Europe – En finir avec les tergiversations sur l’aide à la Grèce

 Pour permettre à Athènes de sortir de dix années de soumission, il est temps de permettre à la BCE de racheter la dette grecque.
LE MONDE | 23.05.2017

«  Lundi 22 mai, les ministres des finances de la zone euro ne sont pas parvenus à un accord sur le versement d’une nouvelle tranche d’aide, alors que le gouvernement d’Alexis Tsipras attendait au moins 7 milliards d’euros ». (Photo : Des retraités défilent contre les mesures d’austérité, à Athènes, jeudi 18 mai). Yorgos Karahalis / AP
Editorial du « Monde ». Partie remise, de nouveau. Il faudra attendre encore pour avoir un plan de restructuration de la dette grecque, qui permette à ce pays de voler de ses propres ailes, après des années de crise. Lundi 22 mai, les ministres des finances de la zone euro ne sont pas parvenus à un accord sur le versement d’une nouvelle tranche d’aide, alors que le gouvernement d’Alexis Tsipras attendait au moins 7 milliards d’euros.
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Feuilleton infernal, qui a commencé sans qu’on s’en aperçoive ou presque, signe que des erreurs majeures, décisives, peuvent être commises. Par mégarde. Lorsque, en juin 2000, les dirigeants européens réunis à Feira, au Portugal saluent l’entrée de la Grèce dans l’euro au 1er janvier 2001, un an après les autres pays, l’information ne fait qu’une brève dans la presse. L’euro est un projet politique, il doit s’étendre aux pays du Sud, comme le souhaite la France. Rien de plus naturel. Lorsqu’il s’avère, dès novembre 2004, que la Grèce a triché sur ses déficits publics et n’aurait pas dû se qualifier pour la monnaie unique, l’affaire est vite enterrée. Paris et Berlin viennent de violer les règles du pacte de stabilité : pourquoi chercher noise à un petit pays qui ne pèse que 2 % de l’économie de la zone euro et ne représente qu’un risque bénin ? On s’en sortira toujours.
Erreur majeure : protégée par des taux d’intérêt abusivement bas, la Grèce laisse dériver ses coûts et ses salaires, s’offre un train de vie que son économie ne ­permet pas de financer. Le tout avec la ­complicité des banques françaises, allemandes et italiennes, qui prêtent à tout-va à la Grèce.
Epopée tragique
Lorsque la crise explose en 2009, le pays est en faillite, son économie déclassée et la zone euro menacée par l’interconnexion des systèmes bancaires. Et, depuis huit ans, Grecs et Européens ont réparé la zone euro comme on répare un avion en feu en plein vol. Epopée tragique. Ils ont dû payer une double addition : les Européens ont compensé les erreurs passées en effaçant une partie de la dette grecque. Les Grecs ont dû consentir un effort considérable pour remettre à flot leur économie : une terrible déva­luation interne par la baisse des salaires, des retraites, du produit intérieur brut et la construction d’un Etat capable de mieux lever l’impôt.
Deux ans et demi après l’arrivée au pouvoir de la gauche radicale Syriza, deux ans après le virage réaliste du premier ministre Alexis Tsipras, la Grèce a accompli de grands progrès. Et elle continue avec une loi omnibus adoptée jeudi 18 mai, censée mettre en œuvre 45 réformes préconisées par les créanciers. Mais, à chaque printemps, les tergiversations sur l’aide à la Grèce font retomber la croissance. Il faut sortir de ce cycle.
Il y a l’idéal et le possible. L’idéal serait un effacement en bonne et due forme d’une partie de la dette grecque. Ce scénario est impraticable avant les élections allemandes… et sans doute après. On se dirigera vers un allongement des prêts et une baisse des taux d’intérêt. Il existe une seconde voie, moins glorieuse, mais très efficace : permettre à la Banque centrale européenne de racheter la dette grecque comme elle le fait avec les autres pays de la zone euro. La manœuvre, qui exige pour des raisons techniques la présence du Fonds monétaire international, permettrait de baisser les taux ­d’intérêt grecs et rendrait possible le retour d’Athènes sur les marchés financiers. La Grèce sortirait ainsi de dix années calamiteuses de soumission.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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