Pascale, profession : libraire à roulettes

L’âge de faire – novembre 2017 – Fabien Ginisty –

Pascale Girard sillonne les routes ardéchoises à bord de son camion-librairie. Elle nous parle de son métier. Pascale est une de ces rares « libraires à roulettes » de France, la seule d’Ardèche. Son camion ne passe généralement pas inaperçu, surtout lorsqu’elle le gare entre le poissonnier et le boulanger, ou sur la place déserte d’un hameau. Aujourd’hui, c’est dans un pré qu’elle a serré le frein à main et ouvert la porte du bahut joliment décor. Le Mokiroule a pris place à côté d’un chapiteau, dressé dans le cadre de rencontres sur l’agriculture, le festival de l’Atelier paysan, à Beaumont-les-Valence. « J’évite les salons du livre, c’est déprimant. Je préfère les évènements un peu décalés, là où on n’attend pas le livre.« 
« Pour des gens de chez moi »
Après vingt ans d’itinérance dans le monde du spectacle, Pascale Girard a voulu créer une activité près de chez elle : « Faire ça chez moi, pour les gens de chez moi. Problème : elle habite la vallées escarpée de l’Eyrieux, qui n’est pas réputée pour sa forte densité de population… « Alors, j’ai fait ce que je sais faire de mieux, mettre des trucs dans un camion et me déplacer sur des évènements ! »
Le Mokiroule sillonne ainsi une quinzaine de communes rurales. Le matin, on trouve Pascale sur les places des villages, généralement lors des marchés. « Je trouve un public qui n’est pas habitué à entrer dans une librairie. Le fait que ce soit un camion, que j’installe des présentoirs à l’extérieur, ça facilite la démarche. » Une librairie, ce n’est pas comme une boucherie : certains ne se croient pas autorisés à pénétrer dans ce qu’ile considèrent être un espace réservé aux « intellos« , explique Pascale. Dans quelques rares villages, sa démarche n’a d’ailleurs pas rencontré suffisamment d’écho pour que la commerçante y trouve un intérêt suffisant. Dans d’autres villages, par contre, la librairie est devenue plus qu’une librairie. Par exemple, Pascale se rend à Dunière-sur-Eyrieux, 400 habitants, zéro boulangerie. Un après-midi par mois, ses quelques 3 000 livres font parler : « Je sors les tables, les chaises, les gens s’arrêtent papoter, le camion est plein !« 
En fin d’après-midi, le Mokiroule s’installe à la sortie des écoles. « Les livres jeunesse doivent représenter 80 % de mon fonds. Il n’y a pas beaucoup de princesses roses et de fées à paillettes dans mon offre, mais les petites filles cherchent autre chose et trouvent quand même leur bonheur ! » Pascale n’imagine pas son activité autrement qu’indépendante : « Je ne suis pas obligée de vendre le dernier Guillaume Musso, sourit-elle. Pour autant, je ne suis pas une librairie militante. Mon choix éditorial n’est pas neutre, mais je veux m’adresser autant au militant qu’à la mamie qui veut faire un cadeau à ses petits-enfants. »
Bibliothèques complémentaires

Les week-end, le Mokiroule propose une offre qui correspond aux évènements couverts : astronomie, arts du cirque, agriculture paysanne, musique… Pascale se repose le lundi, entre deux commendes et réceptions de livres. « Économiquement, je suis obligée de travailler le week-end, mais je crois que même si cela ne devenait plus une obligation, j’aurais envie de continuer. » pour l’heure, l’entrepreneuse ne se dégage pas de salaire, mais en deux ans d’activité, elle voit son chiffre d’affaires augmenter de façon constante. « Reste à savoir quand il va plafonner et s’il va plafonner au bon moment ! » La jeune libraire est plutôt optimiste sur le devenir de son activité. D’ailleurs, plus généralement d’après elle, le secteur de la librairie indépendante ne se porte pas si mal que ça, contrairement aux grandes enseignes directement concurrencées par Amazon et consorts. Pascale constate également que ses affaires marchent mieux dans les villages où il existe des bibliothèques : « Notre activité est complémentaire. Les gens découvrent les livres dans les bibliothèques et vont avoir à cœur d’en acheter certains en librairie pour les offrir ou les prêter. » Le camion de Pascale, un ancien Bibliobus, fréquente donc régulièrement les parkings des petites bibliothèques. Quant au livre numérique… on ne voit pas trop, dans ce contexte, quel intérêt il pourrait bien avoir !

A propos werdna01

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