La nuit des musées – La culture, ce précieux trésor

Ouest-France  21/05/2017 Jeanne Emmanuelle HUTIN.
Edito La nuit dernière, dans tous les pays d’Europe, des milliers de musées ont ouvert gratuitement leurs portes au public. La 13e édition de la nuit européenne des musées invitait les Européens à prendre conscience des trésors de leur culture.

Le musée David d’Angers. | F. Baglin.
Âme des civilisations, la culture joue un rôle important. Surtout à notre époque où l’ampleur des bouleversements du monde se dévoile chaque jour davantage. Quand les peuples négligent leur propre culture, quand ils ne font plus l’effort de la comprendre ni de s’en imprégner, alors leur civilisation n’est pas loin de s’évanouir. En revanche, lorsqu’ils l’habitent, ils se trouvent capables d’accueillir les autres cultures, de tisser des liens, de construire des ponts, de découvrir avec émerveillement les facettes variées du génie humain.
Parce que la culture irrigue nos manières de vivre et de penser, nombre de régimes politiques ont voulu s’en servir pour influencer les esprits ou créer un « homme nouveau » : les uns, voulant transformer les mentalités ; les autres, asservir les peuples.
Dans les deux cas, cette entreprise commence par une floraison de mots nouveaux, tandis que d’autres sont ridiculisés, bannis, interdits. Le régime construit sa « novlangue »-ses slogans, son langage simplifié, déformant – qui lui servira d’outil de propagande pour déployer son idéologie. Ensuite, il peut aller plus loin en essayant de conformer l’art à sa propagande.
Les subventions publiques sont un puissant moyen d’orienter les œuvres et les productions. Car, pour en bénéficier il faut souvent répondre à des critères idéologiques précis : introduire tel ou tel élément dans les scénarii, scènes ou mise en scène… ! L’artiste ou le producteur peut être amené à modifier sa propre œuvre ou, pire encore, à la censurer. Ignorant cette « cuisine », les spectateurs prennent pour argent comptant ce qui n’est plus ni art ni divertissement désintéressé mais élément de propagande !
L’honnêteté et la transparence demanderaient pourtant que les critères concrets d’attribution des subventions publiques figurent au commencement des productions, séries télévisées et autres. Les spectateurs sauraient alors à quoi s’en tenir !
Utiliser la culture comme un canal de propagande c’est l’affaiblir et la détourner de sa finalité. À sa manière, la nuit des musées remet les pendules à l’heure. Elle nous transporte aux antipodes de ces manigances et de la société de consommation, si envahissante. L’art nous tire de l’ordre de la nécessité pour nous ouvrir à la « permanence du monde » (1), à sa gratuité.
En ouvrant largement leurs portes, les musées permettent à chacun d’entrer en relation avec les œuvres d’art. La nuit invite à apprendre à les accueillir, à avoir la patience de les découvrir. Une œuvre d’art renvoie toujours à plus qu’elle-même.
Un chef-d’œuvre, en un éclair, unit le bon, le beau, le vrai, comme l’enseignent les Anciens. C’est pourquoi l’art ne s’épuise jamais. Il ne se laisse pas enfermer. Il traverse allègrement les siècles. Il requiert l’humilité qui ouvre les portes de la contemplation.
(1) Hannah Arendt, Condition de l’homme moderne.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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