La face cachée du Pop-corn

Le Canard Enchaîné – 10/05/2017 – Conflit de canard –
Aucun sondage n’a jamais été commandé sur le pop-corn (ouf !), mais la consommation de maïs soufflé gonfle chez nous, comme dans le reste de l’Europe, où elle atteint 450 millions de sachets par an.
En France, ça a commencé dans les années 80, au cinéma, quand les exploitants de salles ont vu qu’ils pouvaient se faire un peu de blé en vendant du maïs soufflé. Une bonne idée, puisque 16 % du revenu des cinoches ne provient pas du prix du ticket mais de ce qui est donné à grignoter au spectateur. Désormais, du pop-corn, on en trouve aussi aux terrasses des cafés, où il est en passe d’évincer les traditionnelles cacahuètes. Pour le cafetier, le pop-corn assaisonné de sel assoiffe tout autant le client, et, vu que le maïs soufflé c’est plein d’air, il lui revient moins cher à volume égal.
Ce qu’on ne sait pas, c’est que, sur dix grains de maïs soufflé avalés, huit sortent d’une seule et même usine dans le Gers. Dans le village de Bézéril (126 habitants), on fabrique du pop-corn à gogo, au rythme de 300 sachets à la minute. Trente ans après s’être mis sur le « maïs à éclater au four micro-ondes », le groupe familial Nataïs est devenu le numéro 1 européen : 40 % du pop-corn ingurgité dans l’UE est fabriqué à Bézéril. L’appétit venant en mangeant, Nataïs, qui est déjà le roi du pop-corn au Maghreb, en Chine et au japon, a ouvert une usine en Afrique du Sud. Objectif : produire 270 millions de sachets par an d’ici à 2020. cocorico ! Voilà une PME française qui a réussi à percer sur le marché de la malbouffe.
L’occasion de raconter par le menu toutes les joyeusetés du pop-corn industriel. En plus du sel ou du sucre, le maïs est souvent nappé d’huile de soja ou de coco « hydrogénée » ou « partiellement hydrogénée ». pour éviter que cette mauvaise graisse devienne rance au chauffage, certains industriels y ajoutent du gallate de propyle, un conservateur antioxydant, dont des expériences menées sur des rats ont montré qu’il pouvait être cancérigène. Ne pas oublier le diacétyle, qui apporte l’arôme du beurre, un additif soupçonné de favoriser la maladie d’Alzheimer…
Aromatiser, justement, c’est l’avenir. Chez Nataïs, on cogiterait actuellement sur un pop-corn « beurre et jambon ». On comprend mieux pourquoi l’Unesco a classé la gastronomie française au Patrimoine mondial de l’humanité.

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