Espagne – Catalogne, du rêve à la réalité

Ouest-France 14/10/2017

Editorial – Les événements de Catalogne manifestent la fragilité de nos démocraties. Depuis plusieurs jours, on assiste entre les partenaires à des allers-retours, des revirements, des esquives. L’attente est générale. Pourtant, un seul point est essentiel et mérite réflexion : qu’est-ce que la Démocratie ? Qu’est-ce qu’une Constitution que chacun proclame, sinon l’expression d’une solidarité ? C’est au niveau de cette solidarité que les choses se passent.
Les Catalans estiment qu’ils donnent trop à l’Espagne et ne reçoivent pas assez en retour. Alors ils veulent s’en aller, mais où ? Ils pensent qu’en se séparant de l’Espagne, tout irait mieux. Mais ils vont se retrouver isolés et probablement voir tomber leur PIB et leurs revenus. Déjà, les grandes banques s’en vont, emmenant avec elles nombre de leurs employés. De grands groupes industriels sont prêts à partir.
L’indépendance de la région serait-elle viable ? Il lui faudrait, selon les experts, une vingtaine d’années pour retrouver son niveau économique d’aujourd’hui. La Catalogne devrait assurer, de plus, sa part de la dette espagnole. «L’Espagne nous vole!», disent des Catalans. Mais, à y regarder de plus près, les échanges sont compensés. Le vieux slogan a échoué en France comme dans beaucoup de pays d’Europe.
La solidarité n’est pas à sens unique
La Catalogne indépendante sortirait automatiquement de l’Europe et probablement que l’Europe comme les autres pays ne feraient rien pour qu’elle y revienne. Les échanges seraient entravés par la constitution de frontières et les petites entreprises subiraient de grosses pertes pendant des années. Voilà pourquoi après l’enthousiasme, on en revient aux réalités. Du coup, les indépendantistes sont refroidis et hésitent.
En effet, la solidarité n’est pas à sens unique, cela suppose un enrichissement pour chacun des partenaires. La Constitution n’est pas un carcan rigide. D’une part, elle donne vie à des relations qui se complètent ; d’autre part, elle donne consistance à un pays. Briser tout cela du jour au lendemain, au nom d’un rêve, nuit à la solidarité et ne tient pas longtemps en face de la réalité. On se retrouve alors face au vide. Telle est aujourd’hui la réalité pure et dure.
Aussi, du côté du pouvoir, on a tort de brandir la rigueur de la loi sans expliquer ce qu’elle représente. Et, du côté des indépendantistes, de s’enfermer dans l’idée d’une souveraineté qui ferait reculer la solidarité et qui, au final, si elle était proclamée, fragiliserait la région et le pays tout entier

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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