Comment dit-on démocratie en catalan ?

Charlie Hebdo – 09/10/2017 – Gérard Biard –

Que deviendront les centaines de milliers de Catalans qui sont descendus hier dans les rues à Barcelone pour manifester leur opposition à l’indépendance et leur attachement à l’unité de l’Espagne une fois que la Catalogne sera enfin libérée du joug de l’oppresseur néofasciste ? Quel sera le sort de ces traîtres à la noble cause ? Seront-ils simplement regardés de travers par les libérateurs ou y aura-t-il des listes noires ? La question n’est pas superflue, l’ambiance des derniers jours étant davantage à la radicalisation qu’à la raison et à l’apaisement.
On a beaucoup parlé de démocratie, récemment, à propos de la Catalogne. Par réflexe, beaucoup l’associent au camp indépendantiste, surtout depuis que le gouvernement espagnol a fait évacuer les bureaux de vote à coups de matraques et de canons à eau. L’image fut déplorable, et, aujourd’hui, l’image est tout. La mémoire, en revanche, n’est pas grand-chose.
Dans cette histoire, on a un peu vite oublié la « loi » autorisant ce référendum d’autodétermination et les circonstances, pas tout à fait démocratiques justement, dans lesquelles elle a été adoptée. Votée unilatéralement par le Parlement catalan le 6 septembre, elle a donné lieu à des échanges très musclés entre députés. L’objection principale de ses opposants est qu’elle est inconstitutionnelle. Ce que les indépendantistes, au passage, ne contestent pas. Mais ils ont décrété une fois pour toutes qu’ils n’ont pas à respecter la Constitution. Étrange, car lorsqu’ils se sont fait élire, ils l’ont respectée sans chicaner, cette Constitution honnie, antidémocratique et opprimante…
Au final, après onze heures d’engueulades diverses, le texte n’a été approuvé que par les 72 députés indépendantistes – les 63 autres élus du Parti des socialistes de Catalogne, de Ciudadanos et du Parti populaire ayant quitté l’hémicycle -, et son adoption à la hussarde a entraîné de très vifs débats au sein même de la société catalane. On a également oublié qu’aucun quorum de participation n’avait été fixé. Ce qui aurait pourtant été la moindre des choses pour un scrutin mettant en jeu l’avenir de 7,5 millions de citoyens catalans.
Parlons démocratie, donc, mais parlons-en jusqu’au bout. Peut-on considérer qu’un parti qui refuse de respecter la Constitution d’un État démocratique – ce qu’est jusqu’à nouvel ordre l’Espagne – respecte la démocratie ? Que représentent vraiment les indépendantistes dans le corps électoral catalan ? Quelle est la véritable nature de leur projet politique, à part obtenir ce qu’ils ont déjà, mais enveloppé dans un drapeau et une « identité » ? On aimerait bien que Carles Puigdemont, le président catalan, nous donne – calmement, pour changer – la réponse.

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