Le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, est l’un des seuls ministres à parler dans ce nouveau régime qui tente d’ériger le silence et la discrétion en murailles de protection.

Parmi les ministres au profil plus technique que politique, il est, en tant que porte-parole du gouvernement, l’un des seuls à s’exprimer. A ses risques et périls.
Le Monde | 10.08.2017 | Par Solenn de Royer

Christophe Castaner, le macroniste qui porte la parole d’un gouvernement silencieux
C’est le dernier conseil des ministres avant la trêve estivale, ce mercredi 9 août. Jadis, les membres du gouvernement qui le souhaitaient, la tête déjà à leurs vacances, se succédaient devant les micros afin de relayer les recommandations du président pour l’été. C’était un moment à la fois sérieux et joyeux. Rien de tel en Macronie. Cette fois, les ministres sortent en silence par la porte vitrée, deux par deux. Au-dessus de l’Elysée, le ciel est plombé. Un temps d’automne, au cœur de l’été. Les berlines s’avancent lentement jusqu’au perron, dans un étrange ballet muet, qui fait crisser le gravier.
Un homme, un seul, grand et baraqué, barbe de trois jours soignée, traverse d’un pas assuré la cour d’honneur du palais, pour se rendre dans le studio de la rue de l’Elysée, pour son point de presse hebdomadaire. Le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, est l’un des seuls ministres à parler dans ce nouveau régime qui tente d’ériger le silence et la discrétion en murailles de protection. « Il n’y a pas eu de consignes, jure l’élu des Alpes-de-Haute-Provence. Mais les ministres ne sont pas cons. Ils savent que l’Elysée n’aime pas la communication excessive. Ils l’ont intériorisé. Alors ils ne parlent pas dans la cour du palais. »
Derrière son pupitre, Christophe Castaner délivre d’un ton mitraillette, ponctuée d’intonations ensoleillées, la bonne parole présidentielle. Le désormais ex-maire de Forcalquier (Alpes-de-Haute-Provence) loue les « chantiers pris à bras-le-corps », vante le « chemin parcouru », égrène les mots-valises abîmés : « pari », « confiance », « responsabilité », « ambition », « fierté », « engagement », « collégialité »… Il fait le job. Et il y met du cœur, de l’ardeur.
Comme les autres, cette dernière intervention avant l’été a été préparée à la fin du conseil des ministres avec Emmanuel Macron. Christophe Castaner prend aussi des notes pendant le conseil. Il écrit…
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Il écrit mal, a parfois du mal à se relire, s’aide avec des signes griffonnés dans la marge. Il n’a pas le temps de faire une synthèse. Quand il arrive devant la presse, il doit improviser. « C’est compliqué, dit-il. Quand je rentre dans la salle, il y a parfois une tension… »
La sortie de trop
Le porte-parole du gouvernement, également secrétaire d’Etat aux relations avec le Parlement, se souvient de l’un de ses premiers points de presse. La chargée de communication de l’Elysée, Sibeth Ndiaye, qui venait de fermer la cour du palais pour que les photographes ne puissent pas immortaliser les coulisses de la photo officielle du gouvernement, l’avait prévenu, juste avant qu’il ne rentre dans le studio : « Tu es prêt ? Ils sont déchaînés ! » En sortant, Castaner lui avait lancé en riant (jaune) : « Tu me fais plus jamais ça ! »
Sa disponibilité, son côté rond et chaleureux, son accent chantant, contribuent à mettre de l’huile dans les rouages dans un système verrouillé, alors que les relations entre la presse et le nouveau pouvoir ont d’emblée été tendues, acrimonieuses. « Les journalistes nous ont fait payer les maladresses de la campagne. C’est de bonne guerre, j’aurais fait la même chose à leur place », rappelle Castaner, qui évoque les appels ou les SMS des chargés de communication du candidat d’En marche ! se plaignant, parfois vertement, de tel ou tel article.

