L’hypêrtension soignée à coups de conflits d’intérêts

Le Canard Enchaîné – 10/05/2017 – Isabelle barré –
On se détend ! Pour obtenir des recommandations sur le traitement de l »hypertension, la Haute Autorité de santé (HAS) a tranquillement fait appel à une société très savante et furieusement indépendante : la Société française d’hypertension artérielle. Cette noble assemblée de médecins connaît son sujet sur le bout du tensiomètre, et elle n’est pas sectaire. En 2006, elle a créé une fondation de recherche avec une kyrielle d’industriels : Sanofi, Servier, mais aussi la star du jambon Madrange, la marque de gruyère Entremont ou encore le fabricant de beurre Saint-Hubert. Que du bon gras !
A lui seul un pilier de cette société savante, le Pr Jean-Michel Halimi a été payé en cinq ans par au moins vingt laboratoires – Servier, Lilly, Roche ou encore Novartis – pour jouer à plusieurs reprises les consultants ou les orateurs lors de symposiums ! Au montant – non connu – de ses contrats s’ajoutent tous les avantages en nature (repas, hôtel, frais de transport à des congrès) recensés sur le site « transparence-santé.gouv.fr ». Total de ces « petits » cadeaux, de septembre 2013 à juin 2016 : plus de 26 000 euros ! Mais la Haute Autorité n’a vu aucun inconvénient à en faire l’un des deux « chefs de projet » de cette mission.
« Ce sont des liens d’intérêts majeurs, qui auraient dû l’empêcher d’animer ces travaux », dénonce le Formindep, une association de toubibs indépendants. Dans une lettre ouverte parue ce 10 mai, l’association de rabat-joie réclame le « retrait » de la « fiche mémo » pondue par le groupe d’experts. Une vilaine rechute… En 2011, le Conseil d’État avait déjà cassé les recommandations de la Haute Autorité de santé sur l’hypertension en raison de conflits d’intérêts mahousses ! L’autorité sanitaire a donc revu sa copie, mais « elle a fait encore pire« , soupire le Formindep.
Sur les 17 membres du groupe de travail, 6 déclarent des liens d’intérêts plus ou moins gratinés. L’un d’eux, le Dr Jean-Philippe Baguet, force le respect. En cinq ans, ce marathonien a été payé à 77 reprises par 21 laboratoires pour intervenir à des congrès. S’y ajoutent 6 missions de conseil rémunérées par des géants comme Novartis ou Sanofi. De quoi risquer l’infarctus…
Destinée aux médecins, la fiche concoctée par la HAS et la société savante contient 10 pages de bons conseils qui « diffèrent sensiblement des recommandations internationales« , épingle le Formindep. Exemple : « Toutes les familles de médicament sont mises sur le même plan. » C’est lamentable, dézingue François Pesty, un consultant indépendant, car on sait qu’une de ces familles, les sartans, est complètement nulle pour diminuer la mortalité et les infarctus. »
La HAS, elle, se défend : « Ce groupe de travail n’a pas évalué les médicament. Il n’a fait que reprendre de précédents évaluations. »
L’enjeu est de taille : en France, 14 millions de patients souffrent d’hypertension. Et ils avalent pour 1,6 milliard d’euros de médocs chaque année. d’où un lobbying féroce des labos, qui ne passe évidemment pas la porte des autorités sanitaires.
Par la fenêtre, c’est plus discret ?

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