États généraux de l’alimentation : les lobbies vampirisent le débat

Siné Mensuel N° 67 – septembre 2017 – Antoine Lopez – Rêvés par Hulot, promis par Macron, les États généraux de l’alimentation risquent de se terminer en fiasco. En effet, la feuille de route est écrite par les lobbies agro-industriels. Ces derniers voulaient qu’ils se tiennent en juillet, loin du regard des citoyens. Nicolas Hulot a imposé de prendre le temps de débattre.
Notre système alimentaire travers une crise profonde : nourriture bourrée de pesticides, antibiotiques, additifs chimiques de synthèse, nanoparticules… Au grand bénéfice des industriels et de la grande distribution. Au grand détriment des agriculteurs et du climat : l’agriculture est responsable de 21 % des émissions e gaz à effet de serre. Pour endiguer la colère, le président a décidé d’organiser des États généraux de l’alimentation (EGA). Le mot est fort, il fleure bon la Révolution. Chacun se dit, ça y est, on va enfin pouvoir remettre le compteur à zéro, développer une vision stratégique de notre relation à la Nature et donc redéfinir notre modèle agricole et alimentaire.
L’annonce des EGA, à la veille des législatives, par le président fraîchement  élu provoque une onde de choc dans les organisations agricoles car elle est assortie d’une promesse de mettre 5 milliards sur la table. Habile, le coup du pognon à prendre lui assure de passer un été sans jacqueries. Mais les agro-industriels voient poindre le danger de changer de modèle : fini la rente sur le dos du consommateur et du contribuable ! Leur tactique : torpiller le débat, pas question de laisser tout le monde s’occuper de son assiette. Les lobbies jouent alors de la crise économique, gravissime pour les paysans, pour arracher au gouvernement que les EGA se déroulent en deux temps séparés.
Une négociation immédiate sur « le partage de la valeur » entre les différents acteurs. En clair, que les industriels et la grande distribution acceptent de moins se goinfrer sur le dos des agriculteurs. et, bien sûr, un fléchage pour l’utilisation des cinq milliards est proposé au gouvernement. le sujet est vital mais la charrue mise avant les bœufs : à quoi sert de définir un partage quand on ne sait pas ce que l’on partage ! A moins de vouloir, comme avant, nous imposer la malbouffe dan notre assiette…
A la rentrée, une consultation de la société civile, histoire de lui montrer que l’on entend ses désirs. Un effort sera fait sur le marketing vert et un coup de pouce sur l’étiquette car « plus vert, c’est plus cher », dixit Christiane Lambert, présidente de la FNSEA.
Rien n’est joué mais c’est mal parti
Nicolas Hulot a réussi à contrer ce calendrier et à imposé d’attendre fin août pour lancer les quatorze ateliers de ses EGA qui dureront jusqu’à fin novembre. Mais ils seront toujours divisés entre professionnels de l’alimentation et société civile. Sauf atelier transversal. Contrairement à l’annonce présidentielle, on commence par l’agriculture et non par ce que la société veut manger. Pas un seul atelier sur ce qui devrait, stratégiquement, structurer les travaux : le climat, la perte de la biodiversité, la gastronomie quotidienne. Pour préparer ces ateliers, on va entendre une succession de prises de parole de chaque acteur avec le spectacle désopilant de la grande distribution pleurant sur l’érosion de ses marges; l’inquiétant lobby semencier vanter la mutagenèse dirigée; la pathétique FNSEA peinant à marier attentes sociétales et pensée en filières industrielles; les ONG regrettant que le menu se soit écrit sans elles et réclamant, à juste titre, que l’on parle climat, santé environnementale, préservation et répartition du foncier, pêche durable, « droit au revenu » des paysans.
Sans surprise, les cinq milliards aidant, les lobbies pactiseront pour leur survie. La société civile a trois mois pour se faire entendre. C’est loin d’être simple…
Lire aussi : Les carottes sont cuites pour le bio  (Le Canard Enchaîné – 09/08/2017)
et Les états généraux de l’alimentation donnent une large place à l’agro-industrie –  31/08/2017 / Marie Astier (Reporterre)

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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