Environ 300 et Migrants : l’injonction salutaire du Conseil d’Etat

C’est le nombre d’Africains qui ont été jetés intentionnellement à la mer – et ce en l’espace de vingt-quatre heures – par des passeurs au large du Yémen, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Des dizaines de ces personnes sont mortes ou portées disparues. L’OIM estime à 55 000 le nombre de migrants arrivés au Yémen en provenance de la Corne de l’Afrique depuis le début de l’année. Beaucoup considèrent ce pays pauvre, déchiré par la guerre, comme une étape vers les Etats du Golfe, nettement plus riches.
Le Monde 12 août 2016

Migrants : l’injonction salutaire du Conseil d’Etat

Editorial. Un camouflet pour le gouvernement et la ville de Calais : la plus haute juridiction administrative française a imposé, de fait, la mise en place de deux centres d’accueil et de points d’eau dans le Calaisis.
Le Monde | 01.08.2017

Editorial du « Monde ». Il aura donc fallu que la plus haute juridiction administrative du pays mette toute son autorité dans la balance pour que soient entendues d’élémentaires évidences. Lundi 31 juillet, en effet, le Conseil d’Etat a jugé que les quelques centaines de migrants présents à Calais se trouvent dans « un état de dénuement et d’épuisement » inacceptable dans une démocratie digne de ce nom.
Suppression de l’accueil, traque des migrants, harcèlement des associations : tous les moyens ont été employés.
Et il a mis les points sur les i : l’absence de points d’eau, de douches ou de toilettes « révèle, de la part des autorités publiques, une carence de nature à exposer les personnes concernées à des traitements inhumains et dégradants » portant « une atteinte grave et manifeste à une liberté fondamentale ».
Cette décision constitue le plus cinglant des camouflets pour le gouvernement et la municipalité calaisienne. Depuis l’automne 2016 et l’évacuation de la « jungle », ce campement de fortune qui accueillit jusqu’à 9 000 personnes, l’obsession des pouvoirs publics nationaux et locaux était d’éviter à tout prix la reconstitution d’un tel bidonville. Suppression de tout dispositif d’accueil, traque incessante des migrants, harcèlement des associations qui s’efforcent de leur venir en aide : tous les moyens ont été employés.
« Atteinte aux droits fondamentaux »
Le Défenseur des droits, Jacques Toubon, a eu beau dénoncer, le 14 juin, ces « atteintes aux droits fondamentaux les plus élémentaires », le tribunal administratif de Lille a bien pu ordonner à l’Etat, le 26 juin, d’améliorer en urgence les conditions d’accueil des migrants, le gouvernement a continué à faire la sourde oreille.
La décision du Conseil d’Etat est une aubaine pour le pouvoir exécutif : elle devrait lui permettre de sortir de l’impasse.
Pis, conjointement avec la mairie de Calais, il a fait appel de cette décision du tribunal que vient de confirmer avec éclat le Conseil d’Etat. Et tandis que le premier ministre, Edouard Philippe, déclarait le 12 juillet n’avoir « pas de solution immédiate » pour les exilés présents dans le Calaisis ou à Paris et près de la frontière italienne, le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, demandait sans ménagement aux associations humanitaires d’aller « déployer leur savoir-faire ailleurs »
Il reste que la décision du Conseil d’Etat – assortie de l’injonction que des solutions soient apportées sous dix jours – constitue une aubaine pour le pouvoir exécutif : elle devrait lui permettre de sortir de l’impasse. En effet, pendant que les membres de son gouvernement affichaient leur fermeté, le président de la République tenait un discours fort différent.
Une stratégie condamnée à l’échec
Le 23 juin, Emmanuel Macron rappelait solennellement que « l’accueil des réfugiés est notre tradition et notre honneur » et il s’est fait plus précis, le 27 juillet à Orléans, déclarant que « la première bataille est de loger tout le monde dignement » et fixant l’objectif qu’il n’y ait plus, d’ici à la fin de l’année, « des femmes et des hommes dans les rues, dans les bois ».
Non seulement cette contradiction devenait intenable, mais l’attitude du gouvernement était condamnée à l’échec devant la situation chaque jour plus explosive faite aux migrants. L’annonce par le ministre de l’intérieur, le 31 juillet, de la mise en place de points d’eau dans le Calaisis et de la création, dans le Nord, de deux centres d’accueil et d’examen immédiat des situations des réfugiés démontre qu’il n’a pas laissé passer l’occasion de changer d’attitude.
C’est une bonne chose. Si la mise en demeure du Conseil d’Etat ne règle en rien la crise migratoire qui tétanise l’Europe, elle évitera d’ajouter l’indignité à l’impuissance. Du moins, on l’espère.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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