International – Donald Trump protecteur de la Géorgie face à la Russie

Un document officiel de l’administration américaine mentionne « l’occupation russe » de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud.
LE MONDE | 10.05.2017 à 11h45 | Par Benoît Vitkine

Le premier ministre géorgien, Guiorgui Kvirikachvili, reçu par le secrétaire d’Etat américaine, Rex Tillerson, à Washington, le 9 mai. Pablo Martinez Monsivais / AP
Dans l’ambiance frénétique qui accompagne l’élaboration du budget à Washington, la discrète mention de la lointaine Géorgie dans un document législatif de plus de 700 pages est passée relativement inaperçue.
Vu de Moscou, ce texte risque en revanche d’être considéré comme une nouvelle mauvaise manière de l’administration Trump, qui n’en finit pas de décevoir les espoirs de rapprochement que le Kremlin plaçait en elle.
Dans ce texte qui détaille les budgets alloués aux agences fédérales du gouvernement américain, mention est faite de « l’occupation russe des territoires géorgiens d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud ». En conséquence, cette législation interdit le financement de tout programme ou de tout Etat qui encourage cette « occupation » ou qui « viole la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Géorgie ». S’agissant des Etats, cette interdiction concerne ceux qui auraient reconnu l’indépendance des deux régions séparatistes ou entretiendraient des relations diplomatiques avec elle, soit, en plus de la Russie et du Venezuela, une poignée de micro-Etats.
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Comme pour mieux enfoncer le clou, le texte évoque aussi « l’influence et l’agression russes en Europe et en Eurasie » et dit la nécessité de soutenir, y compris par un financement accru, l’accord d’association signé entre l’Union européenne et plusieurs Etats de la région, dont la Géorgie.
Lobbying ancien
Adopté par le Congrès et la Chambre des représentants, ce document budgétaire a été signé par Donald Trump le 6 mai. Pour ce président qui avait multiplié durant sa campagne les signes d’apaisement vis-à-vis du Kremlin, allant jusqu’à évoquer une possible reconnaissance de l’annexion de la Crimée, il s’agit d’un pas significatif. Ni l’administration Bush ni celle de Barack Obama n’avaient été jusqu’à qualifier d’« occupation » l’action de Moscou dans les deux territoires. Après avoir soutenu militairement la sécession de l’Abkhazie (1992) et de l’Ossétie du Sud (2008), la Russie a reconnu unilatéralement leur indépendance en 2008 et y maintient des troupes. Elle menace régulièrement de les rattacher à son territoire.
« C’est en fait sans précédent et assez inattendu de la part de M. Trump, se réjouit un diplomate géorgien sous couvert de l’anonymat. Par le passé, Washington nous a toujours soutenu et a régulièrement exprimé sa préoccupation”, mais nous n’avions jamais eu un document aussi clair et fort. » Ce diplomate attribue ce succès au lobbying déjà ancien exercé par Tbilissi à Washington, notamment auprès de nombre d’élus républicains méfiants vis-à-vis de la Russie. Cette victoire pour la Géorgie et les faucons du Parti républicain intervient alors que le premier ministre géorgien, Guiorgui Kvirikachvili, est en visite dans la capitale américaine, mais surtout au moment des auditions de la commission d’enquête du Sénat américain sur les liens de membres passés et présents de l’équipe Trump avec le Kremlin.
« A travers cette loi, les Etats-Unis protègent la souveraineté de la Géorgie et renforcent sa politique de non-reconnaissance [des territoires séparatistes] », s’est réjoui le président géorgien, Guiorgui Margvelachvili. La Russie, elle, s’est pour l’heure abstenue de tout commentaire.
Benoît Vitkine Journaliste au Monde

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