Suisse – Ma vie sans voiture

Le Temps 07/09/2017 Jérôme Bailly
A bientôt 40 ans, je fais partie de cette génération qui a passé son permis de conduire dès les premiers jours de sa 18ème année, qui a économisé très tôt pour s’acheter sa première voiture et l’a renouvelé ensuite tous les 4 ans pour poursuivre la magie.

La voiture faisait partie de moi, signe ultime de liberté, omnipotente, empêchant la possibilité même d’envisager une alternative. Puis après plusieurs centaines de milliers de kilomètres, la question taboue s’est finalement posée : « et si je vivais sans voiture ? ». J’ai passé le pas. Voici mon bilan de ces 12 premiers mois
La voiture toute puissante
La Suisse est un pays où la voiture a une place particulièrement importante. Il suffit de regarder sur les routes pour se rendre compte que le parc automobile Suisse est un des plus haut de gamme d’Europe. A la télévision, dans les journaux, sur les affiches, partout les marques automobiles – parmi les plus gros annonceurs du pays – vous vantent leurs derniers modèles. Le TCS est le plus grand club de Suisse avec plus de 1,5 million de membres. La voiture est un marqueur de statut social, un attribut masculin, un signe extérieur de richesse. Sa toute puissance empêche même toute éventualité de penser à ne pas en posséder une.
 La liberté de la mobilité multimodale
La voiture est perçue comme le moyen de transport ultime, alliant confort, efficacité et liberté. Quand on pense à ne pas en avoir une, viennent tout de suite à l’esprit les contraintes induites ; c’est finalement l’inverse qu’on expérimente. Ne pas avoir de voiture laisse la liberté de choisir le mode de transport le plus adapté à chaque situation.

Pour un urbain comme moi, une multitude de possibilité s’offre en matière de déplacement. Etant cycliste, le vélo est évidemment mon moyen de transport principal en ville. Quand il faut transporter ma fille, j’opte pour le vélo électrique. Uber est une alternative intéressante pour les déplacements à plusieurs ou quand les conditions météo sont difficiles. Je n’utilise que très peu les transports en communs, les TL lausannois ne proposant pas une offre efficace et n’acceptant pas le passeport vélo CFF (il faut payer un billet pour son vélo, pour chaque trajet). Puis finalement, la marche à pied fait le lien entre tous ces moyens de transports urbains.
Pour les déplacements en dehors de la ville, en Suisse, les très nombreuses liaisons CFF permettent de voyager très facilement en train, pour tout le reste, Mobility et son concept de car sharing propose une offre de mobilité très intéressante. Pour les voyages à l’étranger, l’avion et le train couvrent la quasi totalité des destinations. A quel moment aurais-je eu besoin d’avoir ma propre voiture ? Pour transporter achats et courses ? Aujourd’hui la quasi totalité de magasins proposent un site e-commerce ou au moins un service de livraison.
Moins cher, moins polluant et meilleur pour la santé
En plus d’une plus grande liberté, les autres avantages à ne pas avoir de voiture sont nombreux. Côté budget, pas de doute, abandonner la voiture m’aura permis de diviser par deux les coûts liés à mes déplacements. Privilégier la mobilité durable a évidemment également un impact sur notre environnement urbain. Moins de voiture c’est moins de pollution, moins de bruit et moins de risques. Passer à la mobilité douce a eu également une conséquence importante sur la forme physique de toute la famille. Sans surprise, faire du vélo ou marcher a permis à chacun d’être plus actif. Même si ces déplacements ne sont que de quelques kilomètres, voire quelques centaines de mètres, ils nous permettent d’atteindre et de dépasser facilement les recommandations en matière d’activité physique quotidienne.
J’ai bien conscience que mon cas ne s’applique pas à tout le monde. Une famille rurale travaillant en ville aura plus de mal à se séparer de sa voiture. Mais pour les urbains ne quittant pas ou rarement la ville pendant la semaine, c’est non seulement possible, mais beaucoup plus facile qu’on le pense et très avantageux. J’espère que mon témoignage pourra convaincre certaines personnes à passer le pas et à contribuer à faire de la ville un lieu de vie plus agréable.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans Débats Idées Points de vue, Economie, Transport, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.