Disparition de Gonzague Saint Bris, voyageur insatiable et homme de lettres

LE MONDE |   09.08.2017  | Par Macha Séry

Le journaliste et écrivain Gonzague Saint Bris a péri dans un accident de voiture survenu sur une route du Calvados, à hauteur de Saint-Hymer, le 8 août, à l’âge de 69 ans.
Né le 26 janvier 1948 à Loches (Indre-et-Loire) – berceau d’Alfred de Vigny, auquel il a consacré un ouvrage –, Gonzague Saint Bris était l’auteur de cinquante romans et essais parmi lesquels de nombreux portraits de têtes couronnées (François Ier, Henri IV, Louis XI, Louis XIV), de Napoléon et de La Fayette, mais aussi quantité de biographies d’écrivains (Alexandre Dumas, le marquis de Sade, Stendhal, George Sand, Victor Hugo, Gustave Flaubert, Jules Verne, Alfred de Musset, etc.). En 2002, il avait reçu le prix Interallié pour Les Vieillards de Brighton (Grasset, 2002)
Gonzague Saint Bris était le petit-fils de Jean et Carmen Saint Bris, déportés pour faits de résistance, et le fils du comte et diplomate Hubert Saint Bris. Il a grandi au Clos Lucé, acquis par sa famille au milieu du XIXe siècle et ouvert au public en 1954 ; un château Renaissance où Léonard de Vinci a séjourné les trois dernières années de sa vie et dont Gonzague Saint Bris, d’un ouvrage à l’autre, était devenu l’un des meilleurs spécialistes.
Julien Gracq le complimenta d’ailleurs sur son roman L’Enfant de Vinci (Grasset, 2005) : « Les vigoureux apports imaginatifs qui surgissent – pour vous particulièrement – de la vallée de la Loire, habitée, naviguée, rêvée, photographiée par vous, vous ont donné un de vos meilleurs livres. Le temps y devient flexible et l’histoire s’y incorpore familièrement. »
Un homme de presse et de radio
Gonzague Saint Bris a suivi des études à la St Philip’s School, à Londres, puis a fait ses débuts dans la presse locale. En 1970, il entre au Figaro, qu’il quitte pour France Soir et une chronique dans Elle. Il a travaillé aussi comme correspondant aux Etats-Unis pour le Quotidien de Paris (1982-1984), chroniqueur au Journal du dimanche (1988-1990) et dirigeant des magazines Le Spectacle du monde et Femme. Il a occupé le poste de directeur de la stratégie et du développement du groupe de presse Hachette et des publications Filipacchi (1987-2001).
Animateur sur Europe 1 de 1975 à 1980, Gonzague Saint Bris s’était aussi lancé dans l’aventure des radios libres et avait fondé le Festival du film romantique de Cabourg, ainsi que le festival littéraire La Forêt des livres, à Chanceaux-près-Loches (Indre-et-Loire), dont la 22e édition se tiendra le 27 août.

Gonzague Saint Bris à Chanceaux-près-Loches.
De ce village de 150 habitants, l’écrivain romantique avait réussi à faire le lieu d’une manifestation incontournable attirant chaque année 200 écrivains et 70 000 visiteurs. La Forêt des livres a reçu le label « Grande cause nationale 2013 » pour sa lutte contre l’illettrisme et la promotion de la lecture dans les établissements scolaires.
« Tourangeau pur rillettes »
Gonzague Saint Bris disait avoir parcouru la planète et rencontré les grands de ce monde pour « tenter de leur arracher ce lambeau de peau » qu’il appelait « l’épiderme de la profondeur ». Mais ce « Tourangeau pur rillettes », comme il se qualifiait, restait fidèle à sa Touraine natale, le pays de Balzac, l’un de ses auteurs de prédilection. « Je suis tombé dedans quand j’étais petit, et même avant de naître j’étais déjà lié à lui, puisque je descends par ma mère en ligne directe de Louis Mame, qui fut le grand éditeur de Balzac. » L’auteur de « La Comédie humaine » lui inspira ainsi plusieurs essais.
Un ouvrage figure à part dans l’abondante bibliographie de ce féru d’histoire de France et amoureux de la littérature : Au Paradis avec Michael Jackson (Presses de la cité, 2010), récit de son amitié improbable avec le roi de la pop. Après l’avoir entendu s’exprimer sur la chaîne ABC dans le programme « Good Morning America », Michael Jackson avait invité Gonzague Saint Bris à l’accompagner au Gabon en 1992, lors de sa tournée baptisée « Back to Africa, Back to Eden ».
Gonzague Saint Bris estimait que « vivre est un métier qui s’apprend. Savoir vivre, cela n’est pas ne plus s’indigner, bien sûr, mais c’est apprendre à ne plus laisser cette indignation se porter sur les autres, au risque de leur causer un préjudice, mais la canaliser en soi, afin qu’elle donne naissance à des choses nouvelles au plus profond de nous-mêmes. »
Le nouveau livre de Gonzague Saint Bris, Les Aristocrates rebelles, à paraître le 30 août aux éditions des Arènes, retrace le parcours de personnalités issues de la noblesse (Cyrano de Bergerac, Olympe de Gouges, Lord Byron, Tolstoï, Visconti, Simone de Beauvoir) qui, comme lui, auront su s’inventer une autre vie.
Gonzague Saint Bris en quatre dates
26 janvier 1948 Naissance à Loches (Indre-et-Loire)
1995 Crée le festival La Forêt des livres
2002 « Les Vieillards de Brighton », prix Interallié
8 août 2017 Mort dans un accident de la route près de Saint-Hymer (Calvados)

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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