Ukraine. Et le droit international ?

Ouest-France 21/07/2017 Par Cécile VAISSIÉ.*
Il est temps d’en finir avec l’étrange aveuglement de certains Occidentaux qui acceptent tout du Kremlin, par naïveté, par lâcheté aussi.
Editorial – Le 30 juin 2017, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, est intervenu à un forum d’experts à Moscou et a laissé échapper des propos qui n’ont peut-être pas été suffisamment relevés en France.
Le point de vue de Cécile Vaissié, professeur en études russes et soviétiques, de l’Université Rennes 2.
Il a, en effet, évoqué les «critiques selon lesquelles [ils se seraient] à tort mêlés aux conflits dans le Donbass et en Syrie». De façon certes assez confuse, le ministre reconnaissait ainsi publiquement, pour la première fois, l’engagement de la Russie dans la guerre se déroulant depuis le printemps 2014 sur le sol ukrainien. Si certains ergotent sur le sens à donner aux termes employés – «se mêler», «conflits» -, la responsabilité russe est déjà bien connue : le colonel Igor Strelkov, l’un des officiers russes envoyés pour déstabiliser d’abord la Crimée, puis le Donbass, a raconté ses missions en détail, dans la presse russe, dès novembre 2014.
Dans cette guerre qu’il a déclenchée, le Kremlin a violé les traités internationaux par lesquels la Russie s’engageait à respecter l’intégrité territoriale et les frontières de l’Ukraine : le mémorandum de Budapest de 1994 et le traité d’amitié russo-ukrainienne, signé le 31 mai 1997 et ratifié le 17 février 1999. En août 2008, même Vladimir Poutine affirmait encore que la Crimée n’était pas «un territoire disputé» et que la Russie avait «reconnu depuis longtemps les frontières de l’Ukraine actuelle». C’est donc la parole des autorités russes qui se trouve, de nouveau, décrédibilisée.
Occidentaux paralysés
Tout cela est connu, et le tandem franco-allemand tente, depuis plusieurs mois, de faire cesser cette guerre, dite hybride, qui a causé plus de dix mille morts, des milliers d’orphelins et des centaines de milliers de réfugiés. Mais ce qui sidère aujourd’hui encore, c’est l’obstination de certains Occidentaux qui continuent de nier l’implication de la Russie et justifient l’annexion illégale de la Crimée ainsi que les violations du droit international au nom de données historiques erronées. Et s’acharnent à insulter l’Ukraine et son peuple, en prétendant que ce pays, indépendant et souverain depuis 1991, n’est qu’une province russe et/ou un repaire de nazis.
Quelle arrogance, quelle ignorance fonde de tels propos, mensongers et injurieux ? Au nom de quoi interdire aux Ukrainiens ce que les Français et d’autres peuples européens ont su conquérir : le droit de choisir leur avenir et leurs alliances ? Et que les Ukrainiens désirent s’éloigner de la Russie impose de réfléchir à leurs raisons, car ils connaissent bien les pratiques de leur voisin oriental.
Il est temps d’en finir avec l’étrange aveuglement de certains Occidentaux qui acceptent tout du Kremlin, par naïveté, par lâcheté aussi. Certes, la Russie qui ne se résume pas au Kremlin est un grand pays. Elle mérite d’être mieux connue et il faut, bien évidemment, dialoguer avec ses dirigeants et ses habitants. Ce qui implique d’apprendre sa langue, son histoire, ses cultures. Mais la Russie est aussi un pays en pleine dérive autoritaire, corrompu comme jamais, qui tente de dissimuler une crise identitaire profonde en terrorisant ses voisins. Elle y réussit : en Ukraine, dans les Pays baltes, en Géorgie, même en Biélorussie et au Kazakhstan, on craint, à tort ou à raison, une expédition militaire russe qui aurait pour but premier de détourner l’attention de la population russe de ses difficultés matérielles. Le tout avec l’accord tacite d’Occidentaux paralysés. Ce qui rappellera certains souvenirs aux amateurs d’Histoire.
*Professeur en études russes et soviétiques. Université Rennes 2

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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