« L’homme qui parle » écope et se démultiplie. Seul au front médiatique, ou presque, le porte-parole se dit persuadé que les jeunes députés vont « monter en puissance ». D’ailleurs, Emmanuel Macron lui-même, qui a commencé à glisser dans les sondages, semble avoir compris que son dispositif n’était pas opérationnel. Avant l’été, le chef de l’Etat a demandé à ses ministres et aux parlementaires de monter au créneau pour défendre le bilan.
Revers de la médaille de la surexposition : la surchauffe. Ces dernières semaines, Castaner en a parfois trop fait, confondant porte-parole et porte-flingue. Sur la baisse de 5 euros des APL, il a dit assumer la « brutalité » de la mesure. Mi-juillet, après la démission du général de Villiers, il a remis 1 euro dans la machine. Alors que la séquence semblait close, il a assassiné l’ex-chef d’état-major des armées, accusé d’avoir écrit sur un blog : « Il s’est comporté en poète revendicatif. »
La sortie de trop. « Le général était déjà à 500 mètres, il lui a tiré dans le dos !, se souvient un conseiller ministériel. Mais Casta ne sort jamais sans prendre ses ordres à l’Elysée. » Lui assume ce côté « casse-cou », « sniper » : « Il fallait dire les choses, j’ai envoyé les pieds ! Mon rôle, c’est de protéger. »
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« Franc-parler »
Depuis, les députés de l’opposition s’amusent de son côté « bon soldat », « garde-chiourme ». « Il a le désir de plaire au chef, il y va à la sulfateuse », observe son ami le patron des députés socialistes, Olivier Faure, qui le connaît depuis trente ans. « Il roule des mécaniques », ajoute le député (Nouvelle Gauche) Olivier Dussopt. Le porte-parole du groupe LRM à l’Assemblée nationale, Stanislas Guérini, le défend : « Il a son franc-parler, c’est vrai, mais c’est sain de dire les choses. Il est à la bonne place. »
Grisé par sa soudaine notoriété, Castaner s’est pris une nouvelle fois les pieds dans le tapis, le mois dernier. Interrogé sur Rihanna, qui a rendu visite à Emmanuel Macron le 26 juillet, le porte-parole du gouvernement a dit regretter que la chanteuse américaine ait porté une tenue aussi « ample ». Cette fois, il reconnaît une « phrase maladroite, sortie de son contexte », tout en se félicitant que la vidéo ait donné lieu à « 600 tweets et 200 000 vues ».
Mais il a été vexé de passer pour un « type un peu lourd ». Il ne décolère pas : « J’ai entendu quelqu’un dire : Castaner, ce n’est quand même pas un bouseux de Forcalquier ! Tout cela, c’est de la condescendance parisienne ». Même colère froide quand il évoque les attaques contre les jeunes députés LRM, moqués pour leur inexpérience au cours de cette première session parlementaire. « C’est du mépris pour ceux qui n’ont pas les codes. Tout cela est condescendant ! »
Il s’en défend mais le sujet est sensible. Né à Toulon, élevé à Manosque par un père militaire rigide et autoritaire, parfois brutal, il a claqué la porte de chez lui, à 17 ans. Il passera finalement ce bac qui l’a « sauvé » en candidat libre, plus tard. Aujourd’hui, il revendique cette « expérience de vie » qui le « différencie ». « Les épreuves vous forgent, observe-t-il. Je sais ce que je suis et je ne le dois à personne. »
La mort (choisie), des années plus tard, de ce père tyrannique, avec lequel il avait fini par faire la paix, est une deuxième épreuve. Il raconte cette histoire douloureuse avec une désarmante sincérité. En fait, il parle de tout, Christophe Castaner, sans tabou. Là encore, il veut en tirer une force. « Je suis un bon gestionnaire de crise parce que dans ces moments-là, je suis le plus apaisé du monde, dit-il. Je sais faire la part des choses. »
« Piston essentiel »
Avec Emmanuel Macron, c’est une histoire d’« amour ». Alors député socialiste proche de l’Elysée, Christophe Castaner va voir le conseiller de François Hollande pour lui parler d’un dossier de sa circonscription. Il raconte : « Là, il me scotche. Il connaissait mieux le dossier que moi ! » Plus tard, il sera l’un des premiers députés PS à rejoindre le ministre de l’économie. « Au moment où je le rejoins, je ne pense pas une seconde qu’il peut être président, c’est trop tôt, admet-il. Mais je fais le pari d’Emmanuel pour casser le PS. »
Proche de Macron, dont il exécute sans états d’âme les consignes, Castaner fonctionne bien avec le premier ministre Edouard Philippe. « Au bout de dix minutes, on sentait un feeling », se souvient-il. A Matignon, on reconnaît que Castaner est un « piston essentiel dans la machine gouvernementale ».
S’il est très peu présent dans l’Hémicycle (lui assure que ce n’est « pas son rôle », sauf quand ça chauffe), il passe du temps à la buvette de l’Assemblée, où il câline les députés. Ce qui fait dire à un conseiller de l’exécutif que « le véritable patron du groupe, c’est lui », qui évidemment s’en défend.
Le 14 juillet, Christophe Castaner a croisé Nicolas Sarkozy à Nice, le jour de la commémoration de l’attentat de la promenade des Anglais. « J’ai dit à Macron qu’il avait un bon porte-parole, lui lance en s’esclaffant l’ancien président. Je vous vois à la télé ! Je la regarde beaucoup. Vous savez, je m’emmerde !…  » Plusieurs semaines après, cette scène fait encore rire le porte-parole du gouvernement.

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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