C’était mieux aujourd’hui

Charlie Hebdo – 17/05/2017 -Jacques Littauer –
Selon une étude très sérieuse, le niveau de vie des trentenaires est nettement supérieur à celui de leurs parents, ceux qui appartiennent pourtant à la génération chérie du baby-boom. Un résultat certes discutable, mais qui nous rappelle que tout n’était pas mieux avant.
Le constat semblait partagé, à gauche comme à droite : on vivrait moins bien aujourd’hui qu’hier. A la génération du baby-boom qui avait connu le plein emploi, des revenus en forte hausse et qui disposerait aujourd’hui d’une retraite confortable, aurait succédé une « génération sacrifiée » de trentenaires au chômage, aux faibles revenus, soumis à la précarité, ayant des difficultés à se loger, etc.
Eh bien non ! Une études de deux économistes Hippolyte d’Albis et Ikpidi Badji (« Les inégalités de niveaux de vie entre les générations en France » – mars 2017), vient nous mettre un peu de baume au cœur en affirmant l’inverse. Pour eux, chacune des générations née au XXème siècle a mieux vécu que les précédentes. Évidemment, il s’agit de moyennes. Mais si l’on s’en tient à une appréciation globale, il semblerait dons que, l’un dans l’autre, ça aille plutôt vers le mieux.
Par exemple, si la génération de baby-boomers, celle née en 1946, a bien vu son niveau de vie s’accroître considérablement par rapport à celle née en 192 – un gain de 40 % -, elle a même été dépassée par la génération suivante, celle née en 1976, dont le niveau de vie est  de 20 % supérieur. Par ailleurs, il est établi quel revenus progressent avec l’âge. ainsi le niveau de vie des 50-54 ans est 35 % plus élevé que celui des 25-29 ans. Lorsque l’on atteint 60 ou 65 ans, c’est moins net : c’est l’âge de la retraite, avec la baisse des revenus qui l’accompagne, et tout dépend alors si on a réussi à acheter son logement, si on est propriétaire d’un commerce ou d’une entreprise que l’on peut revendre, ou si on est au contraire condamné à survivre avec 900 euros, montant moyen de la retraite pour les femmes…
Mais c’est sans doute cet écart entre les « quinquas »et les jeunes qui alimente le sentiment que les générations précédentes ont joui d’un niveau de vie plus élevé, ainsi que d’une plus grande quiétude, en raison du plein-emploi. Évidemment, l’angoisse face au chômage est une réalité massive d’aujourd’hui. Mais il ne faut pas oublier pour autant les progrès intervenus ces dernières décennies. Ainsi la mortalité infantile a-t-elle quasiment disparu : lors que, encore en 1949, 6 % des bébés mouraient avant d’atteindre leur première année, il ne sont plus aujourd’hui que 0,3 % dans ce cas. De même, l’espérance de vie qui n’était que de 25 ans au XVIIIème siècle, et qui se traînait encore à 45 ans en 1900, atteint aujourd’hui 79 ans pour les hommes et 85 ans pour les femmes. Et que dire des 88 % de bacheliers actuels, contre 11 % en 1960 ? Mais bien sûr, les grincheux vont nous dire que « le niveau baisse »…
Une question se pose alors : si le niveau de vie moyen ne cesse de s’accroître, pourquoi ce sentiment si répandu que ça va de plus en plus mal ? Il y a une foule réponse. D’abord une hausse moyenne ne veut pas dire une hausse pour tous : la majorité vit mieux, mais cela n’empêche pas un grand nombre  de vivre moins bien. Ensuite, la hausse délirante des prix de l’immobilier plombe la vie de dizaines de millions de personnes dans notre pays. De plus, la perception du présent dépend de l’idée que l’on se fait de l’avenir : or la persistance du chômage et les prévisibles catastrophes écologiques n’incitent pas à l’optimisme.
Enfin, depuis 1968 est apparue l’idée d’une société « sans classe », constituée uniquement d’une vaste classe moyenne, au sein de laquelle chacun aspire au niveau de vie de la bourgeoisie. La frustration est alors grande de ne pas y parvenir, surtout quand, dans le même temps, les rémunérations des grands patrons et autres sportifs professionnels se sont envolées… La bonne nouvelle, c’est donc que ça va mieux « en moyenne ». La mauvaise, c’est que ce n’est pas ça qui va rendre le sourire aux jeunes générations inquiètes de leur avenir, à moins que notre nouveau président ne parvienne à leur inoculer son contagieux optimisme.        

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