États généraux de l’alimentation : c’est l' »agrobusiness » qui régale

Le Canard Enchaîné – 27/09/2017 – Jérôme Canard –

Les industriels pilotent la moitié des ateliers du grand raout voulu par Macron. Paysans et écolos font de la figuration.
Assaisonnement des œufs au fipronil, agrément renouvelé à un engrais cancérigène; réveil de la crise des bas salaires paysans; fin des aides au maintien de l’agriculture bio : chaque semaine, un savoureux débat vient relever le menu des États généraux de l’alimentation.
Ce Grenelle de la bouffe, promis par le candidat Macron, a ouvert pour la première fois le 20 juillet. Dans quinze jours, il recevra la visite du président de la République, qui se verra remettre un premier rapport sur les travaux en cours. L’objectif est de proposer une nouvelle répartition des recettes entre agriculteurs, industriels et distributeurs (sans sacrifier la qualité), et d’ouvrir ainsi la voie à une loi ou à un règlement ad hoc.
Un pépin, et un gros : l’un des invités est surrerprésenté au sein des « ateliers des « États généraux ». « L’agro-industrie a fait main basse sur les États généraux« , s’énerve un membre de la confédération paysanne, syndicat dénonçant les dérives de l’agriculture industrielle. Sur les 21 animateurs de ces tables rondes, 11 représentent des grandes marques et des transformateurs de produits agricoles. Ceux-là même que l’on accuse contribuer à mettre les paysans sur la paille et de favoriser la malbouffe…
Illustration : l’étonnante composition de l’atelier 5, qui ambitionne de « rendre les prix d’achat des produits agricoles plus rémunérateurs pour les agriculteurs« . A qui en a-t-on confié les rênes ? Au directeur général de la division Produits laitiers frais de Danone, assisté du pédégé de Système U. « Comment imaginer que ceux qui profitent le plus du système en pressurisant les producteurs aient envie de tuer leur poule au œufs d’or ? » persifle notre syndicaliste agricole.
Quatre ateliers, pas moins, ont également été trustés par des géants des céréales ou des oléagineux. par ordre décroissant du chiffre d’affaires, le premier est Avril, puissant conglomérat de l’agro-industrie avec 7 milliards d’euros sur la balance. Numéro 1 des raffineurs français d’huiles végétales pour la table (Lesieur, Puget…) mais aussi pour les moteurs tournant au biodiesel, ce groupe a placé son directeur délégué général et vice-président à la tête de deux ateliers. Un troisième est dirigé par le président d’Axereal monstre coopératif comptant parmi ses actionnaires le numéro 3 mondial du sucre et pesant 3,3 milliards d’euros.
A qui les miettes ?
Le petit dernier, Limagrain, 4ème semencier mondial (2,5 milliards de chiffre d’affaires) a, lui aussi, décroché une présidence pour l’un de ses administrateurs. Rémi Haquin présente un CV parfait pour promouvoir « une alimentation saine, sûre et durable« , ainsi que le proclame la profession de foi des États généraux. En plus d’être le numéro 2 de l’Association générale des producteurs de blé – le lobby des grands céréaliers -, il dirige une boîte créée par l’union des fabricants français de pesticides pour recycler les bidons, les fûts d’insecticides et autres fongicides. Délicieux…
Reste le plat du chef : le coordination de cette grand-messe a été confiée à un agriculteur. Olivier Allain, le quel est aussi le porte-voix de la FNSEA, syndicat chantre du productivisme agricole (lire ci-dessous). Dès lors, la vingtaine d’ONG, syndicats alternatifs et associations de consommateurs invités ont un peu l’impression de servir de garniture. Commentaire de l’un de ces oubliés : « Les enjeux sanitaires et environnementaux ou les vraies raisons de la détresse du monde paysan sont passés à la trappe. La volonté est clairement de ne pas changer de modèle. C’est juste une opération de com’. »
Aux petits oignons…
Le tour de cochon de Macron
En septembre 2015, Olivier Allain, le président de la chambre d’agriculture des Côtes-d’Armor, est parti en guerre contre une réglementation destinée à réduire les quantités d’azote polluant en nitrates les rivières et autres nappes phréatiques. Dans un courrier adressé aux agriculteurs de la région, il les incitait carrément à ne pas déclarer le flux d’azote de leurs exploitations générés par les engrais et l’épandage du lisier. Et tant pis pour la santé des poissons, la qualité de l’eau potable et les touristes qui barbotent chaque été au milieu des algues vertes !
Un appel à la désobéissance civile qui n’a pas empêché Emmanuel Macron d’introniser le même Allain grand coordinateur des États généraux de l’alimentation. après l’avoir croisé en 2015 dans les allées d’un salon de l’élevage, à Rennes, le futur candidat en avait déjà fait le conseiller agriculture de sa campagne. Et pas son conseiller écologie ? 
A la tête de l’un des plus importants élevages bovins de Bretagne, – 128 hectares et 400 têtes -, enrichi d’un poulailler industriel de 6 000 pondeuses, l’ex-patron de la FNSEA des Côtes-d’Armor est aussi un farouche défenseur du modèle industriel du porc breton, dont les vertus économiques et environnementales se discutent… En tant que vice-président du conseil régional, chargé des questions agricoles, Allain est également l’un des artisans du dispendieux plan Porc : 32 millions d’euros d’aides publiques déversées en 2017 pour continuer à produire du cochon à tour de bras. Un vrai tonneau (de lisier) des Danaïdes.
Lire : États généraux de l’alimentation : le hold-up des industriels  (Marianne  27/09/2017)

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