Quitter l’accord de Paris ? « Symbolique et pas très malin »

Le Vif.be – 31/05/2017 –
L’Union européenne et la Chine vont soutenir l’accord de Paris sur le climat, lors d’un sommet en fin de semaine à Bruxelles, quelle que soit la décision du président américain Donald Trump. Il ne faut pas dramatiser un éventuel retrait des États-Unis, analyse Jean-Pascal van Ypersele.
Quitter l'accord de Paris ? "Symbolique et pas très malin"
© Reuters
L’UE et la Chine, réunies en sommet jeudi et vendredi à Bruxelles, se tiennent prêtes à défendre l’accord de Paris sur la lutte contre le changement climatique, au moment même où Donald Trump fait durer le suspense sur un éventuel retrait américain.
Sous l’ère Obama, Washington et Pékin s’étaient affichés côte à côte, piliers porteurs de la signature de l’accord en décembre 2015, dans lequel 196 pays sous l’égide de l’ONU se sont engagés à limiter le réchauffement des températures et à réduire les émissions de gaz à effet de serre.
Vendredi à Bruxelles, la Chine sera aux côtés de l’UE pour une déclaration commune face aux atermoiements américains afin de « confirmer leurs engagements envers l’accord historique » de Paris et « accélérer leur coopération pour améliorer sa mise en œuvre », selon un projet de déclaration que l’AFP a pu consulter.
L’UE et la Chine « sont déterminées à avancer sur des politiques et mesures » nécessaires pour l’application « concrète » des engagements pris dans le cadre de l’accord de Paris, souligne ce document.
Plusieurs médias américains ont annoncé mercredi la décision de Donald Trump de se retirer de l’accord de Paris, mais dans un tweet mercredi ce dernier s’est contenté de promettre une annonce « dans les prochains jours ».
Le retrait des États-Unis, l’un des plus gros pollueurs dans le monde, serait un vrai coup dur pour la lutte contre le changement climatique, seulement un an et demi après l’euphorie créée par l’accord de Paris.
Interpellé mercredi sur ce sujet lors d’un point de presse, le vice-président de la Commission européenne chargé de l’Energie, Maros Sefcovic, s’est dit bien conscient de ces « rumeurs » persistantes.
« Nous le sentons déjà. Il y a de fortes attentes de nos partenaires dans le monde, en Afrique, en Asie, en Chine, pour que l’Europe assure le leadership dans cet effort », a déclaré M. Sefcovic.
« L’Europe est prête à prendre la tête du mouvement. Nous allons certainement le faire », a-t-il poursuivi, estimant même que ce ne « serait pas la fin de l’humanité » si les États-Unis se retiraient.
– Dynamique ‘irréversible’-
Sur Twitter, son collègue responsable de l’Action pour le Climat, Miguel Arias Canetenégociateur pour l’UE à Paris en décembre 2015, a également assuré que l’Union tiendrait son rang.
« Le monde peut compter sur l’Europe pour conserver le leadership mondial en matière de climat. Ensemble nous soutiendrons Paris, nous défendrons Paris », a renchéri M. Canete.
Pour l’UE comme pour la Chine, la dynamique en faveur d’une réduction des émissions des gaz responsables du changement climatique est « irréversible ».
Une source européenne a expliqué à l’AFP que l’UE travaillait à un rapprochement avec la Chine sur le dossier depuis la COP22 en novembre à Marrakech, au Maroc. En pleine négociation, les participants avaient été sonnés par l’élection de Donald Trump, ouvertement climatosceptique.
Depuis son arrivée au pouvoir, celui-ci a affiché sa volonté de soutenir les énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz) au nom de la défense de l’emploi.
Or pour les Européens comme pour les Chinois, la transition énergétique est source de croissance.
« Je crois que nous avons clairement prouvé en Europe que l’utilisation (…) de technologies plus propres, l’augmentation de la production d’énergie renouvelables, a du sens économiquement parlant », a souligné Maros Sefcovic.
« La réaction violente et rapide des États-Unis en matière de politique climatique exige un leadership approfondi de tous les autres pays », a estimé Li Shuo, de Greenpeace East Asia, lors d’une conférence mercredi avec l’ONG Climate Action Network (CAN).
« En s’écoutant, au lieu de se parler de loin, la paire (UE-Chine) a le potentiel pour devenir le nouveau moteur de la diplomatie climatique internationale. Pour démontrer qu’elles peuvent vraiment montrer la voie, (la Chine et l’UE) doivent accélérer leurs mesures au niveau intérieur », a ajouté la représentante de Greenpeace.
Quitter l’accord de Paris serait « symbolique » et « pas très malin » pour van Ypersele

Il ne faut pas dramatiser un éventuel retrait des États-Unis de l’accord de Paris sur le climat, analyse Jean-Pascal van Ypersele, professeur de climatologie à l’UCL et ancien vice-président du GIEC. « 147 pays ont ratifié cet accord, dont les États-Unis. S’ils se retirent, cela ne fait qu’un pays en moins sur 147.
Les États-Unis représentent 15% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. C’est beaucoup mais 85% ne sont donc pas concernées », observe-t-il mercredi, alors que le président Donald Trump laisse planer le doute sur son intention de quitter la convention ratifiée par les États-Unis sous la présidence de Barack Obama.
Texte historique, l’accord de Paris vise à limiter le réchauffement planétaire à moins de deux degrés Celsius en réduisant les émissions de gaz à effet de serre. Il ne fixe pas d’objectif contraignant par pays, mais « additionne des plans volontaires », résume Jean-Pascal van Ypersele. « C’est sa force, car c’est ce qui a permis sa conclusion, mais aussi sa faiblesse. Un Etat peut réviser ses engagements et il n’y a pas de sanction pour ceux qui ne les respectent pas. » Dès lors, « ce n’est pas très malin d’en sortir », estime celui qui est aussi expert pour l’ONU. « Si les États-Unis ne font plus partie de l’accord de Paris, ils ne seront plus dans les discussions où les règles sont définies. Ils se couperaient de la possibilité d’influencer les débats. »
« Quand Donald Trump dit que c’est un mauvais accord, c’est une réaction épidermique. La portée d’une sortie serait surtout symbolique. S’il veut revenir au 20e siècle, c’est son droit. Mais le reste du monde avance vers une décarbonation de l’économie. Et les opportunités économiques sont du côté de la décarbonation, un mouvement inéluctable », affirme le spécialiste de l’UCL. Certains dans l’administration Trump ont bien compris que les avantages de l’accord de Paris dépassaient ses inconvénients. De nombreuses entreprises américaines, dont le pétrolier ExxonMobil, demandent d’ailleurs un maintien au sein de l’accord de Paris.
« La Chine, l’Inde, l’Europe ont annoncé qu’ils allaient de l’avant. » D’autres pays significatifs pourraient-ils se retirer de l’accord? Seuls la Syrie et le Nicaragua ne l’ont pas signé, tandis qu’un pays comme la Russie ne l’a toujours pas ratifié. Mais en s’opposant à l’évolution du monde, les États-Unis risquent surtout de livrer « un combat qu’ils vont perdre et qui va leur coûter cher », conclut Jean-Pascal van Ypersele.

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