Commentaire – Un terrain politique inflammable

Ouest-France  28/07/2017
Rejet des institutions, explosion de l’individualisme, déstructuration politique : au moment de prendre quelque retraite estivale, réfléchissons au trouble que ces évolutions portent en germe.
Editorial – Nicolas Sarkozy, François Hollande, Emmanuel Macron : quand on regarde ces trois élections et les dix ans qui les séparent, il semble évident que le débat politique a changé de nature. Qu’il est surtout devenu très violent.

En France, le débat politique a changé de nature. Il est surtout devenu très violent. | AFP
Comme si sa légitimité était moindre que celle d’adversaires pourtant battus à plate couture, Emmanuel Macron est la cible de procès qui conduiraient, en d’autres temps, à l’échafaud !
Bien sûr, la gauche et François Bayrou n’ont jamais fait de cadeau à Nicolas Sarkozy. La droite et Jean-Luc Mélenchon ont été impitoyables envers François Hollande. Jacques Chirac, François Mitterrand ou Valéry Giscard d’Estaing furent la cible d’opposants sans pitié – souvenons-nous de Georges Marchais – avant que l’histoire ne corrige leur bilan.
Mais quelque chose a changé. Le débat était porté par des institutions – partis, syndicats, corps intermédiaires – dont la représentativité a fondu et dont les décisions ont perdu de leur autorité.
Soucieuses alors d’intérêt collectif, de conservatisme aussi, elles ne sont plus des canaux naturels. Tandis que les réseaux d’information (ou de désinformation) en continu, où la rumeur remplace la rigueur, l’image la réflexion et l’insulte l’argument, sont devenus un vaste bistrot pour compulsifs anonymes.
Toute idée, toute décision est aussitôt contestée, raillée, au mépris des intentions, des personnes, de la morale, de la loi, de la chose jugée, de la présomption d’innocence.
Avec les réseaux dits « sociaux », l’intolérance en somme s’est démocratisée. Les attiseurs de haine, pour qui les maux du pays justifient les mots de la politique, enflamment la place publique là où l’institution gérait la contradiction des discours.
On a beaucoup détruit
Ces évolutions changent tout. Quand un jugement convient, c’est une grande victoire de la vérité. Quand il sert votre adversaire, c’est une défaite du droit.
Quand une consultation dérange – Notre-Dame-des-Landes – elle est pipée. Si elle arrange, elle devient légitime.
Quand le Président fait de la diplomatie climatique, il soigne sa com’. Quand le chef des Insoumis démultiplie sa silhouette hologrammique, il parle du fond.
Quand le chômage monte, les chiffres sont assez fiables pour y voir un échec. Mais quand la France crée mille emplois nets par jour, c’est du trucage statistique.
Quand un député salarie un proche, c’est bien la preuve que la politique est pourrie. Mais le commerçant, le patron, le cadre qui jouent avec le fisc, le droit du travail ou les notes de frais, ont raison de profiter du système.
À moi les droits, aux autres les devoirs. J’ai raison puisque tu as tort. Ni le profond renouvellement politique de 2017 ni un autre mode de scrutin y changeront quoi que ce soit.
Depuis dix ans, on a beaucoup détruit. Marine Le Pen : sans offrir d’alternative qui résiste aux réalités. Jean-Luc Mélenchon : sans solution de rechange dans le système existant. Emmanuel Macron : il a conquis – brillamment – le pouvoir avant d’avoir gagné la confiance.
Rejet des institutions, explosion de l’individualisme, déstructuration politique : au moment de prendre quelque retraite estivale, réfléchissons au trouble que ces évolutions portent en germe. Tout en souhaitant majoritairement que ce pouvoir – c’est-à-dire le pays – réussisse, les Français, les jeunes surtout, sentent bien que le terrain politique est toujours aussi inflammable.
par Michel Urvoy

 

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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