Élections en promo

Charlie Hebdo – 14/06/2017 – l’édito de Riss- Extraits
Cela devait être des élections législatives, ce fut une chasse d’eau. En un vote, la quasi-totalité du Parlement a disparu. D’un coup. Le peuple français veut tout recommencer depuis le début, et l’Assemblée qui en sortira ressemblera un peu à l’arche de Noé. Dieu a noyé les corrompus et les pêcheurs sous le déluge, mais, sur son arche, Macron a emporté un spécimen de chaque créature vivante et, avec elles, il repeuplera la Terre d’un homme nouveau, pur, honnête et sympa. Les députés qui risquent d’être aspirés par le siphon de la baignoire paniquent et s’agitent en tous sens sens pour échapper à leur sort.
Ainsi, pour espérer avoir sa place sur l’arche de Macron, Élisabeth Guigou, ancienne ministre des Affaires européennes n’hésite pas à porter le voile dans une mosquée, à l’occasion de la rupture du jeûne. Cet accoutrement, nullement obligatoire pour assister à cette cérémonie, témoigne du naufrage d’une partie de la gauche. Il y a encore des hommes et des femmes politiques qui croient qu’avec des trucs aussi pathétiques ils obtiendront quelques électeurs de plus. Dites « ouaf-ouaf » et aurez les voix des caniches, dites « miaou-miaou » et vous aurez les voix des chats de gouttière. On dit souvent que la vie politique est monopolisée par des « mâles blancs de plus de cinquante ans ». En vérité, quels que soient leur âge, leur sexe et leur couleur de peau, les élus sont surtout des démagogues invétérés. Qu’ils soient blancs ou noirs, femmes ou hommes, c’est toujours les mêmes trucs qu’ils utilisent pour soutirer sa voix à l’électeur. Car séduire l’électeur est une chose abominablement compliquée. En Grande-Bretagne, ceux qui avaient voté pour le « Brexit » viennent de voter contre Thérésa May. Allez comprendre ce qu’ils ont dans la tête.
Le succès des députés de Macron surfe sur la nostalgie du « c’était mieux avant ». Tel Caton l’Ancien qui fustigeait le relâchement des mœurs politiques, Macron et ses candidats donnent l’illusion d’un retour à la pureté originelle de la démocratie. Les députés de Macron arriveront au Parlement néophytes, certes, mais purs. Les nouveaux élus auront le bénéfice de la virginité : ils n’auront pas encore embauché leurs enfants comme attachés parlementaires, pas encore été enivrés par le verre de whisky de la buvette de l’Assemblée nationale à 90 centimes, ni tripoté leurs homologues féminin dans les couloirs de l’hémicycle. Les députés de Macron seront neufs et en bon état pendant les douze prochains mois. Mais la pureté de l’enfant qui vient de naître ne dure pas longtemps. Combien de temps leur faudra-t-il pour devenir aussi détestés que ceux à qui ils viennent de ravir leur siège ? Comme toutes les belles voitures neuves, douze mois après, il ne vaudront que beaucoup moins à l’Argus.
La faible participation à ce scrutin rend les commentateurs pessimistes. Déjà les plus exaltés réclamaient au soir du premier tour un changement de la Constitution. La frénésie pour la nouveauté fait tourner les têtes. Nouveau président, nouveau couple présidentiel, nouveau Code du travail, nouveaux partis politique, nouveau Parlement, nouvelle Constitution. Les électeurs et aussi les journalistes se jettent sur Macron comme les ados le jour de la sortie du dernier Harry Potter. La politique se consomme désormais comme une promo de supermarché. J’achète, j’achète pas. J’ai envie de voter, j’ai pas envie de voter. Pendant l’élection présidentielle, la trouille de voir le Front national obtenir un score élevé au second à rappelé aux citoyens la gravité du geste électoral. Dimanche dernier, ils avaient déjà oublié cette frayeur et reprenaient leurs habitudes d’électeurs-consommateurs. Espérons qu’au soir du second tour, lorsqu’on découvrira la composition définitive, la nouvelle Assemblée nationale ne ressemblera pas aux rayons des yaourts taille fine t des rouleaux de PQ.

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