Planète – La banquise fond, une base scientifique en péril

Ouest-France 10/11/2017 Par Marie Merdrignac

Dans l’Antarctique, la base britannique scientifique Halley VI avait déjà dû déménager au printemps, menacée par des crevasses dans la banquise. Cette fois-ci, elle va être fermée et évacuée pour la durée de l’hiver antarctique, de mars 2018 à novembre 2018.

Seize scientifiques de l’observatoire British Antartic Survey (BAS) avaient déjà été forcés de déménager au printemps. Installés sur la banquise de Brunt, une étendue de glace d’eau douce de 130 mètres d’épaisseur, ils avaient dû se rendre à l’évidence : d’inquiétantes fissures dans la banquise pouvaient menacer, à terme, leurs laboratoires.
Car voilà, l’Antarctique fond plus vite que prévu. Une des crevasses, baptisée « Halloween Crack » a été détectée à 6 km au nord de la station de recherche, alors qu’il y a quatre ans, elle n’était encore qu’à 12 km.
D’autres sont situées au sud de la base et sont de plus en plus actives, après être restées dormantes pendant 35 ans. Elles se rapprochent dangereusement de Halley VI.
Une glace imprévisible
Les chercheurs ont donc fait leurs cartons pour tout transférer sur le nouveau site, à 23 km en amont : Halley VIa. Le déménagement avait été anticipé, les huit modules qui servent de logements et de laboratoires ont été montés sur pilotis-skis. Ça ressemble à ça :

La station Halley VI a été installée sur des pilotis-skis pour être déplacée plus facilement. (Photo : BAS)
Mais les équipes réinstallées avec succès, vont tout de même devoir quitter les lieux avant l’hiver antarctique, de mars 2018 à novembre 2018. La raison ? Des crevasses, qui risquent de créer, à terme, un iceberg géant !
« En fait, nous nous attendons à ce que la glace sur laquelle est installée la station se détache de la banquise, et flotte comme un iceberg. Mais la question la plus importante est de savoir quand cela se produira et s’il y aura d’autres changements sur cette étendue de glace », explique au quotidien britannique The Guardian le professeur David Vaughan, directeur scientifique à BAS.
Sur cette représentation, on peut voir les crevasses qui menacent la station Halley VI. La base a changé d’emplacement et se trouve aujourd’hui au point Halley VIa. (Photo : BAS)
Hors de question de mettre en danger les équipes sur place, ni celles qui devaient les remplacer. « Nous assistons à la force et à l’imprévisibilité de la nature. […] Pendant les mois d’hiver, l’accès à la station, par bateau ou par avion est extrêmement difficile, il fait nuit tout le temps, les températures sont basses et la mer est gelée. C’est pourquoi nous prenons la précaution de fermer la station avant que l’hiver antarctique ne commence », a précisé dans un communiqué, la directrice de la BAS, la professeure Jane Francis.
Il n’y aura donc personne dans Halley VIa entre mars et novembre 2018. Les scientifiques ont cherché des solutions pour sécuriser leurs données et ont planché sur des techniques pour déplacer les instruments et créer des outils d’enregistrement automatique.
La base scientifique ne bougera plus
Car la collecte sans interruption des données est essentielle. Depuis 1956 et la première installation de la station Halley sur ce morceau de banquise, les chercheurs enregistrent des données cruciales sur le climat et la météorologie. C’est cette base qui a permis d’observer pour la première fois le trou dans la couche d’ozone, en 1985. Depuis quelque temps, Halley VI (opérationnelle depuis 2012), est devenu un important centre de recherche sur l’activité du Soleil et son impact sur la Terre.

Voilà comment les modules de Halley VI ont été déplacés jusqu’à leur nouvel emplacement, 23 km en amont. La station ne devrait plus bouger désormais. (Photo : BAS)
Mais sa situation, sur cette étendue de banquise, a déjà posé problème. Par le passé, des modules ont dû être détruits, d’autres ont été construits plus loin en amont. C’est pour cette raison que la base Halley VI a été montée sur des pilotis-skis, qui permettent de déplacer la station de temps en temps.
En revanche, Halley VIa ne devrait plus bouger. « Nous pensons que la station est à un endroit parfait sur cette plaque de banquise », ajoute David Vaughan. Les chercheurs estiment que les crevasses qui la menacent ne sont pas dues au dérèglement climatique, précise-t-il : « Ce n’est pas non plus lié au changement atmosphérique. Et nous n’en savons pas assez sur les océans pour complètement les exclure. Mais nous ne penchons pas vraiment pour cette cause en ce moment. »
Les recherches vont donc se poursuivre jusqu’à l’hiver antarctique 2018, rappelle dans le communiqué de la BAS la professeure Jane Francis. « Elles vont continuer, assure-t-elle, car à cette période, nous sommes capables d’évacuer rapidement le personnel si la glace craque. »

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans International, Nature, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.