Neymar : Extase des journalistes et Doha d’honneur

Le Canard Enchaîné – 09/08/2017 – Anne-Sophie Mercier –
Ivresse médiatique après l’achat de la star brésilienne par le PSG : faut-il obliger les journalistes à souffler dans le ballon ?
Ce qu’il y a de bien quand on accueille un dieu vivant chez soi, c’est qu’on a plein de choses à raconter. Plus rien n’est anecdotique, tout devient mythique. Ainsi quand le dieu quitte son Olympe barcelonais dans une voiture aux vitres teintées, monte dans un avion privé et atterrit au Bourget. C’est un dieu débonnaire, ce Neymar, qui garde ses lunettes de soleil dans l’avion mais lance quelques petits signes marrants en face du Smartphone pour faire patienter ses admirateurs. La vidéo est envoyée sur Twitter. Comme ça, on ne perd pas le contact un seul instant. Puis Neymar descend la passerelle et consent à prendre dans ses bras des officiels du PSG venus à sa rencontre. Beaucoup d’allure, cette descente d’avion. D’ailleurs les commentateurs ne savaient trop qu’en dire.  
Le départ de l’idole a été précédé de nombreuses rumeurs. Car l’idole a un père, et chacun se demandait ce que le père conseillait à son fils de faire. Difficile à supporter pour les nerfs, le silence du paternel. Heureusement le père du dieu a fini par confier qu’il n’avait pas poussé son fils au départ. Évidemment, certains mauvais coucheurs n’en ont rien cru. Ce petit répit dans ce moment d’une exceptionnelle intensité a permis de souffler et de regarder distraitement sur Internet quelques photos fort pénibles d’êtres humains allongés, l’air pas trop en forme et, pour tout dire, assez maigrichons. Il paraît que ce sont des yéménites, que leur pays est en guerre depuis 2015 et qu’ils subissent cet été une épidémie de choléra. Bon, c’est loin tout ça, et puis ces malheureux sont en conflit avec l’Arabie saoudite, qui est justement l’un de nos nouveaux amis.
La tour Eiffel illuminée 
Neymar a pris l’autoroute, est arrivé au PSG, où on l’a présenté à la presse. Le dieu a dit des mots d’amour : le PSG est « un grand club » et Paris est « une ville merveilleuse« . En remerciement, on a illuminé la tour Eiffel pour lui. On a pu détailler ses fantaisies capillaires et des coiffeurs parisiens spécialisés en footballeurs, inspirés par sa mine, ont proposé de la coiffer gratuitement. Paraît que ce dieu est un « métrosexuel », comme David Beckam, son modèle, c’est-à(dire un urbain très préoccupé de son apparence. Pendant que Neymar parlait et que de sa bouche coulaient le lait et le miel, certains ont tenté de la salir. Josep Vives, le porte-parole du Barça, lui a reproché de « ne pas avoir eu une position plus claire et plus sincère« . Puis il a osé dire que, « après Neymar, ce n’est pas la fin du monde« . La planète retenait son souffle, mais Neymar a choisi de calmer le jeu.
Nouvelle baisse de tension. Trump en profite pour annoncer que les États-Unis se retirent officiellement de l’accord de Paris sur le climat. Plie-poil à l’instant où un rapport détaillait les conséquences pour l’Europe du réchauffement climatique. Le énième rapport sur le sujet, un peu lassant… Autant que le test de missile balistique effectué en Corée du Nord. Sanctions, menaces. C’est fou ce que c’est répétitif, l’actualité internationale.
Pas d’impôt sur la fortune
Le dieu va nous enrichir. il devrait rapporter près de 40 millions d’euros chaque année, en comptant les cotisations acquittées par son employeur et ce que Neymar consent à payer en termes d’impôt sur le revenu (son salaire net sera de 35 millions d’euros par an). Et puis n’oublions pas les ventes de maillots taxées à 20 %. Il ne faut pas abuser du bon cœur de Neymar : il ne sera pas soumis à l’impôt sur la fortune. Ce n’est pas lui qui a demandé ce statut dérogatoire, pensez, c’est une mesure pour les « impatriés » fortunés qui viennent travailler chez nous. Cette bonne nouvelle pour nos finances publiques nous a, bien sûr, détournés de la crise au Vénézuéla. Les opposants dénoncent l’installation d’une dictature, mais il y en a qui disent que c’est pas pire que Valls avec le 49.3, alors difficile de se faire une idée.
Même dans ce moment merveilleux, voilà les gros lourds qui reviennent. Un chroniqueur de « So foot », la revue des footeux qui sont musclés du cortex, se fait venimeux : « Le club parisien dégage une arrogance poisseuse et puante qui nous pousse à demander pourquoi on aime encore le football. » Le gars gâche la fête, rappelle que le transfert du dieu est l’équivalent de 200 000 smics mensuels. Heureusement, il y a tant de sujets à aborder. Ainsi, il reste de la place sur le lobe d’oreille de Neymar. Il n’y a fait mettre que deux boucles. Une troisième cet automne ?

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