S’émerveiller pour mieux vivre

Alternative Santé N°46 – mai 2017 – Martine Pédron Ethnologue –
 Ne soyons ni cyniques ni blasés ! Considérons au contraire les choses d’un œil neuf et sachons, en suivant l’exemple des peuples amérindiens, rester attentifs à la beauté du monde. Développer notre capacité d’émerveillement nous aide à nous reconnecter avec nous-mêmes et à vivre légèrement, en harmonie avec ce qui nous entoure. Un anti-âge gratuit !
Dans le monde moderne et virtuel où nous vivons, que reste-t-il de la faculté d’émerveillement de notre enfance ? Où sont passés notre enthousiasme et notre étonnement face aux choses qui nous entourent ? Devenir adulte signifie souvent, certes, la fin de l’innocence, mais doit-on pour autant perdre l’état d’esprit de nos premières années ?

Le peintre Henri Matisse disait : « Il faut regarder la vie avec des yeux d’enfant. » Aujourd’hui, cette citation devrait nous faire réfléchir car s’émerveiller, c’est refuser de se laisser piéger par la noirceur du monde, échapper à la lassitude du quotidien en poursuivant nos rêves ; c’est voir le beau et s’émerveiller de choses simples comme la beauté éphémère des fleurs du printemps, le chant d’amour des oiseaux, le regard d’une personne aimée. S’émerveiller, c’est aussi une faculté que l’on peut perfectionner, même en étant adulte, en regardant le monde avec une grande intensité et surtout d’un oeil neuf. C’est vivre poétiquement. Comme l’écrit si bien François Cheng (grand écrivain et poète chinois naturalisé français) dans ses Cinq méditations sur la beauté : « Notre pouvoir d’étonnement et d’émerveillement est souvent émoussé alors que chaque scène, chaque fois unique, devrait nous offrir l’occasion de voir l’univers comme pour la première fois, comme au premier matin du monde. »
Un sentiment de plénitude et d’optimisme
Tous les grands poètes de l’Antiquité ont chanté la splendeur du monde et se sont émerveillés devant la fragilité et la beauté de l’éphémère. La poésie persane évoquait l’image du jardin d’Éden, ce paradis où se mêlent le parfum des roses et des jasmins et le murmure des fontaines. La poésie aztèque intitulée « Fleurs et chants » du roi de Texcoco, Nezahualcoyotl, invitait quant à elle le peuple à profiter de l’instant présent : « Réjouissons-nous, car rien n’est pour toujours sur terre. Ô toi le chanteur, toi seul répands les fleurs parfumées, les fleurs de printemps, tu ne fais que réjouir les gens. »
Parce que cela va nous permettre d’oublier le stress quotidien pour nous plonger dans des instants où le temps est suspendu. Nous allons pouvoir nous reconnecter avec nous-mêmes et avec l’univers en refusant la peur de l’inconnu, la dureté du monde. Quand nous sommes émus, émerveillés, notre corps et notre esprit se réjouissent. Nous éprouvons alors un sentiment de plénitude et d’optimisme qui nous rend de bonne humeur et, par là même, renforce notre système immunitaire. Une bonne manière d’améliorer votre santé au quotidien, car c’est un véritable élixir de jouvence, un anti-âge gratuit !
Nous voulons « maîtriser » le monde, tout comprendre, tout expliquer par la raison, alors que nous devrions vivre « légèrement », en osmose et en harmonie avec tout ce qui nous entoure. N’écoutons pas les jugements négatifs de certaines personnes qui parlent d’« émotions infantiles ». Comme le dit Roger-Pol Droit,  « on peut conserver un “esprit enfantin”  (idée de candeur et de fraîcheur) sans être infantile (avoir un esprit attardé) ». Laissons donc un peu de magie et de mystère dans notre vie, et ne perdons surtout pas cet enthousiasme, cette joie et cette légèreté que nous avions quand nous étions enfants. Cela ne peut être que bénéfique, d’autant qu’il n’y a pas d’âge pour faire renaître cet état d’esprit de l’enfance. Alors, pourquoi pas maintenant ?
Le sens du merveilleux chez les Amérindiens
Les Amérindiens ont toujours eu cette faculté d’émerveillement devant la nature. Une attitude de respect et d’admiration pour tout être vivant, humain, animal ou végétal. Depuis toujours, ils rendent grâce à la terre mère nourricière et à ses habitants. « Paroles d’un sage indien Tatanga Mani » ou « Walking Buffalo » : « Nous étions un peuple sans loi, mais nous étions en très bons termes avec le Grand Esprit, créateur et maître de toutes choses. (…) Quand nous chantions nos prières et nos louanges au soleil, à la Lune, ou au vent, vous disiez nous adorions des idoles. Sans nous comprendre, vous nous avez condamnés comme des âmes perdues, simplement parce que notre culte était différent du vôtre. Nous voyions la main du Grand Esprit dans presque tout : soleil, Lune, arbres, vent et montagnes. » Une prière oubliée nous révèle l’état d’esprit de ce peuple amérindien, mal compris depuis toujours : « Ô grand Esprit dont j’entends la voix dans le vent et dont le souffle donne vie à toutes choses écoute-moi. Je viens vers toi comme un de tes nombreux enfants. Je suis petit. J’ai besoin de ta sagesse et de ta force. Laisse-moi marcher dans la beauté, et fais que mes yeux aperçoivent toujours les rouges et pourpres couchers de soleil… »

A propos werdna01

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