Propos – Gérald Darmanin : « Une partie de LR dérive vers le FN »

 Le ministre du budget affirme que, contrairement à « une partie de la droite », il reste fidèle à ses convictions, et compare « l’audace » d’Emmanuel Macron avec celle de Nicolas Sarkozy.
LE MONDE | 08.06.2017  | Propos recueillis par Matthieu Goar, Nicolas Chapuis, Alexandre Lemarié et Solenn de Royer
Sa nomination a constitué une des surprises du gouvernement d’Edouard Philippe. A 34 ans, le maire Les Républicains (LR) de Tourcoing (Nord), Gérald Darmanin, est devenu ministre de l’action et des comptes publics, après avoir débuté sa carrière aux côtés de Xavier Bertrand et avoir rejoint Nicolas Sarkozy ces dernières années. Cette figure de la droite sociale reçoit dans une annexe de son ministère, rue de Babylone. Derrière lui trône l’un des immenses portraits de Richelieu peints par Philippe de Champaigne. Un tableau accroché là à la demande de son prédécesseur, Jean-Vincent Placé.
La mise en place du prélèvement à la source a été reportée au 1er janvier 2019. Cette mesure va-t-elle être appliquée ?
C’est une mesure très intéressante pour les Français. En même temps, elle ne doit pas être une charge supplémentaire pour les entreprises. Nous avons lancé un audit conjoint de l’Inspection générale des finances et d’un cabinet indépendant. En parallèle, une expérimentation sera réalisée cet été et je vais mener des consultations tous azimuts pendant trois mois avec les entreprises, des représentants des organisations professionnelles et des collectivités locales. Mon rôle est d’entendre les arguments sur la complexité, notamment pour les PME qui ne peuvent pas être surchargées de tâches administratives.
Les Echos évoquent un déficit à 3,2 % au lieu des 2,8 % prévus. Où allez-vous trouver les économies manquantes ?
Je ne sais pas d’où sort ce chiffre de 3,2 %. Mais il est très probable que les 2,8 % prévus par le gouvernement précédent soient bien trop optimistes. Nous attendons le rapport d’audit de la Cour des comptes pour obtenir un chiffrage indiscutable. Il est important de tenir nos engagements européens et cela doit se faire sans collectif budgétaire. Nous trouverons des économies. Le premier ministre a bien fait passer le message que les ministres ne doivent pas être jugés aux moyens qu’ils obtiennent en plus, mais à la façon de bien exécuter le budget qu’ils ont obtenu. Ces économies ne seront pas réalisées sur les promesses du président de la République : les auxiliaires de vie pour les adultes handicapés, les dédoublements de classe, les forces de sécurité supplémentaires. Nous trouverons des marges sur les dépenses du précédent gouvernement.
Vous allez aussi devoir mettre en place la hausse de la CSG. Pour Christian Jacob, Macron a nommé « deux ministres de droite chargés d’augmenter les impôts »…
Il est toujours dommage de tomber dans les effets de manche électoraux. Surtout quand Marine Le Pen obtient dix millions de voix. A l’époque de la campagne de François Fillon, les dirigeants du parti Les Républicains ont défendu la hausse de deux points de TVA. La CSG est plus juste car elle est proportionnelle aux revenus, et sans niches. En parallèle de son augmentation, il y aura une baisse de plus de 3 % des cotisations sociales, d’assurance-chômage et de maladie. Un ouvrier de Tourcoing au SMIC va donc avoir une augmentation de 250 euros de pouvoir d’achat par an. Cette mesure valorise le travail en s’appuyant sur la solidarité intergénérationnelle. Et je rappelle que les retraités les plus modestes ne paieront pas l’augmentation de cette CSG et que 80 % des Français connaîtront une suppression de la taxe d’habitation !
Le programme économique de M. Macron est-il de droite ?
Depuis des années, nous avons défendu la baisse des cotisations sur les heures supplémentaires, Emmanuel Macron est en train de le faire. Nous avons promis la baisse de l’impôt sur les sociétés, le président va la mettre en place. La primauté de l’accord d’entreprise a été annoncée, c’est ce que nous demandions. Il n’y a pas aujourd’hui de clivage économique entre une partie de la gauche et de la droite.
