En Inde, victoire judiciaire pour les femmes musulmanes

Le Monde 23/08/2017
C’est une décision phare qui rompt avec une tradition solidement ancrée – quoique controversée – dans les mœurs islamiques.
Mardi, la Cour suprême d’Inde a proscrit le divorce par répudiation express de la femme autorisé au sein de la communauté musulmane nationale, au motif qu’il contrevenait aux articles 14 et 21 de la Constitution (entrée en vigueur en janvier 1950), lesquels portent respectivement sur l’égalité devant la loi et la liberté individuelle. Mint

Une Indienne de confession musulmane sur un marché de New Delhi, le 22 août 2017. Tsering Topgyal / AP
Jusqu’à présent, il suffisait à un musulman de prononcer trois fois de suite le mot « talaq » (« je divorce ») pour se désunir de son épouse. Mais la plus haute institution judiciaire du pays a estimé que « le triple talaq [enfreignait] le Coran et la charia ». « Il ne fait pas partie des pratiques religieuses et va à l’encontre de la moralité constitutionnelle », a-t-elle ajouté. Les autres formes de répudiation s’étalant sur des temps plus longs n’étaient pas concernées.
Sur le panel de cinq juges rassemblé pour trancher cette épineuse question – chacun représentant l’une des principales confessions d’Inde (hindouisme, islam, christianisme, sikhisme et zoroastrisme) – trois ont voté en faveur de l’interdiction et deux contre. A titre personnel, le président de la Cour, Jagdish Singh Khehar, s’est prononcé contre, arguant que les fidèles du rite hanafite (l’une des quatre écoles juridiques de l’islam) suivaient cette pratique depuis plus de 1 400 ans. The Hindu
Ces dernières années, cependant, cette procédure coutumière agitait de plus en plus la société. Les femmes musulmanes congédiées sans ménagement par Skype, Facebook ou WhatsApp, en particulier, y voyaient une atteinte intolérable à leurs droits fondamentaux. En conséquence, plusieurs d’entre elles avaient intenté un recours demandant l’abolition du « talaq-e-biddat » (le divorce à caractère instantané).
Cofondatrice du Mouvement des femmes musulmanes indiennes (Bharatiya Muslim Mahila Andolan, BMMA), Zakia Soman a évoqué « un jour heureux et historique ». « Nous […] avons enfin le droit à la justice de la part des tribunaux », s’est-elle réjouie. La récompense d’un douloureux combat engagé par le BMMA dès 2015, relève Al-Jazira.
Cette victoire, saluée entre autres par le premier ministre, Narendra Modi, aura sans nul doute de profondes implications car, d’après les statistiques relayées par le quotidien Business Standard, pour chaque homme divorcé en Inde, ce sont quatre femmes qui le sont. Un déséquilibre patent qui nourrit la détresse psychologique de celles-ci – du reste largement documentée.
Pour Namita Bhandare, journaliste de l’Hindustan Times, le 22 août fera date dans les annales de la justice indienne. Elle se garde toutefois de tout triomphalisme excessif et prévient : « S’il n’est pas déplacé de prendre un moment pour célébrer ce succès, acquis de haute lutte, ne nous leurrons pas : la bataille [pour l’égalité entre les sexes] n’est pas encore gagnée. »

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