Bon comme du pain de mie

Le Canard Enchaîné – 23/08/2017 – Conflit de Canard – 
Imaginez la France sans son traditionnel baguette-jambon-beurre. Eh bien, c’est ce qui risque d’arriver. Ce monument culinaire français est un chef-d’œuvre en péril. L’année dernière, les ventes de sandwichs baguette se sont encore émiettées de 3%. Tout ça à cause d’un produit inventé aux États-Unis : le pain de mie. La quantité de pain de mie consommé en France a doublé depuis une quinzaine d’années. Aujourd’hui, 60 % des sandwichs industriels sont confectionnés avec cette texture molle blanche comme neige. On peut toujours consoler en se disant qu’on la fabrique sur place. Montierchaume, petite bourgade de 1 500 habitants dans l’Indre a la chance d’accueillir la plus grande boulangerie d’Europe, presque entièrement robotisée, qui crache chaque jour 200 000 pains de mie. Cocorico !

Sauf que les nutritionnistes se mettent la rate au court bouillon en pensant aux effets sur la santé de cette fringale de pains tranchés sous vide. On les comprend : le pain de mie industriel est la quintessence de la malbouffe. Il est quatre fois plus gras que la baguette – il faut dire que les fabricants assaisonnent la pâte d’huile de colza ou de tournesol pour assurer le côté moelleux. « C’est une bombe calorique sans aucune valeur nutritive puisque dépouillée de vitamines, de minéraux et de fibres », fulmine un nutritionniste. Histoire de rassurer les clients inquiets pour leur ligne, l’agroalimentaire a sorti un pain de mie dépourvu de croûte, en expliquant, sans rire, qu’il était moins calorique parce qu’on diminuait la surface de beurrage… Le plus goûteux, c’est que ça se vend comme des petits pains !
Beaucoup de gras mais aussi du sucre, de 3 à 7 % en moyenne, extrait de la betterave. Ajoutez-y un paquet de farine ultra-raffinée, et, à chaque tranche avalée, vous faites grimper le taux de glucose dans le sang, ce qui favorise le diabète et, accessoirement, la fringale. D’ailleurs, ce qui est bien avec le pain de mie, c’est qu’il retarde aussi le sentiment de satiété : comme c’est tout mou, on l’engloutit sans mastiquer et le cerveau a du mal à compter les calories. Du coup, c’est plus de boulot pour l’estomac, ce qui augmente la probabilité d’ulcère. N’en jetez plus !
D’autant que la liste des additifs est longue comme un jour sain pain : jusqu’à 18 à la queue leu leu. Des arômes, des stabilisants, souvent enrichi en gluten et beaucoup de conservateurs pour que le produit tienne trois mois au frigo. Un joli cocktail chimique avec des émulsifiants soupçonnés pour certains de provoquer chez la souris des cancers colorectaux. on garde pour la fine bouche le blanc d’œuf déshydraté que recèle parfois cette mixture industrielle. Manquerait plus que l’on y trouve du Fipronil… On n’est pas dans le pétrin !

A propos werdna01

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