de France 2 où il étrennait son nouveau rôle de chef de file du parti Les Républicains (LR) aux élections législatives, les années l’ont rattrapé. L’éternel jeune premier collectionnant les Césars du meilleur second rôle a semblé soudainement encaisser, à l’annonce de la victoire d’Emmanuel Macron, son cadet de douze ans, les ravages du temps qui l’avaient jusqu’alors épargné.
Voilà près de trente ans que François Baroin se prépare à jouer les vedettes, de son premier mandat de conseiller municipal de Nogent-sur-Seine (Aube) à la présidence de l’Association des maires de France. Trente ans qu’on le croit jeune, même si on a cessé de le comparer à Harry Potter. Dimanche, il a pris un coup de vieux – et beaucoup de sa génération avec lui.
C’est injuste, direz-vous. Homme de droite, laïc et sincèrement chiraquien, il était « profilé » pour séduire le cas échéant les électeurs de gauche.
Mais voilà, toutes les cartes ont été redistribuées. L’effacement de Nicolas Sarkozy puis l’échec de François Fillon l’ont poussé aux avant-postes sur une ligne qui n’est peut-être pas intimement la sienne. A l’entendre dire qu’« il y a toujours un bloc de la droite et du centre et un bloc de la gauche », alors que le PS tout comme LR ont été éliminés dès le premier tour, on se demandait s’il ne s’était pas trompé d’époque.
Baroin, survivant d’un monde ancien
Et quand il a menacé le député (LR) de l’Eure Bruno Le Maire de présenter un candidat contre lui aux élections législatives dans le cas où ce dernier entrerait dans le prochain gouvernement, s’il ne s’était pas trompé de rôle.
En changeant de registre, en durcissant le ton, François Baroin a également modifié le regard que l’on portait sur lui. On le pensait doué, mais un peu dilettante, convaincu mais souple, on le découvre accroché comme une bernique à son rocher, à des clivages qui ont volé en éclats au cours de ces derniers mois.
En choisissant de se compter dans les rangs des vaincus, il endosse le rôle de garde-chiourme de la future opposition. Est-ce vraiment de cela dont il rêvait ? Survivant d’un monde ancien ?
A ses côtés, sur le plateau de France 2, Dominique de Villepin, fringant sexagénaire rallié au président élu, lui désignait une autre voie. Celle de l’apaisement, de la main tendue. L’ancien premier ministre appelait Emmanuel Macron à prendre le contre-exemple de Jacques Chirac – dont il fut le conseiller avant d’être le premier ministre – qui, en 1995 comme en 2002, avait préféré se replier sur son clan plutôt que d’ouvrir sa majorité.
Le président du MoDem, François Bayrou, autre soutien de M. Macron, lui, expliquait que la victoire de celui qui devient le huitième président de la Ve République était le fruit « d’un passage de témoin » dont il avait assuré le premier relais. Eux semblaient avoir subitement rajeuni.
Philippe Ridet  Journaliste au Monde

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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