Il est pas chair, mon poisson !

Le Canard Enchaîné – 17/05/2017 – Conflit de Canard –
On connaissait le minerai de viande. Ce goûteux conglomérat de muscles et de tissus graisseux utilisé notamment dans les lasagnes au bœuf. Le poisson a aussi son minerai. Un joyeux mélange de lambeaux de chair, de peaux, d’arêtes et de têtes, le tout aggloméré. Si les industriels raffolent de cette matière première, c’est parce qu’elle coûte 5 à 6 fois moins cher au kilo que du filet de poisson. L’ingrédient est d’autant plus magique qu’il n’obéit à aucun réglementation. Les fabricants de plats industriels à base de pescaille peuvent étiqueter comme ça leur chante et sans plus de précision. Impossible, la plupart du temps, pour le consommateur, de savoir quelle espèce a été utilisée.
Résultat : pour confectionner de la pulpe, il suffit de prendre des chutes de saumon, de cabillaud, de lieu noir ou de merlan bleu – comprenez les déchets qui vous restent sur les bras, une fois les filets découpés -, puis de les passer à la broyeuse, avant de compresser le tout à 25 bars.  La réglementation impose seulement que la matière première engagée dans la fabrication de ces chairs soit propre à la consommation humaine…

D’après les calculs de l’association de consommateurs CLCV, la quantité moyenne de poisson dans les plats cuisinés estampillés « produits de la mer » est de 25 %. D’autant que les industriels complètent avec un maximum d’ingrédients pas chers, comme de la fécule de pomme de terre, des levures ou de l’amidon modifié de blé. Bilan des courses : on se retrouve avec dans l’assiette une quantité de protéines de poisson riquiqui. Quand on veut creuser la question avec des professionnels des co-produits de la mer, on a droit à une queue de poisson.
Ainsi, le directeur d’IDmer, le centre d’innovation technologique créé par les industriels de la filière, à fait savoir au « Canard » qu’il ne pouvait pas répondre à la demande, « pour cause d’emploi du temps surchargé ». Les pouvoirs publics n’ont pas davantage réagi au communiqué de la CLCV, exigeant qu’on définisse, une fois pour toutes, le type et la quantité de matières premières utilisées pour fabriquer la pulpe de poisson, et exige urgemment « un encadrement des pratiques de broyage ». cela fait juste deux ans que la filière planche sur la question dans le cadre d’un groupe de travail ad hoc…
Comme on dit, ça la fish mal …   

A propos werdna01

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