Deux-Sèvres – Niort : Les Parents plume donnent la force de vivre le deuil

La Nouvelle République 07/09/2017 05:46
L’atelier d’échange et d’écoute sera proposé aux parents confrontés au deuil périnatal. Une démarche exemplaire présentée au CSC des Chemins-Blancs.

Les sourires des Fanny, Séverine et Stéphanie, déjà de premières réponses à la douleur.
Il n’y a pas de mots quand on perd un enfant. Cette mort, on n’en parle pas, cela reste du non-dit et l’on se retrouve très vite isolé.
Lorsqu’elles se confient sur ce deuil périnatal auquel elles ont été confrontées voici quelques années, Stéphanie Dubreuil et Fanny Le Borgne, d’une même voix évoquent ces questions semblables restées sans réponse, cette souffrance similaire vécue presqu’en secret, en silence.
Un projet collectif
Les deux mamans dans la douleur n’ont pas rencontré aussitôt l’écoute et l’attention qu’elles espéraient. Ce besoin Stéphanie a pu l’exprimer lors d’une rencontre avec Séverine Laroche, la référente familles du centre socioculturel des Chemins-Blancs.
Après les décès successifs de deux enfants en cours de grossesse, elle a pu retrouver la « force de vivre son deuil », accompagnée de professionnels bienveillants. C’est ainsi qu’est née l’idée de proposer un groupe de paroles ouvert aux mamans et papas dans la peine. Car Séverine est toujours guidée dans ses initiatives par la volonté de s’appuyer sur des idées, des souhaits des habitants pour construire des projets. Fanny s’est vite unie à cette démarche qui devenait ainsi collective.
Après la mort subite de son bébé, elle a trop souvent entendu des clichés en guise de réconfort : « Vous êtes jeunes, il faut tourner la page. Ce n’est pas grave, tu en auras un autre. Mais un autre enfant, ça ne va pas réparer. »
Ces phrases banales, ces clichés ajoutés à la douleur renforcent ce sentiment de solitude, d’isolement. « Nous devenons des parents plomb. » C’est en réponse à cette image de tristesse et de silence que le nom de « Parents plume » est apparu, s’est imposé. Parce que cette plume est belle et légère. Parce qu’elle symbolise cette volonté de laisser les paroles s’envoler de la bouche des parents endeuillés. Parce qu’elle est aussi l’illustration que la vie continue.
«  Un groupe d’expression sans vert thérapeutique  »
Depuis le début de l’année, le cercle des personnes impliquées s’est élargi. Brice Menier, l’homme sage-femme, Julie Gaillard, gynécologue obstétricienne et Michèle Marchand, thérapeute familiale, ont rejoint les initiatrices de l’atelier. Tous guidés par la volonté d’écrire les grandes lignes de l’organisation de ce groupe d’échanges. Ces principes sont résumés dans « les règles de l’intelligence collective », quel joli intitulé pour un programme rassembleur : « Ecouter avec attention, parler avec intention, être bienveillant et ne pas juger, respecter les horaires, le cadre et la confidentialité. »
Inauguration
A ces belles idées, Stéphanie ajoute une touche d’empathie et beaucoup de lucidité : « L’atelier n’aura aucune vertu thérapeutique, c’est un groupe d’expression. Nous croyons à la force du collectif mais chacun trouve sa solution. Nous souhaitons parler avec d’autres mamans, car nous sommes persuadés qu’une peine partagée est à moitié soulagée. »
Dans les premiers mots échangés ce jeudi soir pour l’inauguration de l’atelier, toutes les trois, tout le collectif en fait, partageront cette volonté d’apporter une écoute, un écho à la souffrance. Une réalité vécue par de nombreux couples. « A Niort, c’est un bébé par semaine qui s’éteint. »
Et si l’on devait retenir une pensée aussi optimiste que leur sourire pour imager la magnifique démarche de Stéphanie, Séverine et Fanny, sans doute retiendrions-nous celle-ci : « La mort fait partie de la vie. Quand on accepte cela, on a un peu guéri. »
nr.niort@nrco.fr
Jean-Michel Laurent

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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