Vous vous posez comme le défenseur des classes populaires mais allez être le ministre qui va supprimer 120 000 postes de fonctionnaires et vous faites partie d’un gouvernement accusé de faire de la casse sociale avec la loi travail…
120 000 postes de fonctionnaires en moins ne remettront pas en cause la qualité de notre service public ! Quant à la loi travail, le plus grand drame social aujourd’hui c’est d’avoir six millions de chômeurs et neuf millions de pauvres. Peu de gens semblent se soucier de la protection des chômeurs par le retour à l’emploi. Il ne faut pas oublier que l’on souhaite donner plus de pouvoir d’achat aux salariés avec la baisse des cotisations sur les heures supplémentaires, que l’on prévoit la réforme de la protection sociale des indépendants, le développement de l’apprentissage… Les réformes que l’on va mettre en œuvre n’ont jamais été tentées. Vu la situation du pays, il est irresponsable de dire qu’il ne faut rien bouger.
Emmanuel Macron va-t-il bénéficier d’une large majorité à l’issue des législatives ?
Un grand nombre d’électeurs de droite ont déjà voté en faveur d’Emmanuel Macron au premier tour de la présidentielle. Et j’ai la conviction qu’une grande partie de ceux qui ont voté en faveur de François Fillon vont souhaiter donner une majorité au président de la République. Cela ne revient pas à lui donner un blanc-seing mais à donner une chance à ce gouvernement de réussir pour la France. Souhaiter une cohabitation n’est pas gaulliste. Par ailleurs, l’action du président de la République sur la scène internationale a replacé la France dans le concert des nations. Qu’il tienne la dragée haute à M. Trump et accueille M. Poutine à Versailles montre qu’il est respecté et renforce la fierté d’être français.
Emmanuel Macron prend le risque de n’avoir comme seuls opposants que les extrêmes…
Mais c’est déjà le cas ! J’ai connu un 21 avril 2002 et je ne m’imaginais pas connaître un deuxième 21 avril quinze ans plus tard avec les deux partis de gouvernement éliminés au premier tour. Nous sommes maintenant face à une responsabilité historique. Si nous n’apportons pas la preuve que la politique gouvernementale, républicaine et européenne peut faire quelque chose pour les Français, Marine Le Pen gagnera la prochaine élection. Il y a un risque réel.
Cela ne vous fait pas bizarre de faire campagne contre vos anciens amis politiques dans le cadre du scrutin législatif ?
Ce n’est pas vrai. Je ne fais pas campagne contre mes anciens amis politiques mais pour la majorité présidentielle.
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Vous êtes pourtant allé soutenir la candidate de La République en marche face à Eric Ciotti dans les Alpes-Maritimes…
Vous vous sentez plus proche de ministres socialistes ?
 Soutenez-vous la démarche des élus LR « macroncompatibles » ?
 Le plan d’Emmanuel Macron, c’est de casser la droite et la gauche ?
 Comment passe-t-on de Xavier Bertrand à Nicolas Sarkozy, puis à Emmanuel Macron ?
 Que répondez-vous à ceux qui vous accusent de trahison ?
Il y a deux poids, deux mesures chez LR. Ceux qui ont choisi d’être ministres d’un chef de gouvernement de droite sont vus comme des traîtres. Mais quand M. Wauquiez annonce un meeting avec Sens commun, quand Marion Maréchal-Le Pen dit qu’elle peut travailler avec lui, quand une partie de la droite dérive vers l’extrême droite, il n’y aurait aucun problème. Moi je reste fidèle à mes convictions. J’ai vécu dans l’héritage de Philippe Séguin, dans un parti gaulliste où il ne peut y avoir aucun rapprochement avec l’extrême droite. M. Wauquiez a manifestement des accointances avec des thèses qui ne sont pas celles du gaullisme et de la démocratie chrétienne.
Vous aviez vous-même étrillé Macron avant sa victoire, en évoquant son « bobopulisme » et en assurant qu’il serait le « poison définitif » de la VRépublique…
Y a-t-il du Sarkozy chez Macron ?
Richard Ferrand aurait-il dû démissionner ?
 Le député LR du Pas-de-Calais, Daniel Fasquelle, va porter plainte contre vous pour chantage après la publication d’un SMS, et il vous accuse de vouloir utiliser l’administration fiscale « à des fins d’intimidation de [vo]s adversaires politiques ». Que lui répondez-vous ?

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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