Etats-Unis – Limogeage du patron du FBI par Donald Trump : l’écho du Watergate

Si l’opposition démocrate, minoritaire au Congrès, dénonce une décision arbitraire et contraire au jeu de la démocratie, nombre d’élus républicains s’interrogent aussi sur le bien-fondé de la décision de M. Trump.

LE MONDE | 11.05.2017
Editorial du « Monde ». Washington vit l’une de ces tempêtes politiques que la capitale des Etats-Unis affectionne tout particulièrement. L’affaire témoigne d’une administration républicaine plus chaotique que jamais depuis l’élection de Donald Trump à la Maison Blanche. Plus grave, ce nouveau « scandale » des bords du Potomac conduit à s’interroger sur l’attachement du 45président de l’Union américaine à la ­démocratie.
Par une lettre de quatre lignes signifiant à James Comey qu’il était incapable d’assurer sa mission, M. Trump a limogé, mercredi 10 mai, le directeur de la police fédérale (le FBI). Celui-ci supervisait, avec une fermeté renouvelée, une enquête ayant la particularité d’exaspérer le président – parce qu’elle pourrait le concerner directement. Il s’agit de déterminer si la Russie a joué un rôle dans la campagne électorale de 2016. ­L’enquête porte ainsi sur de possibles relations entre des officiels russes à Washington et certains membres de l’équipe du candidat Trump.
Lire aussi :   La Maison Blanche tente de lutter contre le poison du soupçon
C’est la première fois depuis le scandale du Watergate – qui conduisit Richard Nixon à démissionner à l’été 1974 – qu’un président est accusé d’interférences avec la justice pour s’éviter des problèmes. Si toute l’opposition démocrate, minoritaire dans les deux Chambres du Congrès, dénonce une décision arbitraire et contraire au jeu de la démocratie, nombre d’élus républicains s’interrogent aussi sur le bien-fondé du coup de tête de M. Trump.
Celui-ci a toujours nié la moindre complicité avec la Russie durant la campagne présidentielle. Son entourage qualifie de chasse aux sorcières l’enquête poursuivie par le FBI. Les proches du président démentent, notamment, le moindre lien avec les auteurs du piratage des ordinateurs du quartier général des démocrates, attribué à des hackeurs russes par l’ensemble des services de renseignement américains. Certains des courriels rendus publics faisaient apparaître la candidate démocrate, Hillary Clinton, sous un jour peu favorable – comme si quelqu’un avait intérêt à ternir son image.
L’impression donnée d’avoir quelque chose à cacher
Le problème, en ce qui concerne M. Trump, est qu’il donne sans cesse l’impression d’avoir quelque chose à cacher quand il s’agit de ses relations avec la Russie. Personne n’a jamais compris ses multiples déclarations d’admiration à l’égard de Vladimir Poutine. Inévitablement, les questions vont bon train concernant de possibles liens d’affaires avec des banques russes de la part d’un président qui est le premier à refuser de rendre publique sa déclaration de revenus. Un minimum de transparence fiscale de sa part atténuerait singulièrement les soupçons.
Lire aussi :   A Washington, le chef de la diplomatie russe veut renouer avec les Etats-Unis
En attendant, le Congrès poursuit, de son côté, sa propre enquête sur le rôle éventuel de la Russie dans la campagne 2016. M. Trump doit nommer un nouveau directeur du FBI. Si celui-ci choisit d’abandonner le « dossier russe », l’affaire rebondira de plus belle. D’où l’insistance avec laquelle les démocrates et certains républicains réclament au ministère de la justice la nomination d’un procureur spécial pour aller au bout de cette enquête.
  1. Trump a déjà attaqué les juges, quand ils se sont opposés à ses projets sur l’immigration. Il a insulté les services de renseignement du pays. Il ne se passe pas une semaine sans qu’il agresse la presse. Washington vit ainsi au rythme des foucades et des Tweet d’un président autour duquel plane cette question : est-il capable de respecter ce jeu subtil de pouvoirs et contre-pouvoirs caractérisant la démocratie américaine ?
Mise à jour à 15 h 15 : Contrairement à ce que nous avions écrit dans un premier temps, Richard Nixon n’a pas limogé le directeur du FBI en 1974 mais demandé la mise à pied du procureur indépendant Archibald Cox.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans Débats Idées Points de vue, International, Politique, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.