Quand la musique est bonne pour la mémoire

B2V – Actualités magazine – octobre 2017 –
L’observatoire B2V des mémoires a interviewé Hervé Platel, professeur de neuropsychologie à l’université de Caen (Unité Inserm U1077) :
Quels effets la musique a-t-elle sur la mémoire ? Permet-elle de soigner les troubles de la mémoire ?
La musique en tant qu' »Art du temps » ne peut s’apprécier et se comprendre pour l’auditeur que grâce à la mémoire. C’est le plaisir de reconnaître un air familier ou d’admirer comment évolue l’interprétation d’un instrumentiste dans un solo de jazz, par exemple. La pratique de la musique implique très intensément nos différentes mémoires, et nous avons montré que les musiciens chevronnés présentaient d’importantes modifications des régions cérébrales impliquées dans la mémoire comme l’hippocampe. A défaut de soigner la mémoire de patients atteints, notamment de la malade d’Alzheimer, nous pouvons, en revanche, nous appuyer sur la résistance de la mémoire musicale afin de maintenir les capacités cognitives et lutter contre les troubles du comportement associés à ce type de pathologie.
Il existe cinq systèmes de mémoire, la musique joue-t-elle un rôle sur un système particulier ?
La musique, c’est bien connu, est un puissant inducteur de souvenirs autobiographiques (mémoire épisodique) et les études expérimentales et cliniques montrent que l’écoute d’une musique familière aide à la récupération de souvenirs personnels riches. Cependant, tous les systèmes de mémoire sont mis à contribution par la musique, surtout lors de son apprentissage : mémoire immédiate, motrice, perceptive,sémantique et épisodique sont quasi simultanément convoquées dans de nombreuses situations musicales et on ne s’étonnera donc pas que beaucoup d’études scientifiques montrent que les enfants démarrant l’apprentissage de la musique voient leurs performances mnésiques augmenter dès quelques semaines de pratique, ce qui peut contribuer à les aider de manière générale dans tous les apprentissages scolaires.
La musique peut-elle être un moyen de prévention ?
Certainement car c’est un « sport cérébral » complet. Une étude s’intéressant au parcours de santé de grandes séries de populations a montré, chez les jumeaux, que le risque de démarrer une maladie associée au vieillissement était significativement diminué chez celui qui avait eu une pratique instrumentale au cours de sa vie alors que l’autre n’en avait pas eu. Au-delà de cette donnée statistique, les études de neuro-imagerie montrent clairement que la pratique, et même la simple écoute de la musique produisent des effets ne neuroplasticité (changements dans le fonctionnement et dans la structure du cerveau) puissants et reproductibles. Il reste cependant de nombreux travaux à réaliser afin de mesurer plus objectivement ce qui peut être attendu en termes de bénéfices cognitifs et physiologiques en fonction du type d’intervention proposé.

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