Trente ans de foutaises sur la pollution de l’eau

Charlie Hebdo – 25/10/2017 – Fabrice Nicolino –
L’UFC-Que choisir pousse un grand coup de gueule contre la pollution des eaux qui s’aggrave. Et CHarlie sort ses archives pour rapporter cette vérité universelle : on se fout de nous. Titre d’une proclamation du ministère de l’Environnement en 1987 : « Nitrates, un défi relevé ».

L’Union fédérale des consommateurs Que choisir est furax. Car, en effet la pollution des eaux au beau pays de France, est extrême. Alain Bazot, président de l’UFC : « Malgré les promesses, rien ne bouge dans la politique agricole qui est privilégiée par les pouvoirs publics, au contraire. La qualité de l’eau se dégrade. » Passons vite sur les résultats, officiels mais discrètement planqués. Quatre-vingt quatre départements ont connu des restrictions d’eau cet été, mais surtout, les rivières et les nappes souterraines sont littéralement empoisonnées par les pesticides et les nitrates.
Cela s’aggrave en vérité, car cela s’étend inexorablement, alors même que l’explication centrale est connue : l’agriculture industrielle picole 80 % de la « ressource eau », comme ils disent, et elle est responsable d’au moins 70 % de la pollution aux pesticides et de 75 % de celle aux nitrates. Bon, qu’ajouter ? 
Je retrouve dans mon fatras de feuilles jaunies un document en 24 pages de notre ministre de l’Environnement, imprimé en 1987, il y a trente ans. C’est difficile à croire, mai Jacques Chirac est premier ministre de Mitterrand, et ce grand honnête homme d’Alain Carignon est justement ministre de l’Environnement. Chers oublieux, Carignon a passé des années en taule pour avoir – notamment – vendu l’eau de « sa » ville, Grenoble, à un géant de la distribution de l’eau, la Lyonnaise des eaux, dirigée par Jacques Monod, qui finira ensute secrétaire général du RPR, l’un des ancêtres des Républicains de Wauquiez. On suit ? J’espère car ce n’est pas si compliqué.
Alors, cette belle brochure de 1897 ? Je me contenterait de vous donner son titre rassérénant : « Nitrates, un défi relevé. » Oui, on se fout donc bien de notre gueule le sourire aux lèvres, et c’est bien normal car notre passivité le mérite. Laissez -moi vous raconter une histoire. Jean-Claude Lefeuvre est l’un de nos grands savants, créateur au Muséum national d’histoire naturelle, du Laboratoire d’évolution des systèmes naturels et modifiés. 
En 1970, il découvre que l’eau, dans le haut du bassin de la Vilaine, en Bretagne, contient des nitrates : 10 mg par litre, ce qui n’est encore rien. Mais Lefeuvre comprend avant tout le monde que ce chiffre annonce une catastrophe globale. il alerte. La même année, le directeur régional de l’Agriculture – homme-clé de l’industrialisation de l’agriculture, de l’arrachement des haies, du remembrement, des pesticides – vient lui dire : « Monsieur, vous ne devriez pas affoler les populations avec des problèmes qui n’en sont pas. » En 1976, au cours d’une sécheresse historique, il annonce à des responsables : « Je peux vous garantir que, si l’on agit pas très vite, cela se reproduira dans toutes les retenues d’eau destinées à la production d’eau potable en Bretagne. » Le directeur régional de l’Agriculture, un autre mais presque le même qu’en 1970 : « Monsieur Lefeuvre, s’il y a un problème, nos ingénieurs sont là pour s’en occuper. »
Où je veux en venir ? Fort loin, je l’avoue. Un système au départ défendable à la sortie de la guerre – il fallait nourrir et reconstruire – est progressivement devenu cinglé, et pour partie, criminel. Il rassemble les grands ingénieurs de l’ancien corps D’État des Eaux et forêts, les services centraux du ministère de l’Agriculture, la haute hiérarchie de l’Inra (Institut national de recherche agronomique), le « syndicat » FNSEA (associé à toutes les décisions), les coopératives holdings sur le modèle d’Avril-Sofiprotéol (leader français industriel et financier des filières des huiles et protéines), l’agro-industrie et l’agrochimie, dont les moyens sont pratiquement sans limites. Qui ne met pas en cause ce système est un misérable qui empêche qu’on se pose les bonnes questions.

Té, j’apprenais hier que Veolia, jumeau de la Lyonnaise des eaux, essayait, de concert avec la FNSEA, de fourguer une nouvelle idée. Les compères, qui n’entendent se bagarrer contre les pollutions, suggèrent qu’on utilise les eaux usées chargées de métaux lourds pour irriguer les terres agricoles. Miam. Et même miam-miam…

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