Changer d’énergie, c’est possible et ça donne envie !

Siné mensuel N°68 – octobre 2017 – Laure Noualat –
Ne plus s’éclairer au nucléaire, ne plus rouler au pétrole, c’est possible sans revenir à la bougie et à la charrette à bœufs. Explications.
La transition écolo est un chemin pavé de mille et une -petites – intentions. Quand on s’est mis au potager bio ou au vélo, qu’on a troqué ses fringues jetables pour du local et durable, qu’on traque le gramme de CO2 dans son assiette, qu’on supprimé l’avion et le compte en banque qui salope la planète, que reste-il à faire ? Mettre ses mains dans le cambouis de l’énergie.
L’énergie est un Everest pour le « transitionneur » de bonne volonté, un domaine dans lequel il se sent impuissant, laissant de fait les coudées franches aux ronds-de-cuir du corps des mines qui perpétuent le modèle nucléo-fossilisé. On le sait, la France est accroc à l’atome et au pétrole. Quand on dit « la France », c’est nous tous qui utilisons sans y penser bagnoles et ordinateurs, cuisinières et climatiseur. Environ 80 % de notre électricité est produite par dix-neuf centrales nucléaires, toutes aux mains d’un seul exploitant, tandis que l’importation de pétrole et de gaz (99 % de nos besoins) coûte 32 milliards d’euros, une douloureuse qui fluctue selon le cours du baril. Pouah, en plus, c’est caca pour le climat.
Pourtant l’énergie est un dossier que les citoyens peuvent se réapproprier sans complexe. La preuve avec la myriade de projets déjà sur pied ou en cours qui intègrent les populations locales dans leur financement ou leur gouvernance. Ce sont des centrales solaires villageoises, des parcs éoliens coopératifs ou de petites centrales à biomasse. Ces projets s’inspirent du principe du tabouret : trois pieds solides qui permettent une bonne assise, à savoir des collectifs de citoyens, des collectivités et des entreprises locales. Depuis 2016, la loi sur la transition énergétique leur a filé un petit coup de pouce en les autorisant à investir pour la production d’énergie renouvelable sur leur territoire.  Chaque pied de tabouret investit pour réunir jusqu’à 20 % du montant global – parfois plusieurs millions d’euros dans le cas des parcs éoliens – et appâter ensuite les banques. C’est en vendant l’électricité produite que les collectifs remboursent les banques et dégagent un petit bénéfice. « L’avantage, c’est que cet argent est réinvesti localement… » Et comme ils sont montés avec les riverains et les élus du coin, les projets sont mieux acceptés.
Ce mécanisme d’investissement participatif existe de puis longtemps chez nos voisins. Et les résultats sont là : en Allemagne, par exemple, 51 % des capacités de production d’énergie renouvelable sont entre les mains des habitants. Cela représente près de 5 milliards d’investissement par an ! Aujourd’hui, plus de 100 000 familles danoises ont des parts dans un parc éolien, soit 1,8 % de la population. En Wallonie, près de 10 % de la puissance éolienne installée ou en cours d’installation appartiennent aux citoyens et aux collectivités (à parts égales). Le modèle se déploie en fin en France grâce à des sociétés comme Énergie partagée, une coopérative qui regroupe 4785 actionnaires et a collecté 13 millions d’euros pour financer une trentaine de projets locaux. C’est ça la bonne idée : si on a la flemme de créer un projet de toutes pièces, on peut quand même participer  la transition énergétique depuis son salon… avec son épargne. au lieu de placer 100 euros à la banque, on les place dans le vent ou du soleil… « L’objectif de rentabilité est de 4 % par an avec un horizon de placement sur dix ans », explique Marc Mossalgue d’Énergie partagée. C’est modéré, certes, mais pérenne. « Et les actionnaire décident de la façon dont ils souhaitent utiliser le bénéfice à l’issue de chaque exercice ». Après les premières années de consolidation, l’objectif est de réinjecter une part de réserves dans de nouveaux projets. Pour Marc Mossalgue, c’est tout bénéf. « Les énergies renouvelables créent des emplois non délocalisables, elles gèrent de la richesse localement et des recettes fiscales pour le pays, elles protègent l’économie française des soubresauts du marché du pétrole et du gaz, enfin, elles contribuent à rééquilibrer la balance commerciale… » N’en jetez plus, jetez-vous à l’eau.
Avec de l’eau
C’est un petit coin de paradis à nul autre pareil, un camping niché sur les berges de l’Hérault, à Isis en Cévennes. Ici, les vacanciers les plus fidèles viennent buller en famille depuis plus de trente ans au milieu des hectares de vergers. Le camping abrite aussi une vieille centrale hydroélectrique qui fournissait l’énergie des manufactures de textile gangeoises. C’est grâce à un investissement participatif – pour un total de 350 000 euros – que cette belle endormie peut désormais produire de quoi alimenter 250 foyers (près de 1 Mwh) grâce au courant de l’Hérault. Chacun peut acheter des parts – minimum 102 euros – et participer à la rénovation de la centrale.
Avec du vent
A Avessac (Loire-Atalntique), cinq éoliennes transforment le vent du coin en électricité. C’est du kilowattheure estampillé 100 % citoyen car les actionnaires sont l’association Éolienne en pays de Vilaine, deux sociétés d’économie mixte (SEM ENERGIES et SEM SIP EnR), montées par des collectivités locales ainsi que le fonds d’investissement Énergie partagée. Même montage pour le parc éolien de Sévérac-Guenrouët ou, depuis 2016, quatre éoliennes (d’une puissance totale de 8,2 MW, pour un coût global de 11 M€) produisent l’électricité nécessaire à la consommation de 5 000 foyers. Les fonds propres ont été apportés par les habitants et des citoyens plus éloignés (via le fonds Énergie partagée), pour 60 % par les collectivités et des acteurs locaux de l’économie sociale et solidaire. Ensemble, ils assurent la gouvernance de la société d’exploitation, pour des retombées avant tout locales.
Les porteurs du projet en pleine forme
Avec du soleil
En matière d’énergie, chaque toiture est susceptible d’apporter sa tuile à l’édifice. « La transtion énergétique est l’affaire de tous : pouvoirs publics, entreprises, mis également citoyens », assure Marc Mossalgue. lui est quelques citoyens motivés ont créé Solaire d’ici, un projet collectif, local et démocratique de production d’énergie solaire sur le territoire de la métropole grenobloise. Quelques communes se sont jointes à eux (Saint-Égrève, Eybens, La Tronche…) et des partenaires comme Enercoop Rhône-Alpes, Grenoble-Alpes Métropole, L’Agence locale de l’énergie et du climat (Alec). L’objectif est d’installer 100 toiture solaires photovoltaïques en trois ans sur les toits, publics et privés, de l’agglomération. Cet été, les toits de six écoles ont été recouverts de panneaux photovoltaïques, 60 m2 par toit, soit une trentaine de panneaux solaires. Pour rendre ça plus sexy, les investisseurs en herbe peuvent adopter leur panneau. « Çà représente la consommation de 2 000 box Internet… » ou celle d’une trentaine de foyers. C’est la goutte d’eau propre à dessiner des océans…

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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