Europe – La Grèce ou le berceau des illusions

Le Temps 14/09/2017
Macron, la Grèce ou le berceau des illusions

Evoquer la Grèce antique et le berceau de la démocratie, comme l’a fait Emmanuel Macron à Athènes, peut faire du bien à l’ego des Grecs, mais ne les aidera en rien à affronter leurs problèmes actuels, à commencer par la fuite des cerveaux, écrit l’anthropologue Yannis Papadaniel

En visite en Grèce, Emmanuel Macron puise dans le répertoire à symboles. Il rejoue la partition déjà composée par André Malraux en 1959 qui, dans sa référence à la Grèce antique, berceau de la démocratie et de la philosophie, cherchait une image forte pour asseoir son projet d’une société «du courage et de l’art». Emmanuel Macron fut tout aussi lyrique en haut du Pnyx, devant l’Acropole illuminée, pour en appeler à son projet européen. L’intention est louable, les symboles sont forts. Les politiciens grecs ne s’y sont d’ailleurs pas trompés: à coup de tweets et retweets, ils se sont targués de l’importance accordée à leur pays placé au cœur d’un projet de renouvellement, comme si la Grèce, enfin, était au centre de l’attention non pour ses carences mais pour ses atouts. Ce jeu est de bonne guerre, où chacun devient en quelque sorte l’alibi de l’autre. Mais c’est un jeu de dupes qui ne sert en rien le pays et les défis auxquels il fait face.
Refonder Europe
Le Monde 08/09/2017
« Ce soir, je veux que collectivement nous retrouvions la force de refonder notre Europe, en commençant par l’examen critique sans concession de ces dernières années »
Déclaration d’Emmanuel Macron, qui s’est appuyé jeudi sur le double symbole de l’Acropole et de la crise grecque pour lancer à Athènes son projet de « refondation démocratique » de l’Europe. « Qu’avons-nous fait de notre démocratie, qu’avons-nous fait de notre souveraineté ? Aujourd’hui, la souveraineté, la démocratie, la confiance sont en danger », a lancé le président français, avec le Parthénon à la nuit tombante pour décor, depuis la colline de la Pnyx. M. Macron souhaite que s’engage une vaste consultation des peuples européens durant le premier semestre 2018.
Macron esquisse à Athènes sa relance de l’Europe
Le chef de l’Etat critique une décennie de « guerre civile » au sein de la zone euro, pour appeler à la réformer.
Le Monde | 08.09.2017 à 06h36 • Mis à jour le 09.09.2017 à 10h57 | Par Solenn de Royer (envoyée spéciale à Athènes) et Cécile Ducourtieux (Bruxelles, bureau européen)
Les grillons se sont tus mais l’odeur des pins reste entêtante. La nuit tombe doucement, enveloppant la colline boisée de la Pnyx qui domine Athènes, en face de l’Acropole éclairée. Léger, le vent fait danser les feuilles des oliviers, derrière le pupitre blanc. L’image est belle, spectaculaire. Emmanuel Macron – qui, en la matière, n’a jamais peur d’en faire trop – l’avait soignée, dans les pas d’André Malraux, qui avait discouru là voici près de soixante ans.
En visite d’Etat pendant deux jours en Grèce, jeudi 7 et vendredi 8 septembre, le président de la République avait choisi cette colline, berceau de la démocratie athénienne, où l’assemblée des citoyens votait les décisions de la cité à main levée, pour lancer son appel à refonder l’Europe. « Ces lieux nous obligent », a-t-il commencé après quelques mots prononcés en grec devant un parterre d’invités, dont des lycéens.

« C’est ici que fut inventée la forme moderne de l’Etat, ici que cette cité d’Athènes construisit patiemment, par la souveraineté du peuple, la souveraineté de son destin », a-t-il ajouté avant d’interroger : « Qu’avons-nous fait, nous, Européens, de notre souveraineté ? (…) Qu’avons-nous fait de la démocratie ? Nous faisons-nous encore confiance ? (…) En Europe, aujourd’hui, la souveraineté, la démocratie et la confiance sont en danger ! »
« Dérives collectives »
Emmanuel Macron, qui a placé la première rentrée de son quinquennat sous le signe de l’Europe, a continué de développer sa vision d’une refonte en profondeur de l’UE. Dans un long discours aux allures de prêche, truffé de citations (Périclès, Hegel, Séféris), le chef de l’Etat a livré une analyse « sans concession » des faillites de l’Europe depuis le référendum de 2005 sur le traité constitutionnel qui avait vu le non l’emporter en France et aux Pays-Bas, sans qu’aucune leçon n’en ait été vraiment tirée. « L’Europe a avancé comme à l’abri…

Lire

Laurent Jofffrin 08/09/2017• Emmanuel Macron a fait un bon discours à Athènes. Un peu solennel dans cette mise en scène antique qui l’érige en Démosthène de l’Union, en Périclès du siècle européen. Mais ses propositions sont justes : intégrer, unifier le gouvernement de la zone euro, fixer une ambition haute à la construction européenne. L’idée de constituer des listes transnationales pour les élections au Parlement de Strasbourg, qui ferait passer les orientations politiques des uns et des autres avant leur attache nationale, annonce une révolution copernicienne. Trop peu soulignée.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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