L’A45, une autoroute qui roule sur la tête

Siné Mensuel – novembre 2017 – Sacha Valley –
Dans la liste non exhaustive des grands projets inutiles et imposés, un revenant pointe le bout de son nez : la construction de l’autoroute A45, censée suppléer l’A47 déjà existante, qui relie Lyon à Saint-Étienne. 
Le projet d’autoroute A45 qui doit relier Lyon à Saint-Étienne en parallèle de l’A47 déjà existante et gratuite ne date pas d’hier. Il se profile déjà au moment même où l’A47 est inaugurée, en 1963. L’A45 doit s’étendre sur 48 km quatre tunnels et onze viaducs, traverser 109 communes et bétonner plus de 500 hectares de terres agricoles. De nombreuses associations s’opposent à l’A45 et le projet reste en sommeil jusqu’en 2007.
Mais l’arrivée au pouvoir de Sarkozy et de Jean-Louis Borloo, ministre de l’Écologie, change la donne. Le projet est déclaré d’utilité publique en 2008 malgré les nombreux recours instruits contre, et l’opposition ferme des communes du Rhône, du Conseil général du Rhône et du Grand Lyon. Vinci est le seul à répondre à l’appel d’offres en 2013 et le financement est bouclé dès 2016 grâce à l’impulsion du très sarkozyste Laurent Wauquiez, fraîchement arrivé à la présidence de la région Auvergne-Rhône-Alpes : 400 millions d’euros de la poche de Vinci, autant de l’État, 132 millions d’euros pour la région, 132 millions d’euros pour Saint-Étienne Métropole et 132 millions d’euros pour le département de la Loire.
L’ardoise est salée et les opposants savent que ces dépenses impacteront leurs impôts. Vinci, connaissant le risque de non-solvabilité du projet, impose une clause de sauvegarde qui somme l’État et les collectivités de mettre la main à poche au cas où l’exploitation de l’A45 serait déficitaire…
Il faut être un peu tordu pour penser que les usagers habitués à des trajets réguliers et gratuits entre Lyon et Saint-Étienne emprunteront une autoroute payante pour gagner 10 minutes (argument choc des pro-autoroute !). 
Pourtant, malgré le tour de force du président de région et de ses lèche-bottes, Gaël Perdriau, mais de Saint-Étienne et Bernard Bonne, président du département de la Loire, pour démarrer le chantier en 2018, le parcours semble semé d’embûches (et de zadistes). Pas de bol pour nos bétonneurs, deux ministres du gouvernement Macron ont témoigné de leurs réticences : Gérard Collomb (ancien maire de Lyon) et Nicolas Hulot. De nombreux maires mettent en avant les risques sanitaires engendrés par deux autoroutes parallèles pour les riverains. D’ailleurs, beaucoup affirment que les Wauquiez et Cie « chient » sur les accords de la COP21.
Opposants et associations n’en démordent pas et continuent à sensibiliser les associations sur les impacts néfastes qu’aura l’A45. Ils militent pour des solutions plus écolos et moins coûteuses pour améliorer les modes de transport entre les communes de la Loire et du Rhône. L’État, qui redoute une indignation collective, a décidé de mettre provisoirement le projet en pause. 

Premières victimes des grands projets inutiles imposés (GPII *) : les petits paysans et exploitants agricoles. Les fermes expropriées ne repoussent pas. Le droit français a inventé un super outil pour agir d’un revers de main sans que personne n’ait son mot à dire : la Déclaration d’utilité publique. c’est elle qui risque de s’abattre sur les 400 exploitations agricoles se trouvant sur le tracé de l’A45. On va finir par mordre la poussière… ou le béton.
* Dossier GPII : Grands projets inutiles imposés – (Reporterre – janvier 2015)

A propos werdna01

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