Que se passe-t-il au Maroc?

Le Vif.be – 30/05/2017 – Tex Van Berlaer –
Que se passe-t-il au Maroc?Une manifestation à Al Hoceïma, le 18 mai 2017 © Reuters
Lundi, Nasser Zefzafi a été arrêté au Maroc. Il y avait déjà quelque temps que les autorités marocaines poursuivaient le leader des actions de protestation qui durent depuis plus de six mois. La situation est particulièrement agitée dans le Rif, au nord du pays.
Nos confrères de Knack se sont entretenus avec Koert Debeuf, directeur du Tahrir Institute for Middle East Police Europe et témoin du printemps arabe en Égypte en 2011.
Quelle est la situation au Maroc ?
Koert Debeuf : Depuis plusieurs mois, on observe des protestations dans le pays. Elles ont été déclenchées par la mort d’un homme. En octobre, quelques policiers ont voulu saisir dix espadons d’un pêcheur. Quand il a refusé, les agents ont jeté les poissons dans une benne à ordures. L’homme a sauté dans la benne, et les policiers ont activé la machine, causant la mort du vendeur de poisson.
Sa mort a déclenché des manifestations qui se sont très vite étendues dans le pays. À certains endroits, elles ont pris fin, mais au nord, dans le Rif, elles ont continué. Le week-end dernier, les protestations se sont à nouveau étendues dans le pays.
Sommes-nous témoins d’un nouveau printemps arabe?
On sent que la situation déborde. Du coup, la comparaison avec le printemps arabe est vite faite. La grande différence avec le Printemps c’est que cette rébellion a un leader, Nasser Zefzafi. Lundi, ce dernier a été arrêté. Une réaction tout sauf intelligente de la part du gouvernement.
Ce leadership est un avantage pour les manifestants. Zefzazi intervient comme leur porte-parole. Moins il y a de leadership dans une révolte, plus le chaos après coup sera grand. C’est une leçon que nous a enseignée le printemps arabe. Ce n’est pas un hasard si les protestations sont les plus vives dans le Rif. Les gens descendent dans la rue contre le dénuement de la région, la corruption. Les gens veulent des droits et du travail, mais le gouvernement s’en moque. La colère gronde parmi les citoyens démunis, mais aussi parmi les autres.
Comment réagissent le gouvernement et le roi Mohammed VI?
Le roi et le gouvernement ne veulent même pas écouter les griefs. Leur approche de cette action prouve une nouvelle fois que le Maroc n’est pas du tout une démocratie.
Il y a moyen de négocier avec un leader tel que Zefzafi. Il peut répondre à des questions, et parler devant un groupe. Mais si le gouvernement marocain refuse, c’est le commencement de la fin. Ce qu’ils font maintenant n’est guère intelligent.
Après les protestations de 2011, le roi a promis toute une série de réformes. Cependant, rien n’a changé, pratiquement tous les changements ont été annulés. La seule grande modification, c’est que le parti des Frères musulmans a été intégré dans le gouvernement. Mais c’est un coup politico-stratégique qui ne calmera que les Frères musulmans. Que deviendra le reste de la population ?
En Tunisie, il y a d’ailleurs également un sentiment de malaise. L’économie tourne mal et les élites politiques n’ont pratiquement pas changé. Récemment, l’armée a encore été déployée pour surveiller les endroits importants. Je n’exclus pas que le Maroc suive cet exemple.
Quel est le rôle des médias ?
Tant dans les villes que dans les régions peu peuplées, on proteste. Le problème, c’est qu’on n’en parle pas dans les médias. Les journaux marocains n’en parlent pas, et les médias étrangers ne savent rien. Aujourd’hui, on sent qu’il y a plus d’infos qui filtrent. Chaque nouvelle information peut entraîner une nouvelle explosion. Après avoir vécu cinq ans dans la région, j’ai l’intuition qu’il y a vraiment quelque chose qui bouge.

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