[ Commentaire ] – Etats-Unis. Trump, Président sous observation

Ouest-France  07/08/2017 par Laurent Marchand
Donald Trump peut-il gouverner l’Amérique ? Obsessionnelle durant la campagne électorale, cette question reste curieusement d’actualité, six mois après son arrivée à la Maison-Blanche.

Edito – Contré par les magistrats sur l’immigration. Désavoué récemment par le Congrès sur la mise à la casse de la loi Obama sur la santé. Traqué par la justice, comme son fils et son gendre, pour leurs liens présumés avec la Russie avant son élection. Toujours boudé par le personnel de la haute administration qui, à Washington, a massivement voté contre lui en novembre. Surveillé à vue par la grande presse américaine, à la hauteur de sa réputation. Donald Trump a beau multiplier les tweets rageurs, il est, aujourd’hui comme au premier jour, un président sous surveillance.
Comme si tout ce que l’Amérique compte de contre-pouvoirs avait décidé de bordurer, au plus près, un homme manifestement inadapté à la fonction. Et trop imprévisible, par tempérament et par conviction, pour donner libre cours à ses brusques coups de barre.
La semaine dernière, la surveillance autour du joueur de golf le plus assidu que la présidence américaine ait jamais connu a même été renforcée. Le procureur spécial, Robert Mueller, a mis sur pied un grand jury dans le cadre de son enquête sur une possible collusion entre la campagne de Trump et Moscou. Ce qui a pour effet de rendre le procureur de moins en moins attaquable, et le Président un peu plus vulnérable.
Contenir le risque coréen
Tout se passe comme si Washington se préparait à une procédure d’impeachment (mise en accusation). En prédisposant les instruments juridiques sur place, et en accumulant les pièces à charge et les déclarations. Mais attention, rien ne dit qu’elle aura lieu. Longue et complexe, une telle procédure requiert une majorité hostile au Congrès. Ce qui n’est pas le cas actuellement, puisque les Républicains contrôlent les deux chambres. Au moins jusqu’aux élections de mi-mandat, dans quinze mois.
À l’international, ce chaos a de quoi préoccuper. Après six mois de pouvoir, une superpuissance déroule d’ordinaire ses nouvelles priorités. Avec Trump, impossible de faire le moindre bilan. L’ambiguïté et les soupçons qui pèsent sur ses liens avec la Russie empêchent, de facto, l’élaboration d’une vraie politique vis-à-vis de Moscou. Affaibli, Trump a dû signer contre son gré le nouveau train de sanctions contre la Russie, imposé par le Congrès. Ce qui percute directement les intérêts européens, sans concertation.
Plus urgent encore, la menace que représente la Corée du Nord exige une main ferme et une tête froide. Fort heureusement, Washington et Pékin sont parvenus à s’entendre à l’Onu pour de nouvelles sanctions contre Pyongyang, grâce au travail de Rex Tillerson, le secrétaire d’État. Washington décline toute volonté de renverser le régime nord-coréen tout en n’écartant aucune option, même militaire, en cas d’escalade.
Un début de ligne se profile. La stabilité du monde dépend de l’Amérique. Or, le système américain dépend, lui, de son « commandant en chef ». C’est tout le problème. Après une valse des conseillers (neuf limogeages en six mois), le nouveau directeur du cabinet présidentiel, John Kelly, est un ancien général des Marines. Un certain besoin d’ordre se faisait manifestement sentir à la Maison-Blanche. Difficile toutefois de dire si, dans un monde aussi dangereux, cette reprise en main est, ou non, de bon augure. Novembre 2020, date de la prochaine présidentielle, paraît si loin…
Lire aussi : Donald Trump prend trois fois plus de vacances que Barack Obama

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans Débats Idées Points de vue, International, Politique, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.