Un vote, pas une formalité [commentaire]

Ouest-France 16/06/2017 Michel Urvoy

Ils ont la mémoire courte ceux qui, comme ultime argument, agitent le spectre de l’absolutisme d’En Marche : ont-ils oublié que la droite a raflé 73 % des sièges en 1968, la gauche 67 % en 1981, l’alliance RPR-UDF 72 % en 1993 et 68 % en 2002 ?
Et puis, La République en marche est suffisamment composite pour admettre que le vrai danger serait la cacophonie et l’incompétence – certains fuient même les débats ! – plutôt que l’hégémonie et le verrouillage. Les majorités les plus pléthoriques sont les plus difficiles à tenir.
Les enjeux de ce dixième tour, si on compte les trois primaires LR, PS et EELV, sont ailleurs.
Avant de parler de déferlante, il sera plus urgent de vérifier dimanche l’étiage de la participation. Une victoire par défaut – une majorité (en sièges) minoritaire (en voix) – pourrait ressembler à une construction sur du sable. À l’inverse, une majorité large serait une assurance pour le cas où François Bayrou deviendrait un partenaire gênant.
Mais une défaite des oppositions par jet de l’éponge ne serait pas davantage une bonne nouvelle. Mieux vaut une confrontation organisée que des colères qui explosent hors du cadre institutionnel, même si l’une n’empêche pas l’autre. Bref, il serait préférable pour tous que le second tour des législatives mobilise plus que le premier.
Le deuxième enjeu sera celui de la recomposition politique. Le FN aura probablement dix fois moins de députés qu’escompté. À LR, on imagine mal les « constructeurs » et les anti-Macron siéger dans le même groupe et, en tout cas, adopter des avis communs sur les projets.
Stabilité et diversité
On est curieux de voir si, face à LREM et au MoDem, qui auront chacun un groupe, les communistes et les Insoumis sauront s’entendre pour en constituer un. Si le PS, privé y compris de son candidat à la présidentielle, pourra faire entendre sa voix entre celle des réformistes partis chez Emmanuel Macron et celle tonitruante de Jean-Luc Mélenchon.
Le troisième enjeu sera celui du renouvellement. Aussi imparfaite soit leur application, les critères de recrutement des candidats d’En Marche vont permettre de changer complètement le visage de l’Assemblée.
Le rajeunissement sera spectaculaire : la moyenne d’âge des candidats (49 ans) est de huit ans inférieure à celle de 2012. Laproportion de femmes devrait passer de 26 à 40 %, même si la droite préfère toujours payer des amendes que veiller à la parité.
Les nouveaux venus, que l’on dit de la société civile – comme si chacun un jour ou l’autre n’en venait pas – seront plus nombreux.
En revanche, les élus issus de la « diversité », les ouvriers, les milieux modestes, resteront sous-représentés par rapport aux employés, cadres et entrepreneurs. Gare aux conséquences d’un Parlement miroir d’une seule des deux France !
Participation, pluralisme, renouvellement, trois enjeux plus un : la stabilité. Elle est toujours vécue de l’intérieur et regardée de l’étranger comme un élément clé. Dans un monde instable et tenté par le repli sur soi, la France, après des mois de suspense, peut offrir les conditions de la confiance et y trouver un sursaut de croissance au service du redressement, de l’investissement et de l’emploi.
Ce dernier vote avant travaux parlementaires n’a de formalité que l’apparence.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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