2017, année du reflux populiste ?

Commentaire – Ouest-France  15/06/2017
Il y a encore quelques mois, la vague paraissait très haute. Le repli national et volontiers xénophobe exprimé par le Brexit et l’élection de Trump donnait l’impression d’inaugurer un cycle, imparable et contagieux. La poussée des partis dits « populistes », un peu partout en Europe depuis cinq ans, semblait confirmer cette thèse.
Et puis, depuis janvier, une inversion de tendance s’est manifestée. Elle reste fragile, très fragile. Mais les limites d’une certaine démagogie rageuse, de gauche comme de droite, apparaissent au grand jour.

Près de cinq mois après son arrivée à la Maison-Blanche, Donald Trump ne gouverne toujours pas. | AFP
Plafond de verre
Sur le plan électoral, on l’a observé lors des élections aux Pays-Bas et en France. Même si le parti de Geert Wilders reste la deuxième formation de son pays, même si le Front National a engrangé onze millions de voix à la présidentielle en France, un plafond de verre leur barre la route du pouvoir.
En Allemagne et en Finlande, les scissions au sein des partis d’extrême droite créent un effet de ressac. En Italie, dimanche, le Mouvement 5 Étoiles a connu un revers cuisant lors des élections municipales partielles. Il présentait des candidats dans 225 circonscriptions, et moins de dix d’entre eux seront au second tour. Cela n’empêche pas le parti de Beppe Grillo de rester très haut dans les sondages au niveau national, grâce à une rhétorique « dégagiste » percutante. Mais l’élection de Macron, très suivie, montre qu’on peut pratiquer le dégagisme sans nécessairement se radicaliser.
L’aventure américaine
Entre-temps, on a aussi pu observer l’évolution de la situation dans les pays qui, en 2016, avaient succombé à la vague. Un an après le Brexit, le Royaume-Uni est dans un brouillard total. L’inflation, le mois dernier, a grimpé à 2,9 % et le pays est à la traîne en termes de croissance. En se prenant dans le tapis d’élections anticipées qu’elle avait elle-même convoquées, Theresa May sera contrainte d’adopter une ligne moins dure sur la sortie de l’Union européenne.
Quant aux États-Unis, c’est le festival de ce que l’aventurisme populiste peut produire. Près de cinq mois après son arrivée à la Maison-Blanche, Donald Trump ne gouverne toujours pas.
Il gesticule beaucoup, il tweete, mais les juges, la presse, les grandes villes s’occupent de contrer ses décrets. Sur l’immigration, le scandale de ses liens avec la Russie, la transition énergétique.
Celui qui voulait interdire de séjour les musulmans n’a fait qu’un seul voyage consistant. En Arabie Saoudite. Avec, à la clef, plus de 350 milliards de contrats (dix fois le budget défense de la France). Les affaires de la famille Trump (omniprésente dans le Bureau ovale) et du lobby militaire se portent bien. Celle des Américains, c’est autre chose.
Renverser la table n’est pas un programme
Il est sans doute trop tôt pour parler de reflux du populisme. La colère est encore vive, les crises migratoires aiguës, les souffrances économiques diffuses. Mais les Britanniques et les Américains nous montrent que renverser la table n’est pas un programme.
Dans une période de telles mutations – économique, culturelle, sociologique – la politique était, en réalité, en retard. À elle maintenant de se mettre au travail. Pour offrir aux électeurs, non pas le reflet opportuniste de leur humeur, mais une vision. Renouvelant l’approche sur des dialectiques anciennes : entre les droits et les devoirs, la rente et le travail, la solidarité et la liberté individuelle. Sans besoin de confier le monopole du peuple à des bonimenteurs.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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