En Belgique, l’impôt au prix des frites pour le milliardaire Bernard Arnault

Le Canard Enchaîné 17/05/2017 – Jérôme Canard –
20 millions d’euros « empruntés » au journal Le Parisien ont déjà passé la frontière vers Bruxelles, où le milliardaire Bernard Arnault pratique l’optimisation fiscale à gogo. 
Les limiers du « Parisien/Aujourd’hui en France » seront sûrement intéressés : depuis son rachat par LVMH, en octobre 2015, leur journal contribue – c’est le mot – à une chouette opération d’optimisation fiscale en Belgique. Lorsque le groupe de Bernard Arnault a mis la main sur celui de Marie-Odile Amaury, la trésorerie du Parisien a rapidement été délestée de 20 millions d’euros. Cette « avance », comme le mentionnent ses comptes arrêtés au 1er janvier 2016, a été réalisé sous la forme d’un emprunt par LVMH Finance Belgique, autre filiale houant le rôle de superbanquier à Bruxelles, selon une pratique très prisée chez le maroquinier de luxe.
Dans le jargon financier, ce regroupement de trésorerie au sein d’un paradis fiscal s’appelle le cash pooling. Un peu comme si Arnaud avait dit au Parisien : « On a pris quelques millions dans la caisse pour les mettre au frais à l’étranger, mais on vous les rend quand vous voulez. » Plus d’oseille et moins d’impôts… en toute légalité. Le milliardaire, dont l’empire vient de passer numéro 1 au CAC40 (valeur en Bourse : 116,7 milliards, quand même), n’en continue pas moins de jouer les grands patriotes économiques (« Le Figaro », 26/4) : « Il est déterminant que le groupe conserve son contrôle familial. C’est important pour LVMH, c’est important pour la France. Le groupe possède des maisons ancrées dans notre pays depuis des générations, la plus ancienne depuis le XIVème siècle. LVMH représente la France dans le monde. » Allons z’enfants de la Belgiiiqueu !
Intérêts intéressants
Dans ce petit jeu de l’optimisation fiscale, Arnaud devient plus gourmand au fil du temps. Il y a près de dix ans, en 2008, LVMH Finances Belgique avait démarré avec un ridicule million d’euros. En 2009, le bas de laine avait déjà bondi à 7,45 milliards, puis à 9,58 milliards l’année d’après et ainsi de suite…  Dans les derniers comptes disponibles (ceux de 2015) , 17,1 milliards ont désormais passé la frontière – la majeure partie de cette trésorerie détenue en Belgique étant constituée par les créances sur d’autres société du groupe. Six employés à peine, basés à Bruxelles, sont chargés de gérer ce trésor… qui représente la moitié du chiffre d’affaires de LVMH (35,7 milliards de ventes). Ce cash pooling au plat pays, où l’impôt sur les sociétés est l’un des plus bienveillants d’Europe, permet notamment de bénéficier du système des exotiques « intérêts notionnels » : une curiosité locale lancée en 2005 pour attirer les gros poissons. Plus la boîte dispose de fonds propres, plus elle a droit à des réductions. Après 85,5 millions de déductions en 2014, le groupe en a raflé 69,3 millions en 2015. A quoi il faut ajouter d’autres douceurs belges : non-imposition des plus-values sur cessions d’actions, dividendes des filiales détaxés, etc.
Niches fortiches
A Bruxelles, le mesquin Parti du travail de Belgique (PTB), qui ferraille contre ce régime fiscal tout miel, tient un top 50 des plus belles ristournes obtenus par les multinationales ayant, de cette façon créé leur « banque interne » en Belgique, histoire d’esquiver le scélérat impôt français sur les sociétés. La holding personnelle de Bernard Arnault, Le Peigné SA, trône en bonne place dans le dernier des classements : sa déduction s’élève à 61,7 millions d’euros. Compte tenu de la dernière contribution acquittée par Le Peigné SA (565 000 euros), on aboutit à un taux d’imposition fracassant de 0,3 %.
Le Canard a lui aussi sorti sa calculette. Les multiples niches fiscales spécial plat pays de Peigné SA ont permis à cette dernière de déduire près de 400 millions d’euros d’impôts en quatre ans. Et, rien qu’avec les précieux « intérêts notionnels », LVMH Finances Belgique a cumulé près de 500 millions d’euros de déduction depuis 2010. Deux bonheurs que le groupe, contacté par Le Canard, a préféré ne pas commenter. Excès de pudeur patriotique, sans doute.
L’impôt au prix des frites !
Bernard Arnault possède six sociétés financières à Bruxelles. La plupart son installées dans la Blue Tower, sur la chic avenue Louise. Aux côtés de LVMH Finances Belgium et Le Peigné SA : Willinvest, Courtinvest et sa filiale Cervinia, et Le Peigné Invest, qui, en 2015, affichait un bénéfice de 665 000 euros, a dû régler un monstrueux impôt s’élevant à… 2 euros !Courtinvest a dégagé un bénéfice de 101 millions en 2015 et payé 1 euro d’impôt.
Il ne manque plus que le soleil et les cocotiers…

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