Les Républicains – Décapitée et divisée, la droite traverse une crise profonde

Les tensions internes suscitées par la perspective de rester dans l’opposition et la recomposition provoquée par l’élection de Macron risquent de mener Les Républicains à l’implosion.
LE MONDE | 29.05.2017| Par Alexandre Lemarié
En apparence, la situation de la droite n’est pas si alarmante : pour l’heure, seules trois personnalités issues de ses rangs – Edouard Philippe, Bruno Le Maire et Gérald Darmanin – ont rejoint le gouvernement nommé par le président de la République, Emmanuel Macron, et le parti devrait sauver au moins une centaine de députés lors des législatives.
Loin de l’hécatombe promise au Parti socialiste, l’autre formation de gouvernement fortement déstabilisée par le résultat de l’élection présidentielle. Loin, aussi, de l’objectif – auquel personne ne croît vraiment en interne – d’imposer une cohabitation au nouveau chef de l’Etat, en obtenant la majorité absolue aux élections législatives des 11 et 18 juin.
Mais dans les faits, le mal est plus profond qu’il n’y paraît car l’ancienne UMP doit affronter une triple crise, à l’instar de ce qu’elle a vécu après la défaite de 2012.
Une crise de leadership
D’abord une crise de leadership car depuis les retraits de Nicolas Sarkozy et d’Alain Juppé à la suite de leur échec cuisant à la primaire de la droite, puis de François Fillon après sa déroute à la présidentielle, le parti Les Républicains (LR) ne dispose plus d’un chef reconnu par tous, capable de fédérer durablement les différentes sensibilités.
Ce n’est ni le cas de François Baroin, chargé de mener la campagne de LR pour les législatives – qui sera en déplacement dans les Pays de la Loire, lundi 29 mai, puis en Normandie mercredi – ni de Laurent Wauquiez, qui se positionne pour prendre la tête de l’appareil, dont l’autorité reste contestée en interne.
Orphelins, les sympathisants du mouvement se tournent… vers le passé. Ne sachant plus à quel saint se vouer, ils désignent Nicolas Sarkozy, Alain Juppé et François Fillon comme leurs responsables préférés, dans le baromètre Ipsos-Le Point, publié le 23 mai.
Une crise idéologique
A cette crise de leadership s’en ajoute une autre, d’ordre idéologique et stratégique, entre les partisans d’une droite modérée et les tenants d’une droite dure. Les premiers, représentés par Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin ou Nathalie Kosciusko-Morizet, défendent une conception libérale de l’économie et la construction européenne, en étant tournés vers le centre. A l’opposé de la ligne identitaire, sécuritaire et eurosceptique prônée par les sarkozystes Laurent Wauquiez, Brice Hortefeux ou Eric Ciotti, qui vise à séduire les électeurs tentés par le Front national.
En l’absence d’un leader, cette divergence doctrinale, ancienne, éclate au grand jour. Au point de menacer l’unité du parti, en opposant les élus disposés à travailler avec le nouvel exécutif au sein d’un bloc central et ceux qui campent sur une opposition résolue au pouvoir, dans l’optique d’incarner l’alternance… en 2022.
Les appels du pied d’Emmanuel Macron aux « modérés » et le contexte délétère d’après-défaite à la présidentielle creusent un peu plus le fossé entre ces deux courants.
« La droite se retrouve doublement affaiblie par l’offensive de Macron car elle est à la fois décapitée, sans leader, et profondément divisée, faute d’avoir mené un travail de reconstruction idéologique ces dernières années, analyse Brice Teinturier, directeur délégué d’Ipsos. Depuis 2012, le parti avait réussi à masquer ses difficultés, en surfant sur le rejet de François Hollande et en étant tendu vers l’espoir de l’emporter à la présidentielle. Mais la défaite de François Fillon a fait voler en éclats le couvercle de fonte, et tout ce qui était supportable dans la perspective d’une victoire explose aujourd’hui. »
Une crise organisationnelle
De cette double crise en découle une troisième, d’ordre organisationnelle : comment faire vivre dans une seule et même famille politique les différentes chapelles de la droite ? Les tensions internes suscitées par la perspective de demeurer cinq ans dans l’opposition et la recomposition provoquée par le nouveau président de la République ont toutes les chances de mener à terme à l’implosion de l’ex-UMP, parti unique de la droite et du centre créé par Jacques Chirac en 2002 pour résister à l’émergence du FN.
La scission devrait avoir lieu à l’Assemblée, après le second tour des législatives. En privé, les « modérés » jugent inéluctable la création d’un nouveau groupe à l’Assemblée – voire d’un autre parti – en marge de LR, afin d’avoir les coudées franches pour travailler en bonne intelligence avec le nouveau chef de l’Etat, en votant certaines de ses réformes au Parlement ou la confiance au gouvernement de M. Philippe, sans subir la loi des partisans d’une opposition systématique.
Parmi eux figurent vingt candidats LR-UDI aux législatives, épargnés par M. Macron car ils n’auront pas de candidats de La République en marche (LRM) face à eux. On y retrouve notamment Thierry Solère, Franck Riester ou Yves Jégo, qui ont signé un appel de 173 élus de la droite et du centre à saisir la « main tendue » du président de la République. Mardi, l’ex-premier ministre Jean-Pierre Raffarin a même plaidé pour la création d’un groupe de droite à l’Assemblée nommé « les constructifs » – en marge de celui de LR – qui regrouperait les députés soutenant le pouvoir « sur les bons projets ».
L’hémorragie risque de se poursuivre
Des mesures de rétorsion ont déjà été prises contre les élus Macron-compatibles, désignés comme des « traîtres » par la direction de LR. Candidate dans la 2e circonscription de Paris, « NKM » a vu surgir la candidature de deux rivaux internes – Jean-Pierre Lecoq et Henri Guaino –, tandis que M. Solère a été contraint de démissionner de la présidence du groupe LR au conseil régional d’Ile-de-France.
L’unité de la droite paraît d’autant plus menacée qu’en face M. Wauquiez affiche sa volonté de purger le parti des « modérés ». « Comme disait le général de Gaulle, nos rangs se sont éclaircis, mais la situation aussi” », s’est-il réjoui dans une lettre aux adhérents publiée le 22 mai.
L’hémorragie risque de se poursuivre au sein d’un mouvement, qui peine à résister aux sirènes macronistes : outre les élus, l’électorat de droite se montre majoritairement bienveillant vis-à-vis de ce président au positionnement libéral en économie – ses premiers pas sont notamment salués par 71 % des sympathisants de LR, selon une enquête IFOP.
Plus grave : selon une enquête Harris Interactive, un quart des électeurs de François Fillon dit vouloir voter pour un candidat LRM au scrutin législatif. Une fuite de l’électorat de droite vers la majorité présidentielle, qui pourrait aggraver un peu plus la situation, déjà précaire, de l’ex-UMP.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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