Elections législatives : à Nantes, la cause animale a trouvé sa candidate

Le tout nouveau Parti animaliste, qui a investi 147 candidats, veut interdire la corrida, la chasse de loisir ou encore réduire la consommation de produits animaux.
Le Monde 23 05/2017 Par Audrey Garric (Nantes, envoyée spéciale
Ils sont tous là, bardés de leurs tracts et de leurs affiches. Ce samedi de mai, les partisans de La République en marche ou de La France insoumise abordent les clients du marché de la Petite-Hollande, dans le centre-ville de Nantes, en quête de l’électeur indécis ou versatile.
Aux côtés des formations traditionnelles – ou désormais incontournables dans le paysage politique français – un petit nouveau tente de se frayer un chemin vers les législatives : le Parti animaliste, consacré à la défense des animaux.

Isabelle Dudouet-Bercegeay, coprésidente du Parti animaliste et candidate dans la 2e circonscription de Loire-Atlantique, sur le marché de la Petite-Hollande, à Nantes. Audrey Garric/Le Monde
« On va plutôt aller du côté de l’habillement, éviter les stands de viande et de poisson », s’amuse Isabelle Dudouet-Bercegeay, candidate dans la 2e circonscription de Loire-Atlantique. En novembre 2016, avec six autres fondateurs, cette militante de longue date de la cause animale a créé cette structure qu’elle copréside aujourd’hui, la première du genre en France. « C’était le bon moment, l’opinion publique est désormais réceptive », juge-t-elle, après les scandales à répétition dans les abattoirs ou les nombreux livres d’intellectuels qui paraissent sur la condition animale. L’objectif, pour les scrutins des 11 et 18 juin, n’est pas de décrocher un député – « ce n’est pas possible sans proportionnelle » –, mais de « se faire connaître » et de « se roder ».
Concept séduisant
En moins de six mois, le Parti animaliste est parvenu à investir 147 candidats, soit 25 % du total des circonscriptions. Les deux tiers sont des femmes, et ils ont 42 ans en moyenne. Tous sont issus de la société civile, « ni de droite ni de gauche ». Un « concept à la mode », s’amuse Isabelle Dudouet-Bercegeay, salariée médicale et bénévole dans des ONG (L214, l’Association végétarienne de France), et qui accueille de nombreux animaux venus de refuges. Elle est également végétarienne, « mais ce n’était pas une condition sine qua non pour être investie ».
Avec un budget total de 75 000 euros, financé par 1 200 adhérents et des donateurs, le parti vise un objectif de 1 % des voix dans au moins 50 circonscriptions. « En obtenant un vote sans ambiguïté pour les animaux, nous voulons que les partis traditionnels se saisissent de cette question. Il y a actuellement un déni de démocratie », expose Isabelle Dudouet-Bercegeay à Nelly, 35 ans, venue au marché avec sa fille.
La candidate déroule alors les mesures phares de son programme : interdire la corrida, le gavage, la fourrure et la chasse de loisir, créer un ministère de la protection animale ou encore réduire la consommation de produits animaux de 25 % d’ici à 2025 par rapport à 2015. Nelly n’avait jamais entendu parler du Parti animaliste, mais le concept la séduit. « Ce que l’on inflige aux animaux est affreux, cela doit cesser », reconnaît-elle. Reste qu’elle n’est pas sûre de voter pour la nouvelle formation, faute de « vision globale ».
Than, une retraitée de 63 ans, pourrait en revanche lui donner sa voix. Elle est « déçue » des partis traditionnels qui « ne proposent rien ou presque » sur ce qui l’intéresse, la nature et les animaux. Alain, 55 ans, administrateur de biens, est lui aussi très enthousiaste. « J’ai adopté mes animaux à la SPA, lance-t-il avec fierté. Ce genre de parti, qui défend une cause bien définie, peut avoir de l’avenir lorsqu’il y a 25 % d’abstentionnistes à l’élection présidentielle. » Pas de chance pour la candidate, il n’est pas inscrit sur les listes électorales.

Stéphanie Chagnon, 44 ans, candidate du Parti animaliste à Saint-Nazaire, distribue des tracts sur le marché de la Petite-Hollande à Nantes. Audrey Garric/Le Monde
Manon Boucand et son compagnon, David Vigent, sont « satisfaits de l’accueil des gens », qui « ne [les] prennent plus pour des illuminés ». Ces trentenaires, eux-mêmes candidats pour le Parti animaliste en Ille-et-Vilaine et dans le Morbihan, sont venus épauler Isabelle Dudouet-Bercegeay. Elle est commerciale, lui courtier immobilier, et tous deux se frottent pour la première fois à la politique. « Au bout d’un moment, on s’aperçoit que l’action de rue ne suffit pas car on se heurte aux lois qui ne changent pas », indiquent ces militants végans (c’est-à-dire qu’ils bannissent tous les produits issus d’une exploitation animale). Ils prennent pour exemple la castration à vif des porcelets, « qui choque l’opinion », mais contre laquelle « on est impuissants ».
Pour la suite, ils ont en ligne de mire les élections européennes, en 2019. Et rêvent, cette fois, d’obtenir un ou deux députés. « Nous nous inscrivons dans un large mouvement international, rappelle Isabelle Dudouet-Bercegeay. Dans le monde, douze pays sont dotés d’un parti animaliste. » Le Parti pour les animaux des Pays-Bas, le plus célèbre d’entre eux, et le premier à avoir vu le jour en 2002, dispose actuellement d’un eurodéputé, de cinq sièges à la Chambre des représentants du royaume et de deux sénateurs. Un exemple pour les épigones français.

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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