Tribune libre – Les douze travaux d’Emmanuel Macron

 L’Opinion
Groupe « Que faire ? »  26 Mai 2017
 « Réformer notre système éducatif, éradiquer le chômage de masse, mettre fin au déclin industriel et à la ghettoïsation de nos banlieues, lutter contre les inégalités et redéfinir l’Europe, permettront vraiment à la France de se mettre En Marche ! »
Après une élection présidentielle qui a permis de faire triompher de grandes idées (ouverture de la France à l’Europe et au monde, volonté de réforme de notre économie et de nos institutions), le temps vient où le programme d’actions va devoir être plus concret, plus opérationnel. Le groupe « Que Faire ? », réuni autour d’Edith Cresson, considère que douze travaux prioritaires devront aboutir.
Les trois premiers visent créer une société de la connaissance, en réformant un système d’éducation qui fonctionne essentiellement sur la sélection et rejette un nombre considérable de jeunes dont 20 % sortent du primaire sans maîtriser les savoirs de base, gonflant la cohorte des 1 669 000 « NEETS » (neither in employment nor in education or training). La priorité doit porter d’abord sur le primaire, non seulement en augmentant le nombre d’enseignants dans les classes défavorisées, mais surtout en les motivant, par des rémunérations et des évolutions de carrière différenciées. Elle doit aussi viser une politique de lutte contre le « décrochage », en accordant une vraie priorité aux écoles de la deuxième chance. Quant à la formation professionnelle, elle doit s’intéresser vraiment aux sans-emploi et répondre aux besoins d’une économie exposée à la concurrence internationale et bousculée tant par le big data que par l’industrie 4.0.
Déclin industriel. Les deux suivants devront mettre fin à notre déclin industriel, en améliorant l’environnement économique et fiscal des entreprises. Notre système fiscal nous a conduits à être l’une des économies les plus taxées, notamment en prélèvements qui renchérissent le coût du travail. Y remédier implique de supprimer progressivement les modes d’imposition assis sur la masse salariale et de leur substituer la valeur ajoutée. Il ne s’agit pas de supprimer les impôts et cotisations payés par les entreprises, mais de changer leur assiette, afin d’alléger le coût du travail. Au passage, dans un effort indispensable de moralisation du secteur privé, il faut pénaliser les entreprises qui distribuent des rémunérations déraisonnables et supprimer la déductibilité fiscale des « salaires » qui dépassent 20 fois le smic.
Notre pacte républicain devra veiller à une nécessaire redistribution pour corriger les inégalités que génère la vie économique et pour conduire une véritable politique de protection de la famille
Trois autres travaux permettront d’éradiquer le chômage de masse, en donnant un nouvel élan à la croissance et l’innovation. Tout a été dit sur les rigidités d’un Code du travail qui s’immisce dans les moindres détails de la vie de l’entreprise, qu’elle ait 50 000 salariés ou moins de 100. Il faut donc introduire, dans les conventions collectives, un volet PME négocié par des acteurs eux-mêmes issus de PME. Il faut aussi tirer la leçon de l’échec cuisant de la fusion des Assedic et de l’ANPE et réformer Pôle Emploi : les métiers de l’indemnisation et ceux du reclassement n’ont que peu en commun et il faut gérer séparément ceux qui gèrent l’indemnisation et ceux qui accueillent les chômeurs, les soutiennent, les orientent et démarchent les employeurs. Une attention particulière doit être accordée aux handicapés, en réformant une législation détournée par la prise en compte de handicaps sans incidence professionnelle et, surtout, en accroissant les moyens de formation et d’adaptation.
Un de ces douze travaux devra rendre réelle l’égalité garantie par notre Constitution, sans distinction d’origine ou de religion, qui ne suffit pas à occulter les inégalités qui subsistent, dans les ghettos bâtis aux portes de nos villes, où le chômage persiste et où la désespérance s’installe, terreau fertile à tous les extrémismes. Mettre fin à cette ghettoïsation permettra d’assurer l’accession de tous aux savoirs indispensables et de faciliter l’insertion dans le marché du travail des enfants des banlieues ce qui, au-delà des préoccupations de justice, aura un impact positif sur notre compétitivité. Plus généralement, notre pacte républicain devra veiller à une nécessaire redistribution pour corriger les inégalités que génère la vie économique et pour conduire une véritable politique de protection de la famille.
Protection européenne. Les trois derniers « travaux d’Emmanuel » devront cibler l’Europe, interpellée par Vladimir Poutine, remise en question par le Brexit et bousculée par Donald Trump. Pour que nos peuples adhèrent à un projet européen repensé, il ne suffit plus d’évoquer 70 ans de paix ou les acquis d’un grand marché. Les citoyens attendent de l’Europe plus de protection et d’ambition. Cela impose de renforcer l’euro pour en faire une vraie monnaie d’échange internationale, ce qui exige d’approfondir sa gouvernance, y compris dans sa dimension sociale et fiscale et d’assainir nos finances publiques, condition de notre renaissance économique ; de mettre en œuvre une politique commerciale plus offensive, exigeant une réciprocité d’ouverture, y compris en menaçant d’un « Buy European Act » ; de s’engager dans une « Europe des Projets », rassemblant les Etats les plus ambitieux, notamment l’Allemagne et la France, pour une action commune en matière de Défense et de Sécurité, de coopérations industrielles dans l’énergie, les industries de transport, les technologies de l’information et les biotechnologies, une diplomatie mieux intégrée incluant des partenariats stratégiques avec le monde arabe, l’Afrique sub-saharienne, l’Amérique latine et l’Asie, afin de redevenir un des centres de gravité du monde.
En conclusion, les Français attendent des mesures concrètes et ambitieuses qui leur redonnent espoir. Réformer notre système éducatif, éradiquer le chômage de masse, mettre fin au déclin industriel et à la ghettoïsation de nos banlieues, lutter contre les inégalités et redéfinir l’Europe, permettront vraiment à la France de se mettre En Marche !
Groupe « Que faire ? », anciens membres de cabinets ministériels, de droite, du centre et de gauche, réuni autour d’Edith Cresson, ancien Premier Ministre.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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