Pôle emploi : la grande lessive à chômeurs

Siné Mensuel – octobre 2017 – Léa Gasquet – extraits –
Pour rester zen quand on est chômeur, travailleur précaire ou intermittent et qu’on a affaire à Pôle Emploi, il faudrait être le Dalaï-lama !
Chômeurs à temps partiel, privé de travail à temps complet, intérimaires, intermittents, licenciés économiques, demandeurs d’emploi ou DE, selon l’abréviation consacrée pour éviter toute perte de temps superflue à nommer les 6 millions de personnes en France qui entretiennent des relations plus ou moins durable avec Pôle Emploi. L’équivalent des habitants des Hauts-de-France.
Il suffit d’évoquer le nom du mastodonte pour susciter une avalanche de témoignages. Le moindre papier « qui manque », la moindre « situation complexe », même si répandue comme le temps partiel, peut provoquer des situations dramatiques. L’administration et ses agents, c’est le moins qu’on en puisse dire, ont bien du mal à répondre. Manque d’effectifs, manque d’attention, volonté politique ?
« Avant, quand je voyais des reportages à la télé sur les chômeurs je me disais qu’ils ne faisaient pas trop d’efforts tous ces gens », admet Zahia, 61 ans, repasseuse. « Quand je suis allée pour la première fois à Pôle Emploi, j’ai compris. On nous traite comme des moins que rien ». Il y a ceux dont le dossier s’est volatilisé, ceux qui ont reçu une lettre de convocation trois jours trop tard, ceux qui ont perdu leur sang-froid dans les méandres de la boîte vocale du 3949. les offres bidons, les conseillers largués, les formulaires standardisés dans lesquels on se glisse au chausse-pied pour éviter le catapultage hors système.
Incasables
Les salariés précaires qui enchaînent des contrats courts, ceux qui travaillent simultanément pour plusieurs employeurs, font pariculièrement les frais du casse-tête administratif. Refus d’indemnisation, erreurs de calcul et allocations indues sont les principaux motifs de réclamation auprès du médiateur de Pôle emploi qui en a reçu plus de 31 000 l’an passé. Un chiffre en augmentation de 6 %. Dans son dernier rapport, il souligne le cas des assistances maternelles pour qui les « trop-perçus » sont un problème récurrent ». Ces dernières ont souvent plusieurs employeurs en même temps, elles peuvent perdre un contrat tout en conservant la garde d’un autre enfant d’une même fratrie. Toutes ces particularités affolent les logiciels de Pôle emploi et déclenchent des trop-perçus.
« Les assistantes maternelles sont les plus touchées, mais ça augmente dans tous les secteurs« , soutient Pierre Adou (CGT) qui siège à la commission paritaire depuis 3 ans. Cette commission qui réunit des représentants de Pôle emploi, des syndicats et du patronat traite plus d’une centaine de dossiers par semaine. Pierre Adou pointe la dégradation de la formation des techniciens Pôle emploi depuis la fusion des Assedic et de l’ANPE et l’informatisation progressive de la gestion des dossiers sous-traitée par des boîtes privées : « Avant, des humains pouvaient rectifier des erreurs, faire du cas par cas. L’automatisation ne le permet plus. » En imposant à Pôle emploi des économies de personnel, l’État fait un mauvais calcul, car les allocataires sont souvent dans l’incapacité de rembourser les trop-perçus. A moins que l’équation ne repose sur le découragement des usagers suggère Isabelle Lavorelle : « C’est tellement compliqué que que beaucoup d’assistantes maternelles renoncent à faire valoir leurs droits. »
Fraudeurs dans un rapport paru en septembre, le Défenseur des droits abonde dans le sens d’un matraquage des allocataires : « Les larges pouvoirs accordés aux organismes chargés d’une mission de protection sociale […] ont entraîné des dérives dans les procédures de contrôle et de sanction de la fraude.  Leurs effets peuvent être dramatique et sont susceptibles de porter atteinte au principe d’égalité devant les services publics ou encore au principe du contradictoire. »Une comparaison est mise en avant : la fraude fiscale a représenté 21 milliards l’an passé. La fraude aux prestations sociales, 680 millions, 111 millions pour Pôle emploi ! Pourtant, les services de l’État semblent déployer davantage d’énergie à traquer les plus pauvres. Le nombre d’agents dédiés au contrôle a augmenté, au détriment des conseillers.
Christophe, un intermittent du spectacle, malmené et écœuré par le système, anéanti par deux années de bataille administrative est tombé en dépression puis s’est résigné. « Je suis devenu auto-entrepreneur. Je gagne 500 balles par mois mais je n’ai plus de comptes à rendre« . Et un chômeur de moins, un !
Le Médiateur
Avec ses 19 référents régionaux, le médiateur évalue les contentieux des usagers qui ont déjà épuisé les recours possibles auprès de la direction de leur agence et des commissions paritaires, et formule des recommandations. Ses préconisations doivent inspirer de nouveaux règlements plus adaptés à la réalité du monde du travail. son rôle, présenté comme une avancée majeure au moment de sa création en 2009,reste limité. Le premier médiateur, Benoît Genuini, avait d’ailleurs démissionné en 2010, estimant d’avoir « ni les moyens ni le soutien nécessaire pour continuer à faire son travail » après la publication d’un rapport pointant de sérieux dysfonctionnements.
Toutes les adresses pour contacter les médiateurs sont sur le site de Pôle emploi, rubrique « Réclamations« 

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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