Fukushima : la fuite en avant

Nexus  N° 113 – novembre / décembre 2017 – Maxence Layet –
Rejets d’eau radioactive dans l’océan Pacifique, mur de glace souterrain (les experts restent dubitatifs devant ce chantier sans précédent), diminution en Europe des contrôles radioactifs sur les aliments provenant du Japon… Les dirigeants japonais semblent bien décidés à faire disparaître des compteurs l’accident nucléaire. Tout est sous contrôle. Jusqu’à quand ?
14 juillet 2017. Tandis que les présidents Macron et Trump battaient la mesure sur les Champs-Élysées, au Japon, le président de Tepco, exploitant de la centrale nucléaire de Fukushima et en charge de son démantèlement, annonçait lors d’un point presse attendre le feu vert du gouvernement japonais pour déverser 770 000 tonnes d’eau contaminée au tritium dans l’océan Pacifique. Depuis l’accident nucléaire de mars 2011, Tepco stocke en effet tous les jours des centaines de tonnes d’eau radioactive pompée à partir de 41 puits installés autour des réacteurs de la centrale. Cette eau, un mélange d’infiltrations souterraines, d’eau injectée par Tepco, de résidus d’eau salée et d’éléments chimiques hautement radioactifs, est ensuite stockée sur place. 580 cuves, citernes et réservoirs ont envahi la surface du site, serrés comme des sardines. La place manque. Six ans après l’accident des réacteurs et le début des opérations de décontamination, pour l’Autorité nucléaire japonaise, la solution la plus rapide serait de rejeter l’eau dans le Pacifique. Un avis partagé par l’Agence internationale de l’énergie atomique et par des experts de l’IRSN, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire français. 
La lente contamination du Pacifique 
L’annonce d’un  tel scénario a suscité un tollé planétaire. Michèle Rivasi qui a créé la Criirad il y a trente ans, s’insurge : « Une telle décision est inacceptable car elle repose sur un dogme qui arrange les industries du nucléaire : celui que la radioactivité se dilue sans risque dans l’océan. Toutes les études d’exposition à de très faibles doses de radioactivité montrent que cette croyance est erronée. »  Au-delà de l’accumulation dans les sédiments marins, la crainte est que cette contamination chronique, diluée et graduelle puisse affecter le développements de micro-organismes marins. Véritable poumon de la planète, le phytoplancton (ou plancton végétal) est le premier producteur d’oxygène, bien avant toutes les forêts du monde, Amazonie incluse. Déverser de grandes quantités d’eau radioactive pourrait accentuer les processus d’asphyxie déjà observés das certaines régions marines, avant de se propager au gré des courants.

Sushis atomiques et riz radioactif ?
D’autres sources de contamination radioactive sont apparues par ailleurs envers l’Europe cette fois-ci. En cause le traité de libre-échange signé en juillet 2017 entre l’Union européenne et le Japon. Négocié en catimini depuis cinq ans, révélé par Greenpeace en mai 2017 et officialisé quelques jours à peine avant sa signature, le Jefta (Japan-EU Free Trade Agreement) est moins connu que ses illustres cousins Ceta et Tafta, mais il ne faut pas le sous-estimer. Ses répercussions sont énormes, puisqu’il couvre 37 % des échanges mondiaux. Sushis atomiques exportés du Japon inclus ? Oui, en effet, car plus rien ne s’y oppose depuis la réduction voulue par la Commission européenne des contrôles relatifs à la contamination radioactive des denrées alimentaires importées du Japon. 
Le 6 juillet, lors de la conférence de presse du sommet U6Japon à Bruxelles, cette question a d’ailleurs été l’un des points abordés par le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et le Premier ministre japonais, Shinzo Abe. Juncker : « Je voudrais féliciter monsieur Abe pour les progrès remarquables que le Japon a fait Pour rendre les produits de la région de Fukushima plus sûrs suite à l’accident de 2011. Je suis confiant et je vais travailler dans cette direction pour qu’après les vacances d’été, il y ait une nouvelle levée des mesures d’importation. » Et Abe de lui répondre : « En ce qui concerne Fukushima et la réglementation sur les produits alimentaires importés, ce point était l’une de mes demandes. »
La décision s’est jouée à la rentrée, le 25 septembre. Malgré l’objection quasi unanime votée par 543 députés européens de tous bords politiques, la section « nouveaux aliments et sécurité toxicologique de la chaîne alimentaire » du Conseil européen a finalement approuvé la proposition de la Commission visant à réduire le nombre de municipalités et le nombre d’aliments analysés. Exit par exemple le contrôle par les autorités européennes des crustacés, des mollusques et de certains poissons en provenance de la préfecture de Fukushima. Exit aussi l’obligation de contrôle du riz de Fukushima utilisé dans les aliments pour bébé… Au moment où les exportations vers l’Europe vont sans doute augmenter, cette réduction des contrôles ne gomme pas la radioactivité existante. Y compris dans des régions encore insoupçonnées.
Sans fin et multiple, la contamination radioactive du site est bien loin d’être terminée…

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