Les réactions après la disparition brutale de Gonzague Saint Bris : La Touraine a perdu son meilleur ambassadeur

La Nouvelle République 09/08/2017

Le goût des autres

La vie de Gonzague Saint Bris le ramenait toujours dans les pas de son enfance, dans cette Touraine des hommes et des livres qu’il aimait tant.

Gonzague Saint Bris aimait raconter qu’il était né au cœur de cette forêt de Chanceaux, dans la voiture qui conduisait sa mère, de la propriété familiale vers l’hôpital de Loches. C’était le 26 janvier 1948. Ses parents, le diplomate Hubert Saint Bris et son épouse Agnès, née Mame, poétesse et descendante des célèbres éditeurs de Tours, le prénommèrent Gonzague en hommage au résistant tourangeau Gonzague de Saint-Geniès (1917-1944).
Deuxième d’une fratrie de huit enfants – sept garçons et une fille –, Gonzague fut élevé entre le château familial du Clos Lucé à Amboise et Paris, tout près de l’Élysée.
Ses premiers articles, il les réserve à… La Vigie marocaine, puis La Nouvelle République, en 1968. Chroniqueur littéraire, le jeune homme rompu à toutes les mondanités publie à 25 ans un premier essai à succès, « Qui est snob ? ». Commence alors la grande aventure radiophonique qui le fait connaître du grand public, la « Ligne ouverte » sur Europe 1, où il crée l’événement en offrant la parole aux auditeurs.
Avec quelques amis – Patrick Poivre d’Arvor, Brice Lalonde, Frédéric Mitterrand, Francis Huster et Étienne Roda-Gil – il fonde « l’Académie romantique ». Touche-à-tout culturel, précurseur insatiable, il milite pour la création des radios libres. Il ouvrira son antenne, qu’il baptisera en toute modestie… « Radio Mégal’O ». Il participe aussi aux débuts des clips vidéos et vingt ans plus tard, il sera un des pionniers de la vidéo par drones.
 En 1979, Gonzague Saint Bris épouse Clémence de Lasteyrie du Saillant, une nièce du président Giscard d’Estaing. Il est déjà le personnage de sa vie. Son allure, son phrasé, ses manières font de ce dandy décalé le chouchou des médias. Pourtant, le romantique aux cheveux longs et cape noire surprend son monde en prenant la direction du développement du groupe Hachette Filipacchi. Plus tard, il rachètera même un journal, le magazine Femme. C’est à cette époque aussi que cet amoureux transi de la Touraine devient conseiller municipal à Loches. Il fréquente les grands du monde, qu’ils soient stars du rock, rois, princesses ou présidents, comme en témoignent les centaines de photos – on ne disait pas encore selfies qui couvrent les murs de son appartement-musée de la rue Pelouze à Paris et de son chalet des chasseurs, à Chanceaux.
Il avait le goût des autres
Ceux qui fréquentaient Gonzague connaissaient son goût des autres. Et pas seulement pour les grands auteurs mais aussi pour les plus humbles. Comme peuvent en témoigner ses fidèles amis bénévoles de La Forêt des Livres (lire ci-contre).
Auteur d’une cinquantaine d’ouvrages dont de nombreuses biographies, « Parce que, disait-il, les Grands Hommes nous font grandir », cet auteur sans doute sous estimé fut récompensé par de nombreux prix dont, en 2002, le prix Interallié, pour son livre le plus personnel, « Les Vieillards de Brighton ».
Dans quelques jours doit paraître « Les Aristocrates rebelles ». Son ultime ouvrage, dédié à ses grands-parents paternels, Jean et Carmen Saint Bris, morts en déportation, où ils avaient été envoyés pour faits de résistance.
réactions
> Sophie Auconie, député : « Amoureux de l’histoire, il la partageait, il la rendait vivante, fascinante, pour qu’elle soit accessible à tous. Il avait mis la Touraine au cœur de sa vie pour la partager avec les autres. »
> Mohamed Moulay, vice-président du conseil régional : « Nous avons travaillé ensemble sur le projet de dictée des Cités et La Forêt des livres. Il a su entendre l’intérêt de la mixité des publics afin notamment de favoriser le lien social autour de La Forêt des livres. »
> Marisol Touraine, ex-ministre de la Santé : « C’était une personnalité extravagante, follement attachante et surtout un formidable entrepreneur de la culture. Alors que beaucoup doutaient de son engagement à Chanceaux-près-Loches, j’ai fortement soutenu La Forêt des Livres lorsque j’étais présidente du département. »
> Jean d’Haussonville, directeur général du domaine de Chambord : « Gonzague était un grand ami de Chambord et il était aussi mon ami. Il avait avec Chambord une relation quasi charnelle. C’était le premier monument qu’il avait filmé à partir d’un drone. »
> François Bonneau, président du conseil régional : « Il était l’infatigable chantre de la littérature, de l’Histoire et de sa chère Touraine. Gonzague Saint Bris nous manquera, tant par sa personnalité flamboyante que par son énergie à défendre notre Val de Loire ».
> Jean-Gérard Paumier, président du conseil départemental. « Je salue sa mémoire, celle d’un ambassadeur de la Touraine, grande figure littéraire qui a largement participé à la notoriété de notre territoire. »
> Philippe Rouillac, président de la Société archéologique de Touraine. « Dans son livre attendu pour la fin du mois – Les Aristocrates rebelles – Gonzague résume par son titre l’incomparable ambassadeur de la Touraine qu’il fut dans ses engagements, ses livres, ses conférences, ses initiatives, ses présences, sa culture. »
> Serge Babary, maire de Tours : « Il était très attaché au patrimoine de la région qu’il n’a cessé de vouloir mettre en valeur. Son décès est une immense perte pour la culture en général et la Touraine en particulier. »
> Claude Roiron, ex-présidente du conseil général. « Je garderai de lui le souvenir lumineux d’un homme généreux, cultive, raffiné, audacieux, avec qui l’impossible devenait possible. Il restera dans la mémoire des Tourangeaux comme un homme libre et engagé pour la démocratisation de la culture »
> Daniel Labaronne, député. « A travers La Forêt des livres c’est une proximité avec les auteurs que Gonzagues Saint Bris a offert gratuitement à des milliers de lecteurs. »
Pascal Landré
La Nouvelle République

