Etats-Unis – Climat : le retrait américain n’est pas enclenché

Donald Trump avait annoncé il y a deux mois la sortie des Etats-Unis de l’accord de Paris.
LE MONDE | 31.07.2017 | Par Simon Roger

Donald Trump lors de l’annonce du retrait des Etats-Unis de l’accord de Paris, dans le Rose Garden de la Maison Blanche, le 1er juin. BRENDAN SMIALOWSKI / AFP
Deux mois après l’annonce du retrait américain de l’accord de Paris, la gouvernance climatique ne voit toujours rien venir. « On est dans le noir complet. On n’a reçu aucune communication de l’administration Trump, ni à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques [CCNUCC] à Bonn, ni au secrétariat général, dépositaire de l’accord, à New York », confie une source proche du dossier, impatiente de connaître le modus operandi retenu par Washington pour traduire dans les faits les propos de Donald Trump.
« Je ne peux, en conscience, soutenir un accord qui punit les Etats-Unis », affirmait le 1er juin, lors d’un un discours dans la roseraie de la Maison Blanche, le président républicain. Le deuxième plus gros émetteur mondial de gaz à effet de serre décidait alors de ne plus respecter l’accord international scellé à la COP21 pour contenir le réchauffement sous le seuil des deux degrés et de ne pas verser les 2 milliards de dollars promis par les Etats-Unis au Fonds vert pour le climat (devant s’ajouter au milliard déjà débloqué par son prédécesseur, Barack Obama). « Le Fonds vert n’a reçu aucune demande, lui non plus », signale Rémy Rioux, le patron de l’Agence française de développement (AFD), de retour mi-juillet d’un déplacement en Corée du Sud pour y rencontrer la direction de la jeune institution financière.
Une clarification réclamée
Un silence radio que les zélateurs de l’accord de Paris aimeraient interpréter comme un revirement de la position américaine. Mais l’affaire n’est pas si simple. D’abord parce qu’une notification signée cet été par Donald Trump ne suffira pas à déclencher la procédure de retrait. En vertu de l’article 28 du texte de décembre 2015, aucun pays ne peut quitter le navire dans les trois ans suivant l’entrée en vigueur de l’accord, intervenue le 4 novembre 2016. Que les Etats-Unis choisissent ou non d’avertir les Nations unies, ils ne pourront donc déclencher réellement le processus qu’à partir du 4 novembre 2019, explique Susan Biniaz, juriste pendant plus de vingt-cinq ans au département d’Etat américain.
« L’annonce du 1er juin est un affichage politique pour satisfaire une promesse électorale, analyse un diplomate français en poste outre-Atlantique. Donald Trump n’a pas de conviction forte sur le sujet du changement climatique. Rien ne dit qu’il a envie de lever l’ambiguïté sur ce retrait. » Mais les 194 autres pays liés par l’accord réclament, eux, une clarification. Dans les débats en cours sur les règles de mise en œuvre du texte de la COP21 – qui devraient se conclure à la COP24, en Pologne, fin 2018 –, la communauté internationale souhaite savoir comment va se comporter cet acteur majeur que sont les Etats-Unis.
Pour compliquer la donne, les délégués étrangers ont face à eux des équipes américaines très parcellaires. Début juillet, seuls 60 des 700 postes à pouvoir au sein du département d’Etat avaient trouvé un titulaire. Au début du mandat de Barack Obama, à cette même date, près de 350 postes étaient pourvus, souligne un fonctionnaire à Washington, ajoutant que l’Agence de protection de l’environnement (EPA) n’a, elle non plus, pas fait le plein.
« Pour le moment, la politique climatique des Etats-Unis se discute à la Maison Blanche », note-t-on dans les couloirs de la CCNUCC. Pour dépasser le clivage entre les adversaires de l’accord de Paris, regroupés derrière l’idéologue Steve Bannon, et les partisans du multilatéralisme, réunis autour d’Ivanka Trump et du secrétaire d’Etat, Rex Tillerson, Donald Trump a confié le dossier à son conseiller économique Gary Cohn. Cet ancien banquier de Goldman Sachs dispose, au sein du National Economic Council (NEC) qu’il dirige, d’une trentaine d’experts aguerris par leurs années passées au Congrès.
Lire aussi :   La Russie ne ratifiera pas l’accord de Paris sur le climat avant 2019
Option d’une « renégociation »
Actif dans plusieurs dossiers sensibles, Gary Cohn avait dépêché l’un de ses hommes comme « sherpa » de Donald Trump au G20 de Hambourg, début juillet. Sur le climat, plutôt que d’entériner le choix radical du retrait, le NEC réfléchirait à l’autre option esquissée dans le discours du 1er juin, celle d’une « renégociation » de l’accord. Mais les marges de manœuvre sont réduites. « Est-ce qu’il veut l’amender ?, s’interroge Susan Biniaz. Cela est complètement impossible. C’est un texte équilibré et aucun pays n’est d’humeur à vouloir le rediscuter. » L’hypothèse consisterait plutôt à faire passer pour une « renégociation » la discussion en cours sur les règles de mise en œuvre de l’accord, avec l’espoir d’obtenir quelques avancées que le président américain pourrait faire valoir devant ses troupes.
« Les Etats-Unis pourraient aussi décider de revoir à la baisse leur contribution nationale [à la réduction des émissions mondiales], ce qui est légalement envisageable, et présenter cela comme une renégociation de l’accord », avance Alden Meyer, du think tank américain The Union of Concerned Scientists. Washington a déjà indiqué qu’il ne se sentait plus tenu par la contribution présentée lors de la COP21.
Washington planche par ailleurs sur un sommet énergie et climat, au mois d’octobre, alors que le Canada, la Chine et l’Union européenne prévoient d’organiser, mi-septembre, un forum des économies majeures sur cette même thématique. « Les Etats-Unis veulent montrer qu’ils prennent eux aussi des initiatives, et cherchent à faire avancer leur concept d’énergies fossiles propres », analyse une source diplomatique française.
« On observe une évolution positive de l’administration Trump, estime-t-on à New York, à la mission permanente de la France auprès des Nations unies, qui range la diplomatie climatique parmi ses priorités d’action. Elle ne bloque plus de manière systématique toute référence à l’accord de Paris. » Invité d’Emmanuel Macron pour les cérémonies du 14-Juillet, Donald Trump a relancé les spéculations en indiquant, pendant la conférence de presse conjointe avec son homologue français, que « quelque chose pourrait se passer » sur l’accord de Paris. M. Trump « m’a dit qu’il allait essayer de trouver une solution dans les prochains mois », a soutenu ensuite M. Macron dans Le Journal du dimanche.
Cet infléchissement se ressent dans les réunions internationales traitant du climat, puisque les Etats-Unis continuent d’y prendre part. « A huis clos, les négociateurs américains restent dans une logique collaborative, ils n’ont pas sorti l’artillerie lourde comme on aurait pu s’y attendre », témoigne un diplomate français. Washington sera représenté par une délégation, en novembre, à la COP23, assure, pour sa part, le secrétariat de la CCNUCC. « Elle sera plus petite que par le passé, prévoit Susan Biniaz, mais les Etats-Unis voudront forcément envoyer une équipe pour défendre leurs intérêts. »

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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