Ciseau à ADN : des espoirs déçus

Siné Mensuel -juillet/août 2017 – Antoine Lopez –
Il y a cinq ans, on annonçait la découverte de Crispr-Cas9 comme la promesse d’un prix Nobel pour ses deux inventeurs. L’extase est finie : l’outil génial provoque des centaines de mutations génétiques imprévisibles.
En 2012, l’invention d’un « ciseau à ADN » par la chercheuse française Emmanuelle Charpentier et sa collègue américaine Jennifer Doudna déclenche l’euphorie dans le monde de la biologie.

Les scientifiques ont mis au pont un moyen simple et relativement peu coûteux de couper l’ADN à un endroit précis pour inactiver, modifier ou remplacer un gène. Cette technique s’appelle Crispr-Cas9. Elle est si simple que plus de 3 000 laboratoires s’en emparent pour tenter de guérir les cancers, intervenir sur le cerveau, prédire la fin des maladies, ressusciter le mammouth laineux, doubler la masse musculaire des animaux d’élevage, annoncer la création d’espèces… Avantage sublime : cette modification génétique ne laisse aucune trace décelable !
Youpi ! Pas de trace, donc pas de classification « OGM » des organismes « crispérisés ». On va pouvoir muter tout le monde sans se faire emmerder par les rabat-joie de l’éthique du vivant. Et collectionner les brevets.
Tout semblait aller vers le meilleur du monde transhumaniste jusqu’au 30 mai lorsque la revue Nature a publié une étude alertant sur les dangers de centaines de mutations involontaires provoquées par la technologie Cripr-Cas9. Les équipes de Kellie A. Schaefer et Wen-Hsuan Wu ont trouvé plus de 1 500 mutations dans les génomes de deux destinataires de thérapie génique pour cécité. Aucune de ces mutations n’avait été prévue.
Le soufflé Crispr-Cas9 retombe. La fable de la Vie construite comme un Légo et modifiable comme tel s’écroule une fois de plus. Savoir où sont les gènes et les atteindre ne résout en rien le mystère de leur fonctionnement. Une nouvelle preuve que l’aléatoire de la vie a un ordre qu’elle seule détient.

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