Le 7 juillet dernier, Gonzague Saint Bris avait participé à l’inauguration d’une statue à l’effigie de Marcel Proust, installée dans les jardins du casino, à deux pas du Grand Hôtel où l’homme avait écrit « A la recherche du temps perdu ». Entre hommes de lettres…
Le maire de Cabourg, Tristan Duval, indiquait hier que sa ville perdait « un grand ambassadeur ». Une cérémonie d’hommage pourrait y être organisée prochainement. Nul doute qu’à plusieurs centaines de kilomètres de là, en Touraine, il en sera de même.
Avec cet accident, la famille Saint Bris se voit à nouveau touchée par le sort. En mars 2004, Jean Saint Bris, alors directeur du Clos-Lucé à Amboise avait péri dans un accident de la route, sur la levée de la Loire, à Saint-Pierre-des-Corps. Il était mort sur le coup, à 57 ans.
Le Clos Lucé… son autre maison

La Nouvelle République 09/08/201
Le vrai pouvoir, c’est le partage du savoir. Inspiré par l’universalité de Léonard de Vinci, Gonzague Saint Bris partageait son attachement entre Paris, Chanceaux-près-Loches, mais aussi le Clos Lucé, la maison familiale de la famille Saint Bris devenue une société familiale touristique. L’écrivain y était encore vendredi dernier, à l’occasion du spectacle nocturne « La Fête secrète ».

Gonzague Saint Bris, photographié ici au Clos Lucé à Amboise, avec la Joconde et un drone. Il est l’auteur et le producteur de 26 clips filmés depuis des drones.
Il était ici chez lui. Il aimait à y conter quelques traits d’histoire, à y déclamer avec la faconde et l’éloquence qui le caractérisaient lors de cérémonies inaugurales, d’accueil de personnalités étrangères. Il se posait volontiers en passeur d’histoire au gré de ses publications, en guide de la Renaissance. Il n’était pas rare de le voir se balader dans les rues d’Amboise, discutant ici et là. Car l’histoire de la famille Saint Bris se confond avec celle de la dernière demeure de Léonard de Vinci depuis 1854, date de l’achat de ce petit château par son aïeul André Théodore, fils d’un industriel ayant créé une fonderie royale à Amboise.

La chambre de Léonard de Vinci
Depuis, de générations en générations, la famille a rénové ces bâtiments avant de mettre le Clos Lucé sur le chemin du tourisme et du « partage du savoir » cher à Gonzague et à Léonard. En 1954, ce sont Hubert et Agnès, les parents de Gonzague, qui l’ouvrent au public. Puis son frère, Jean, donna une autre dimension au site avec la création du parc culturel ouvert en 2003. Le destin tragique de ce dernier, décédé lui aussi dans un accident de voiture, poussa un autre frère, François, à prendre les rênes de cette entreprise touristique et culturelle qu’il continue de développer. Tous les membres de la famille sont impliqués dans cette société qui fait vivre ce Clos Lucé où Gonzague et ses frères et sœur jouaient quand ils étaient enfants.
Aujourd’hui, la dernière demeure de Léonard de Vinci résonne des pas et des clameurs de visiteurs du monde entier mais ses pierres conserveront en mémoire les tirades de Gonzague.
Ivan Roullet
Indre-et-Loire – La mort de Gonzague saint bris

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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