Commentaire – Renaissance

Ouest-France 15/10/2017 Philippe LEMOINE
Oui, ça craque un peu de partout. Oui, les chaînes d’infos charrient un flot incessant de nouvelles angoissantes. Faut-il en avoir peur? Ou accepter une réalité porteuse de promesses: un monde nouveau est à l’oeuvre, il faut le façonner.
Les briques se construisent et s’amoncellent devant nous. Les réunir dans une architecture harmonieuse est le défi de l’époque. Elles s’appellent nouvelles technologies, progrès scientifiques, explosion de la communication, ouverture du monde.
Elles sont en équilibre sur des fondations naissantes ébranlées par du fanatisme, de la peur tétanisante face à l’inévitable changement, du repli sur soi et du péril climatique. Certains veulent croire à l’éclaircie salutaire, au bouillonnement créatif, d’autres redoutent que le ciel ne leur tombe sur la tête. Toute analogie historique est forcément réductrice voire trompeuse, mais si le passé doit éclairer l’avenir alors, regardons vers une période qui porte avec la nôtre d’étonnantes ressemblances: la Renaissance.
C’est ce que nous propose Stéphane Bern dans son dernier ouvrage (La Renaissance, Albin Michel). Notre invité de ce dimanche remonte le temps pour voir comment le Moyen-Âge s’est éteint, laissant émerger un monde aussi riche qu’instable, aussi lumineux que violent.
Comment ne pas voir de similitudes entre l’arrivée de l’imprimerie qui a bouleversé la transmission du savoir et la révolution de la communication amenée par Internet. La chute de Constantinople en 1453 nous paraît bien loin. Mais l’arrivée en Occident de chercheurs, savants, philosophes, prélats byzantins, fuyant l’envahisseur ottoman a modifié bien des systèmes de pensée. Ils ont, eux aussi, à leur façon, créé des start-up, modifié les codes, tenté des expériences. Certaines sont restées sous les tapis de l’Histoire, d’autres ont modifié le cours du temps.
Nous en sommes là. Pour progresser dans cette conquête obscure de notre avenir – où penser au-delà de cinq ans paraît une gageure —, il faut garder à l’esprit que la Renaissance a donné le jour à un courant de pensée fondateur: l’humanisme. Des hommes se sont penchés sur les grandes découvertes scientifiques et artistiques pour tenter de leur trouver un sens. À l’image d’Érasme, ils ont voyagé hors de leurs frontières, confrontant les idées, repoussant les préjugés ancestraux.
Qui sont les nouveaux humanistes, les porteurs de sens ? Quel courant de pensée va fédérer l’optimisme en marche et fixer un cap ? Les défis sont nombreux mais tellement salutaires. Sans tomber dans l’angélisme, il apparaît que nous avons les moyens de construire un monde de prospérité raisonnée et non mortifère, de préservation de nos écosystèmes. Toutes les briques nouvelles y auront leur utilité.
Dans son livre Aimer (quand même) le XXIe siècle (Albin Michel), le journaliste et essayiste Jean-Louis Servan-Schreiber a cette jolie phrase: « Chaque époque a sécrété ses poisons, mais aussi ses antidotes. Nous en avons plus à notre disposition que nous le pensons ».

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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