Glyphosate : chronique d’une disparition

Ouest-France – 23/10/2017 – Par Jean-Marc Thomas, porte-parole de la Confédération paysanne Bretagne.
Jean-Marc Thomas.
Jean-Marc Thomas. | DR
Plus connu sous le nom de Round Up, le glyphosate, herbicide efficace et bon marché, ne semble pas faire peur à grand monde. C’est en tout cas le constat que l’on peut tirer des quantités utilisées par les particuliers dans leurs allées ou leurs aménagements paysagers.
Il en est de même pour les agriculteurs, qui l’épandent pour « nettoyer » leurs terres avant les semis de printemps et d’automne. Alors, comment se fait-il qu’il cristallise autant les débats depuis quelques semaines ? Non seulement, il est classé « cancérogène probable » par l’OMS, mais il pourrait s’avérer encore plus néfaste à l’avenir. Avant tout, il est le cheval de Troie d’un cortège de pesticides et d’engrais qui sont en embuscade sous la bannière de l’agriculture industrielle.
Maladies invalidantes et irréversibles
Ses défenseurs communiquent de manière irresponsable, à commencer par une partie des responsables agricoles. Ainsi, il ne serait plus possible de produire correctement sans le fameux Round Up. Cela aggraverait les difficultés économiques d’une agriculture déjà en crise. Enfin, certains osent affirmer que si cet herbicide était dangereux, les agriculteurs seraient déjà tous morts.
C’est faire fi de la souffrance de certains de nos collègues, qui sont touchés dans leur corps et dans leur esprit par des maladies invalidantes et irréversibles. Qui peut croire, en outre, que des champs rougis et grillés à perte de vue, ne sont pas l’expression d’une agression radicale sur le sol et sa biodiversité, mettant en péril sa fertilité à long terme ?
L’écosystème sur lequel va se développer la culture à venir est évidemment fragilisé. Il faudra donc des solutions chimiques pour compenser les déséquilibres. C’est à grand renfort d’engrais, d’herbicides, de fongicides et d’insecticides que les agriculteurs auront l’impression de réaliser une abondante récolte.
Mais, c’est balayer d’un revers de main, les conséquences collatérales qui se nomment : consommation d’énergie, émissions de gaz à effet de serre, généralisation des perturbateurs endocriniens.

« Plus que nourrir… Vous protéger »
Pour défendre ces pratiques, on peut toujours accuser l’agriculture biologique et les systèmes herbagers de n’être pas assez productifs. Or, c’est le contraire. Une ferme autonome est productive car elle permet de libérer des surfaces importantes de soja en Amazonie où il serait alors possible d’enrayer la déforestation et de permettre aux paysans là-bas d’accéder à la souveraineté alimentaire.
L’interdiction de cette molécule, qui a fait la notoriété et la richesse de Monsanto, pourrait sans nul doute sonner le début d’une véritable transition agricole et alimentaire.
N’en déplaise à certains, les solutions alternatives et innovantes existent bel et bien. Elles vont du désherbage mécanique à une agronomie qui redonne ses lettres de noblesse à la rotation des cultures et où la prairie retrouve sa place face à la monoculture du maïs. Les agriculteurs de Bretagne ont un slogan : « Plus que vous nourrir… » La suite est à imaginer. Elle est sans conteste du genre : «… Vous protéger ! »
Lire aussi : « Nous, députés de La République en marche, demandons une interdiction du glyphosate »  – L’Union européenne doit se prononcer le 25 octobre sur l’interdiction de cet herbicide. Dans une tribune au « Monde », 54 députés de la majorité demandent son interdiction « le plus rapidement possible ».

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
Cet article, publié dans Agroalimentaire, Santé, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.