Mâlain, un village renaît grâce au projet d’agriculture et d’élevage bio

Siné Mensuel – mai 2017 – Barnabé Binctin –
Ce petit village de Côte-d’Or dépérissait avec la disparition des commerces. Des néoruraux sont venus redynamiser l’activité avec des projets d’agriculture et d’élevage bio, d’habitat partagé, une brasserie et une Université populaire.

En surplomb de l’éperon rocheux, le château fort fige le village dans son illustre passé.Avant de devenir cité médiévale, Mâlain a connu le faste de l’époque gallo-romaine. Niché au cœur de la vallée de l’Ouche, en Côte-d’Or, les échanges y prospéraient si bien que l’endroit est aujourd’hui connu pour ses fouilles archéologiques. Pour le reste, c’est à peu près tout. A 20 bornes à l’ouest de Dijon, les 750 habitants sont déjà loin de la grande ville sans être tout à fait encore en rase campagne. « On est dans le péri-urbain« , décrit l’édile local, Nicolas Bénéton. Et dans le cas typique de ces territoires tiraillés : une population mobile, mais abandonnée. Excepté une petite gargote, ouverte entre midi et deux, plus un seul commerce à l’horizon. 
Mais tout ça, c’était avant. Avant 2015, précisément, lorsqu’un petit groupe de jeunes motivés rachète le Café du PLM, à côté de la gare située sur la fameuse ligne Paris-Lyon-Marseille. Fermé dans les années 50, le bâtiment abandonné est retapé de fond en comble : une dalle en béton est coulée sur la terre battue et une nouvelle charpente en bois installée en quelques mois.  Voici l’ancienne écurie du XVIIIème siècle rendue à sa première fonction d’hébergement mais à destination des humains cette fois : aujourd’hui, trois couples vivent de manière permanente dans ce que l’on appelle officiellement un « habitat participatif ». En vrai, c’est surtout une grande coloc’ au milieu des champs.
Tous les jours Myriam élève 250 poules pondeuses bio dans un verger que gère son compagnon Léo, au milieu des poiriers, des pommiers ou des néfliers. Claire et François, eux, ont racheté un petit peu plus loin un vignoble en exploitation, bio également. Enfin, Jennifer et Renaud s’occupent du houblon qui va permettre à la brasserie – bio toujours, et installée dans le même bâtiment de 800 m2 – de lancer très prochainement sa production. « Notre mode de vie, basé sur la solidarité et la convivialité, s’est vraiment forgé à l’expérience de ces chantiers« , explique Léo, chercheur en philosophie des sciences par ailleurs.
Une existence en communauté qui se veut ouverte sur la vie du village. En témoignent les diverses activités qui émergent de ce nouveau pôle : Hélène et Jeff cultivent désormais un jardin potager en permaculture, tandis que deux des six hectares de terres agricoles achetées en épargne solidaire sont consacrés à des céréales issues de semences paysannes et destinées à la panification par Cyril, le paysan boulanger. Le fournil vend désormais du pain, bio évidemment, chaque semaine, les mardis et vendredis.  Et Mâlain de retrouver progressivement de véritables lieux de vie.
« C’est exactement le type de projet dont un petit village a besoin aujourd’hui« , assure le maire, qui a expressément modifié son plan local d’urbanisme (PLU) pour faciliter les démarches. Aujourd’hui le projet compte 126 associés qui constituent la structure porteuse à l’origine de cinq emplois créés, déjà. Mais la bande de joyeux drilles, qui tourne à l’autogestion et s’organise autour de réunions mensuelles, ne compte pas s’arrêter là : un café associatif doit ouvrir cet été, avant qu’une épicerie solidaire ne valorise davantage, prochainement, les productions locales. « Notre démarche ne pey fonctionner que si elle intègre les habitants du village et leur propose une vraie valeur ajoutée, théorise Léo. Là réside le véritable contre-pouvoir, dans une nouvelle alliance entre les paysans et les habitants« .
Un café associatif pour partager, redynamiser, s’amuser et aussi boire un verre… Photo A. R.
Pour parfaire le tout, le collectif – qui répond au doux nom d' »agriculturelle » – a mis en place une Université populaire. Au menu, de l’autoformation intellectuelle par la technique dite de l’arpentage, une méthode de lecture collective d’ouvrages. Le dernier en date ? La Démocratie aux champs de Joëlle Zask (Ed. La Découverte). « C’est de l’agriculture politique », dit-on côté organisateurs. Ou comment des gens étrangers au cru ont repolitisé un bout de terroir cher à Henri Vincenot *. Les temps ont bien changé à Mâlain, désormais on y trouve du pain et des œufs.
* Henri Vincenot, né en 1912 à Dijon et mort dans la même ville en 1985, écrivain, peintre et sculpteur français auteur du « Pape des escargots » , « Les étoiles de Compostelle » etc.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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